‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 91 sur 331 · LIVRE m, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IV

elle loue sa sainteté , elle implore ses miséricordes. Voilà l'hommage que Dieu désire (1). La prière est ce sacrifice de louanges qu'il demande si souvent dans les livres saints. Il veut que nous Thonorions par le sacrifice de nos lèvres, encore plus que par celui de nos biens, dit l'apôtre saint Paul (2).

Tel est riiommage que Dieu demande. Pourquoi, disait-il autrefois aux Juifs , cette pompe de cérémonies , cet appareil de sacrifices , cette multitude d'offrandes et cet amas de victimes (3) ? Bénissez mon saint nom, prononcez mes louanges, invoquez ma bonté, voilà le vrai moyen de m'hunorer et de me plaire (4). Une humble et fervente prière que l'amour inspire , que la confiance anime , que le respect accompagne ; voilà un sacrifice digne de moi , j'y trouve mon plaisir et ma gloire. Sacrificimn lundis honorificahit me.

Ainsi le pensait le saint roi David. Toujours attentif à honorer le Seigneur par le culte le plus religieux, il crut qu'il devait principalement recourir à la prière. Oui, mon Dieu, disait ce puissant monarque , c'est en vous priant que je vous rendrai un hommage qUinè sera pas moins agréable que l'odeur et la fumée de l'encens que je pourrais brûler sur vos autels (o). Je ne répandrai point le sang des animaux, je ne chercherai point , dans les trésors que je possède, l'offrande que je veux vous faire. Dans la ferveur de mes prières, qui seront fréquentes, j'élèverai mes mains, et encore plus mon cœur, vers votre trône. Tel est le sacrifice que je vous offrirai (b). Entrons dans les seniimens de ce grand roi. Regardons la prière comme un hommage que Dieu demande , qu'il mérite et qu'il accepte. Tout le culte que nous lui rendons est presque renfermé dans ce saint exercice. C'est la prière qui nous sanctifie dans nos maisons , et qui nous rassemble dans nos temples. Elle accompagne nos cérémonies, nous l'employons dans l'administration des sacremens, elle entre même dans l'auguste sacrifice que notfs offrons sur nos autels. Il n'est presque point d'acte et de pratique dans notre religion , qu'elle ne relève, qu'elle ne consacre, qu'elle ne sanctifie.

(1) Immola Deo sacrificium laudis. (Ps. 49. vj J4.)

(2) Offeramus hostiam laudis sempev Deo, id est, fructum labioruni confifeiltiiim nomini ejus. {Helr. cap. 13. v. 15.)

(3) Ps. 49. V. 8 , etc.

(4) Sacrificium laudis honorificabit me. {Ibid. v. 23.)

(6) Diiigalur oratio mea sicut inceusum in conspcctu tuo. {Ps. 140. v. 2.)

(7) Elevatio manuiiui ineavum saciifîcium vespeiliiuun.

168 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.

Oui , la prière est un hommage que nous rendons à Dieu , lorsqu'iiumiliés et prosternés en sa présence nous adorons sa majesté , nous reconnaissons sa grandeur et notre néant, sa miséricorde et notre misère, son empire et notre dépendance, sa puissance et notre faiblesse , son abondance et notre pauvreté , sa sainteté et notre corruption.

La prière est un hommage que nous rendons à Dieu , lorsque touchés et pénétrés à la vue des bienfaits que nous avons reçus de sa main libérale , nous le remercions , nous éclatons en actions de grâces ; nous souhaitons n'avoir d'esprit , que pour penser à ce qu'il a fait pour nous ; de cœur, que pour le reconnaître ; de langue que pour le publier.

La prière est un hommage que nous rendons à Dieu , lorsque confus , interdits , effrayés à la vue de nos péchés , nous confessons qu'il a droit de nous juger, de nous condamner, de nous punir, et nous supplions sa divine justice de suspendre les coups , dont nous ne méritons que trop d'éprouver la rigueur.

La prière est un hommage que nous rendons à Dieu, lorsque, vivement convaincus qu'il est noire souverain maître et larbiire de notre sort, que nous sommes plus à lui qu'à nous-mêmes, et que nous reconnaissons son empire suprême ; nous nous offrons à lui sans réserve, afin qu'il dispose de nos biens et de nos personnes dès qu'il y trouvera sa gloire.

La prière est un hommage que nous rendons à Dieu , lorsqu'aflligés et consternés à la vue de nos misères, nous lui exposons nos besoins, nous reconnaissons notre impuissance , nous implorons son secours , et nous témoignons que c'est de lui seul que nous en pouvons recevoir.

La prière est un hommage que nous rendons à Dieu , lorsque nous sommes dans nos Eglises , à la tête des Fidèles que la piété y rassemble. Il faut alors entrer dans les saintes saillies, dans les pieux transports dont David était animé, lorsqu'il excitait son âme et toutes ses puissances à bénir le Seigneur (1). Prosterné devant l'Arche, l'effusion de son cœur, l'onction de sa voix , la modestie de son extérieur fnippait et attendrissait le peuple qui l'environnait : unissons, leur disait-il, unissons nos cœurs encore plus que nos voix. Louons,

(1) Benedic, anima mea, Domino . et omnia qiise intra me sunt, noniini sancto ejus. (i^*. 102. r. 1.)

