‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 93 sur 331 · LIVRE m", CflAPlTRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m", CflAPlTRE IV

pieds du crucifix que dans les livres. Tant de missionnaires et d'hommes apostoliques qui l'éprouvent tous les jours, ne permettent pas d'en douter. Ils persuadent, ils touchent, ils convertissent : doit-on l'attribuer à la sublimité de leurs discours ? Non , mais à la ferveur de leurs prières. Ils parlent efficacement de Dieu parce qu'ils ont soin de s'entretenir amoureusement avec lui. Il leur communique son esprit dans l'oraison : ils en sont remplis , il n'est pas surprenant qu'ils le communiquent aux autres (1). Ils parlent à Dieu qu'ils invoquent, avant de parler au peuple qu'ils instruisent ; de là ce chaupement de mœurs dans ceux qui les ont entendus. Imitons leur exemple , ne prêchons jamais la parole de Dieu sans lui demander qu'il insinue dans le cœur de nos auditeurs les vérités que nous voulons leur annoncer, c'est le moyen de le faire avec fruit 2).

Les autres fonctions de notre ministère ne doivent pas moins nous engager à prier. Visitons-nous les malades ? implorons pour eux la bonté de Dieu. Eh! dans quel temps ont-ils un besoin plus pressant de nos prières ? Le mal qui les accable , les dangers qui les environnent , le démon qui les tente , la mort qui les allarme , l'éternité qui approche, leur rendent le secours de nos prières plus nécessaire que jamais. Touchés de leur état , disons avec David (3) :

Prions encore lorsque nous sommes sur le point d'administrer les sacremens. Demandons à Dieu qu'il dispose le cœur de ceux qui doivent lesYecevoir, afin qu'ils en approchent dignement (4). Prions dans toutes les autres occasions , où nous pourrons attirer sur les fidèles les grâces dont ils ont besoin. Que chacun de nous puisse dire à ceux qui lui sont confiés , ce que Samuel disait autrefois (5). En cela nous imiterons les apôtres , qui regardèrent toujours la prière comme un tribut qu'ils devaient à l'Eglise et comme un devoir des plus importans d^ leur ministère (5).

Telle fut surtout la pratique de saint Paul. Nous voyons dans ses Epîtres comment il proteste souvent aux fidèles auxquels il écrit,

(4) Os meum aperui , et attraxi spiritum, (/'*. 418. v. 134.)

(2) Fluat ut ros eloquium nieuiii. {Dcut. cap. 32. v. 2.)

(3) Dominus openi ferai illi super lectuni doloris ejus. {Ps. 40. v. 4.)

(4) Dominas auteai dirigat corda vestra in charilale Dei. (2 T/iess. cap. 3 «. 5. )

(5) Absit auteni a nie hoc peccatuni in Dominum ; ut cesseai orare pro vobis. (4 Jieij. cap. 12. V. 9.)

(6) Nos veio oralioni inslaïUes eiinius. {Mt, cap, 6. v, 4.)

474 OBLIGATIONS d'état DU SACERDOCE.'

qu'il les recommande au Seigneur dans toutes ses prières (1). Voulons-nous un modèle encore plus parfait , considérons notre aimable Sauveur. Quoique tous les trésors du ciel fussent à sa disposition , il prie cependant son divin Père , il lui demande qu'aucun de ceux qu'il veut sauver ne périsse (2). Voilà ce qu'un pasteur des âmes doit demander à Dieu. Il doit lui dcnrander qu'aucun de ceux qui composent son troupeau n'aille malheur de sy penlrc , qu'il ait le bonheur de réunir dans le ciel ceux qu'il gouverne sur la terre : Futer sancte , serva eos quos dedisti mihi. L'Eglise nous met elle-même tous les jours dans la bouche les prières que nous devons faire pour les fidèles. Nous les disons en récitant l'office divin , en administrant les sacremens , en offrant le saint sacrifice. Nous ne pouvons en faire de plus saintes ; entions dans le sens qu'elles renferment.

III. Un autre motif qui nous engage à prier, c'est que la prière est un secours que nous nous devons à nous-mêmes. Hélas! dans quel état sommes-nous réduits? Combien n'avons-nous pas d'ennemis à combattre , de passions à vaincre , d'habitudes à détruire , de péchés à expier, de dangers à éviter, d'infirmités à guérir, d'entreprises à conduire, et de besoins à pourvoir? Faibles et misérables que nous sommes , nous sentons nos misères et notre impuissance , nous en gémissons et nous en demeurons là. Recourons à la prière, elle peut remédier à tout. Imitons le saint roi Josaphat, qui ne chercha point d'autre ressource dans les besoins pressans où il sévit réduit (3), dit le texte sacré. Il abandonna tous les autres moyens qu'il aurait pu rechercher. Il n'en connut point de plus efficace que la prière. Il s'y livra uniquement, il s'y donna tout entier, il y mit toute sa confiance. Seigneur tout-puissant, dit-il à Dieu, c'est en vous seul que réside la force et la sagesse. La faiblesse et l'ignorance sont notre partage (4). Souffrez que nous vous exposions les maux que nous éprouvons et ceux que nous craignons. Nous le faisons avec confiance, nous espérons que l'excès de vos bontés dissipera l'excès de nos misères (5). Eh! à qui pouvons-nous mieux nous adresser? Oii trouve-

(1) Seniper in cunctis orationibiis meis , pro omnibus Tobis cinii gaudio deprccalionem faciens. {Philip, cap. 4. v. 4.)

(2) Pro eis logo.... Pater sancle, serva eos [quos dedisti mihi. {Lua. cap. M.

(3) Toluni se conliilit ad rogandum Dominum. {^Pamlip. cap, 20. v. 3.)

(4) In manu tua est forlitudo et potentia. {Ibid. v. G.)

(5) Clamabimus ad te in Iribulalionibus nostiis , et exaudies salvosque faciès. {Ibid. V. 9.)

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