‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 92 sur 331 · IIVRE III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

IIVRE III, CHAPITRE IV

ses enfans , elle y compatit , elle veut que , pour attirer sur eux les secours du ciel , nous levions les mains comme autant de Moïses : si nous les baissons , nous transportons la victoire dans le camp ennemi. Ah ! qu'elle voudrait voir cet esprit de prière répandu sur chacun de nous ! Pourquoi a-t-elle construit tant de temples , si ce n'est pour rassembler les fidèles , afin qu'ils ils prient ensemble? Pourquoi a-t-elle établi tant de fêtes, si ce n'est pour suspendre les occupations ordinaires qui pourraient détourner de la prière ? Pourquoi a-t-elle consacré tant de ministres, si ce n'est pour les occuperjà ce saint exercice ? elle voit qu'il est négligé et abandonné parla plupart des chrétiens. Les uns ne prient point par dégoût et par indifférence ; les autres ne prient pas parce qu'ils en sont, disent-ils, détournés par la variété de leurs embarras et la multitude de leurs occupations. Parmi ceux qui prient , la plupart le font froidement , sans attention, sans religion, et par conséquent sans mérite et sans fruit, L'Eglise , pour y suppléer , nous charge , en qualité de ses ministres , de prier en son nom pour tous les fidèles. Nous sommes comme autant de canaux publics destinés à leur communiquer les grâces dont ils ont besoin; il faut, pour les leur transmettre, les puiser par la prière dans les sources de la miséricorde de Dieu. Voilà ce que l'Eglise exige de nous en nous plaçant au rang de ses ministres (1). J'ai choisi des lévites , dit le Seigneur , afin qu'ils s'intéressent pour mon peuple , qu'ils m'adressent ses vœux et qu'ils m'engagent par leurs prières à lui communiquer mes dons et mes faveurs. Nous sommes consacrés par l'Eglise pour exercer le même emploi. Plus redevables par notre dignité que ne l'étaient les lévites par leurs fonctions , nous sommes obligés plus étroitement qu'eux de prier pour les fidèles. C'est un des principaux devoirs de notre ministère.

L'Eglise n'a jamais eu un besoin plus pressant du tribut de nos prières. La foi s'affaiblit , la charité se refroidit, les scandales se multiplient , le relâchement s'introduit , la dépravation des mœurs augmente , l'incrédulité et le libertinage triomphent. Nous en sommes les témoins , et l'Eglise en gémit : elle exhorte , on ne l'écoute pas ; elle menace , on ne la craint pas , on la méprise ; elle a des sacremens, on s'en éloigne ou on les profane. 11 ne lui reste que nos

(1) Tuli Levitas ut seniant mihi pro Israël... et orent pro eis. {Numer. cap. SJ V, 18. 19.)

prières pour s'opposer an pro{>rès du désordre , de l'erreur et de l'impiéié. Elle cherche des ministres fervens qui aillent entre le vestibule et l'autel pleurer sur les iniquités du peuple, implorer les miséricordes du Sei{jneur et arrêter les vengeances du ciel (1).

Ah I que les prières d'un prêtre, pénétré d'un vrai zèle, sont puissantes auprès de Dieu ! qu'elles sont capables de fléchir sa colère , quelque irrilé qu'il soit! Le Seigneur nous le déclare lui-même dans le Lévitique (2). Oui , les prières d'un prêtre ont la vertu de rendre Dieu propice à ceux qu'il élait sur le point de perdre (3\ Tel fut l'effet des prières d'Aaron; c'est ce qu'opèrent souvent celles d'un bon prêtre. Hélas ! si les péchés sont si multipliés et les châtimens si fréquens, c'est que ceux qui sont chargés de prier pour le peuple ne le font pas avec assez d'assiduité , de zèle et de ferveur. Oui , Seigneur, dit Isaïe , voilà la cause de nos prévarications et de vos vengeances , c'est que personne ne prie pour votre peuple (4).

S'il en est ainsi , comme nous n'en pouvons douter , pour peu que nous soyons touchés du salut des âmes , pourrions-nous négliger le saint exercice de la prière , qui leur est si salutaire et que l'Église exige de nous? En vain serons-nous fidèles aux autres devoirs qu'elle nous impose ; quel en sera le succès si nous ne prions pas. La conversion des pécheurs et la perfection des justes ne peuvent être le fruit de nos talens et nos travaux. Il n'y a que la grâce qui puisse l'opérer ; ainsi , dit saint Bernard , nous devons plus attendre de nos prières qui l'obtiendront , que de nos soins et de nos peines (5). Nous cultivons, il n'y a que Dieu qui puisse faire germer et croître le grain de sa parole que nous répandons. Il faut lui demander cet accroissement, et il nous l'accordera. Nous travaillerons avec fruit , lorsque par nos prières nous engagerons le Seigneur à travailler avec nous. C'est dans ce saint exercice que nous puiserons la force et l'onction qui doivent accompagner nos discours pour pénétrer et gagner les cœurs. Nous en apprendrons plus aux

(4) Iiiter vestibulum et altare plorabunt snceidoles miiiistri Uomini , et dicent :

paice Domine , parce populo lue. 'Joël. cap. 2. v. 17.)

("2) Koganle pio eis saceidole, prnpilius erit eis Dominus. {Levit. cap. 4. v. 20.) (3 Stans iiiter niovtuos ac viventes , pio populo depiecatus est , et plaga ces-

savit. (iVi/?«. cfip. 46. V 48.)

(4) Non est qui invocet nomen tuuin ; abscondisti faciem tuam a nobis et allisisti nos in manu iniquitatis noslrœ. {Isai. cap. 64. v. 7.)

(5) Orationi plus fidat quani industiiœ et laboii. (1 Cor. cap. 3. v. 7.)

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