‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 98 sur 331 · LIVRE m, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IV

prit de Dieu : il montrera la vérité ; mais il ne la rendra pas aimable : quelques mouvemens extérieurs qu'il se donne pour persuader, il ne paraîtra pas persuadé , touché , pénétré lui-même : on sentira que c'est un langage étranger qu'il parle , un langage qu'il ne tire pas du fond de ses entrailles et de son cœur. Salomon , au langage seul de deux mères , reconnut la véritable : hélas ! au langage et aux instructions de deux pasteurs , il serait encore moins didicile de discerner quel est le véritable père; quel est celui qui parle le langage de l'amour paternel , qui nourrit ses enfans de son propre fonds , qui les porte dans son cœur, qui s'en occupe sans cesse devant Dieu , et qui est plus jaloux de leur conservation et de leur salut, que de son titre de pasteur et de père. Et n'est-il pas vrai qu'un saint pasteur, homme de prières , avec des talens médiocres , fait plus de fruit , laisse ses auditeurs plus touchés de ses instructions, que tant d'autres , lesquels avec plus de talens extérieurs , n'ont pas puisé dans la prière cette onction , ce goût tendre de piété qui seul sait parler au cœur ? On parle bien autrement des vérités que l'on aime , et que l'on est accoutumé à méditer et à goûter tous les jours aux pieds de Jésus-Christ : le cœur a un langage que rien ne peut imiter. Un pasteur dissipé aura beau tonner en chaire , et mettre les mouvemens et les clameurs à la place du zèle et de la piété , on y reconnaîtra toujours l'homme ; on sentira toujours que c'est un feu qui ne descend pas du ciel ; et tout ce bruit véhément n'annoncera jamais la descente de l'Esprit de Dieu sur les cœurs des fidèles assemblés pour l'écouter. Mais comment, direz-vous, au milieu du détail infini des soins du ministère, trouver encore le loisir de vaquer long-temps à la prière? Hélas ! au milieu de tous nos travaux et de nos soins prétendus , que de momens vides et inutiles ! que de jours consacrés à la paresse , à des commerces inutiles , à des occupations , à des amusemens peutêtre peu décens à la sainte gravité de notre minislèrel que de momens où l'oisiveté elle-même nous est à charge , et où nous nous sommes à charge à nous-mêmes! Mon Dieu! et un prêtre, et l'homme de Dieu sur la terre, et son ministre chargé de lui oifrirles vœux des peuples, n'aurait pas le temps de lui offrir ses vœux propres et de le prier ! et le dispensateur de ses grâces et de ses mystères n'aurait aucun commerce avec celui qui lui a confié ce glorieux ministère, et au nom duquel il parle et agit! et il ne lui rendrait jamais compte de ses dons et de ses richesses célestes qu'il est chargé de distribuer, et de l'usage qu'en fontjes âmes qui lui sont confiées !

1S4 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.

Mais d'ailleurs, ce n'est pas une partie de votre vie passée en oraison, que l'on vous demande ; c'est le privilège et la consolation de ces âmes retirées, uniquement occupées à méditer les merveilles de la loi du Seigneur , et à goûter , loin du monde et dans le secret de sou tabernacle, combien il est doux à ceux qui n'aiment que lui, et qui se communiquent sans cesse à lui. Ce qui nous est essentiel, c'est plutôt un esprit de prière que nous devons porter partout au milieu de nos fondions , qu'un temps considérable que nous devions leur retrancher^ pour vaquer plus a loisir à la méditation des choses saintes : ce qui nous convient, c'est, avant de commencer nos fonctions, de nous aller remplir aux pieds de Jésus-Christ de cetesprit qui nous les fait exercer saintement pour nous, et utilement pour les autres; c'est, au sortir de nos fonctions, de nous aller délasser quelques momens devant Dieu, et y reprendre de nouvelles forces pour les recommencer avec un nouveau zèle ; c'est de nous accoutumer à ce commerce secret, et presque continuel, avec Dieu; le trouver partout, nous trouver partout avec lui , et prendre de tout occasion de nous élever à lui. Voilà comment un ministre de Jésus-Christ doit être un homme de prière. Si cet esprit de prière n'anime pas toutes nos fonctions, nous sommes bien à plaindre, de remplir tout ce qu'il y a de pénible dans nos devoirs , et d'en omettre l'unique chose qui peut les adoucir , les rendre uliles, et nous consoler nous-mêmes.

(1) V. Si nous voulons que Dieu exauce nos prières, il faut le prier avec le respect et la religion que doit nous inspirer sa divine majesté. Lorsqu'on se présente devant les grands de la terre, que de mesures, que de réserves et de circonspection ! On réfléchit , on s'observe , on est attentif aux moindres devoirs de lu bienséance. La dignité de leur rang, l'honneur de leur parler , le désir de leur plaire , la crainte de les indisposer captive nos sens, retient notre imagination^, règle notre contenance. Serait-il possible que nous n'eussions pas les mêmes égards pour Dieu! Sa présence ne ferait sur nous aucune impression, nous laisserions à notre esprit la liberté de penser à tout autre objet qu'à notre souverain Créateur! Voilà, cependant, ô mon Dieu! ce qui n'est que trop ordinaire dans mes prières. Je me présente devant vous, je vous prie au nom de l'Eglise et par son ordre, je vous expose mes besoins et ceux des fidèles, j'implore vos miséricordes; et, dans une action si religieuse et si importante, je vous oublie. Les pensées

(4) Le P. Belou.

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