*, , LIVRE Iir, CHAPITRE IV. 169

exaltons le Seigneur. Que la ferveur de nos prières éj^jale et surpasse Dième Tharmonie de nos chants et la beauté de nos cantiques (1). Quel bonheur pour vous et pour moi , ajoutait le roi prophète, de nous réunir dans la demeure du Seigneur, pour lui offrir nos vœux et lui rendre nos hommages. Montrons, par l'ardeur de nos prières, que nous sommes les dignes serviteurs d'un si grand maître (2). Le jour passe trop rapidement pour nous acquitter du pieux devoir qui nous rassemble dans ce saint asile. Consacrons au saint exercice qui nous y appelle une partie de la nuit (3).

Imitons ce saint prophète , inspirons aux fidèles , par nos exhortations et par notre conduite, l'amour de la prière, excitons-les par notre exemple et notre zèle à bénir le Seigneur , à chanter ses louanges , à implorer ses grâces. Ne nous contentons pas de prier dans l'intérieur de nos maisons , allons aux pieds des autels offrir à Dieu nos prières. Voyons toujours venir avec un nouveau plaisir les occasions qui nous y appellent. Disons encore avec David : Seigneur, qu'il est doux d'approcher de vos tabernacles. Quelles satisfactions n'y goûtons-nous pas ? nous n'en voulons point d'autres , où en trouverionsnous de semblables (/i) ? Emplois glorieux qui m'appelez dans la maison du Seigneur , fonctions augustes que j'y exerce , momens heureux que j'y passe , que ne venez-vous p'us souvent!

iV. Si la prière est un hommage que nous devons à Dieu , elle est aussi un tribut que nous devons à l'Église. Ce n'est pas pour honorer notre ambition , enrichir notre paresse et satisfaire notre cupidité, qu'elle nous a élevés au sacerdoce, distingués dans le sanctuaire du Seigneur , et qu'elle nous y procure d'abondantes ressources. Elle a prétendu trouver en nous des ministres zélés , fervens et laborieux qui puissent lui être utiles en édifiant les fidèles par la régularité de notre vie, en les instruisant par la solidité de nos discours en les secourant par l'assiduité de nos prières. Car voilà , dit saint Bernard, ce que l'Eglise attend de ses ministres (5). Quoique ces trois

(1) MagniBcate Dominum mecum : et exaltemus nomen ejus in idipsum. {Ps. 33. V. 4.)

(2) Ecce mine benedicite Dominum , omnes servi Domiiii , qui slatis in domo Doraini. {Ps. J33. v. 1.)

(3) In noctibus exloilite manns vestras in sancla , et benedicite Dominum. (^. 2.)

(4) Quam dilecla labernacuia liia , Domine conciipit.cit et déficit anima

mea in atiiaDomini. {Ps. 83. v. 1.)

(5) jManent tria hœc : verbnm , exemplum, oratio.

170 OBLlGATrONS D'ÉTAT DU SACERDOCE.

choses soientindispensables dans un prêtre, la prière est d'une nécessité encore plus étroite que l'exemple et l'instruction , ajoute le saint docteur; major autem his oratio. L'inslruction apprend à faire le bien, le bon exemple inspire le désir d'ac(iuérir la vertu , mais la prière fait encore plus , elle attire la grâce de pratiquer ce que l'instruction apprend et ce que le bon exemple inspire. Major autem his oratio. Il est des temps où, se trouvant seul, on ne peut pas édifier par le boa exemple -, il est des occasions où l'on est dispensé d'instruire ; mais nous devons et nous pouvons toujours prier pour les fidèles. La maladie même ne nous en dispense pas. Tandis qu'elle nous laisse capables de quelque sentiment , nous pouvons élever notre esprit et notre cœur à Dieu , former de pieuses affections et des aspirations dévotes , imitant en cela Jésus-Christ , qui ne pria jamais avec tant d'ardeur que lorsqu'il fut réduit à l'agonie qui l'accablait (1).

Ah ! que l'exemple de ce divin Sauveur doit nous engager à prier pour l'Eglise ! Quoique, pour la secourir et la défendre, il n'eût pas besoin de la prière , cependant cet aimable rédempteur n'a jamais cessé de prier pour elle. Pourquoi nous croirions -nous dispensés de le faire? Pensons qu'elle ne nous a élevés au sacerdoce, qu'elle ne nous a confié des bénéfices qu'afin que nous lui rendions le tribut de nos prières. L'Eglise veut que nous les offrions à Dieu pour les pasteurs qui la gouvernent, pour les princes qui la protègent, pour les fidèles qui la composent , pour les pécheurs qui la déshonorent, pour les justes qui font sa gloire et sa consolation. Comme elle nous met dans les mains la victime et l'encens que nous offrons à Dieu, elle emprunte aussi notre voix pour lui offrir ses vœux; nous sommes ses organes , c'est par notre bouche qu'elle veut prier. Elle veut que nous demandions à Dieu par des prières assidues et ferventes qu'il fasse cesser les scandales qui la défigurent , les divisions qui la troublent , les erreurs qui l'affligent ; qu'il rappelle dans son sein les ennemis qui la combattent, nos frères qui s'égarent £t qui se perdent. Elle veut que nous prions le Seigneur de susciter des ouvriers fidèles , zélés et laborieux , afin qu'ils défrichent son champ , qu'ils cultivent sa vigne et travaillent à sa moisson (2).

L'Église, celte îendre mère, voit les combats que le démon livreà

(i) Factus in agonia , piolixiiis oiabaf. {Lnc. cap. 22. v. 43.) (2) Rogate ergo Doiuinuiu mcssis , ut niiltat opeiaiios in messera suam^ {Matth, c, 9. V. 39.)

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