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Le suicide : péril social croissant et grave

Porté à son plus haut degré, l'irrespect de sa propre vie, — qui, à un moindre degré, fait négliger ou même mépriser l ’ hygiène corporelle et psychique, — conduit l’homme à F automutilation et au suicide, qui apparaît ainsi comme le plus grand péril, que puisse faire courir à l’individu et à la société l’inobservation des devoirs biologiques individuels.

Durkheim, qui a fait du suicide une étude très fouillée et très documentée, le définit ainsi : « tout cas de mort, qui résulte, directement ou indirectement, d'un acte positif (ou négatif), accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat ». J’ai mis «ou négatif» entre parenthèses, parce que ce sont les seuls mots de cette définition, dont je n’ admets pas la nécessité, avant étudié à part.

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dans le paragraphe précédent, l’inobservation de l’hygiène individuelle (acte négatif).

Personne ne discute la réalité et la gravité du péril social croissant que crée le suicide. Il ne faut pas, à ce point de vue, se laisser illusionner par la loi de constance qu’a formulée Durkheim. D'une année à la suivante, pour une même société, tant que l’observation ne porte pas sur une période trop étendue le chiffre annuel des suicides est à peu près invariable ; ce qui prouve que le suicide est un fait biologique humain, exceptionnel chez l’homme moyen. Mais, si on prend des périodes un peu plus étendues, on voit facilement une augmentation des plus inquiétantes.

Le chiffre annuel absolu des suicides est monté: en France, de 2 814 (en 1841) à 5 114 (en 1869) ; en Prusse, de 1630 (en 1841) à 3 467 (en 1872)... Ces chiffres sont pris sur les tableaux de Durkheim, qui dit lui-même plus loin : en France, de 1836 à 1878, le suicide augmente de 40 pour 100 environ et de plus de 100 pour 100 en Saxe pendant la période 1854-1880 (1171 cas au lieu de 547). La proportion à la mortalité générale monte de 8,2 (1841) à 11, 9 (1860) et le chiffre par million d’habitants va de 135 (1866-1870) à 150 (1871-1875) et 160 (1874-1878).

Durkheim proclame « l’énorme accroissement qui s’est produit depuis un siècle dans le nombre des morts volontaires » , qu’il considère ce comme un phénomène pathologique, qui devient tous les jours plus menaçant».

« Le nombre de ceux qui se donnent volontairement la mort, dit Paul Gaultier, augmente sans cesse et partout. De 30 par million d’habitants en 1870, il s’est élevé, pour l’Italie, à 38 en 1878; pour la Belgique, il est passé, dans la même période, de 66 à 78; pour l’Angleterre, de 67 à 69; pour l’Autriche, de 78 à 130; pour la Bavière, de 90 à 100; pour la Prusse, de 142 à 152 et pour la Saxe, de 293 à 344. En France, nous sommes montés, pendant ces huit années, de 135 à 160... On compte

actuellement en France 9 438 suicides annuels, soit une moyenne de 22 environ pour 100 000 habitants. Et, chose lamentable, sur ces 9 438 suicides on en remarque, en 1898, 477 de mineurs âgés de 16 à 21 ans et 85 d'enfants au-dessous de 16 ans, alors que, en 1869, on ne constate que 168 suicides de la première catégorie et 37 de l'autre. En même temps que le taux des suicides, leur précocité va donc en augmentant. Notez que, en 1893, 35 enfants de 15 ans se sont donné la mort, 33 de 14, 4 de 13, 2 de 9, 1 de 8, et 1 qui n'avait pas encore 6 ans! »

Pour diminuer l'importance du péril social qui résulte de cet accroissement du nombre des suicides, il ne faut pas dire que le suicide prive la société uniquement de membres indésirables, peu regrettables, sans volonté et sans valeur pratique. Si on ne parvient pas à enrayer l'extension du suicide à tous les âges, à toutes les classes, à tous les hommes, il deviendra la principale cause delà dépopulation, qui nous menace et nous envahit.

Comme, d'autre part, nous verrons que les sanctions légales sont impossibles dans ce cas, l'importance apparaît capitale de 1 étude biologique du suicide, que nous diviserons en trois paragraphes : analyse psychologique , démonstration de l’immoralité, détermination des causes sociales de cet attentat de l'individu contre sa propre vie.

A. Analyse psychologique. — Dans le précédent paragraphe naus avons étudié les attentats contre la vie individuelle par défaut de soins, de précautions, d'hygiêne; dans le paragraphe actuel il s'agira des attentats actifs , positifs contre notre personne, depuis les automutilations jusqu'au suicide entraînant la mort.

Pour certains auteurs, tous les suicides sont des manifestations de folie; si ceci était vrai, cela supprimerait toute responsabilité chez tous les suicidés et rendrait inutile la discussion delà moralité ou de l'immoralité du suicide. Nous allons voir que la formule, ainsi absolue, est exagérée et

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inexacte; il n en est pas moins vrai que, dans beaucoup de cas, le suicide est une manifestation de la folie; il est très utile de bien connaître ces cas pour faire ensuite l'analyse psychologique des suicides sans irresponsabilité.

a. Le suicide et les automutilations chez les aliénés. —

Les aliénés se livrent parfois sur eux-mêmes à des actes de violence (coups, blessures, mutilations), actes irrésistibles, inconscients, exécutés dans un état complet d égarement (épileptiques, hystériques, maniaques) ou parfaitement appréciés mais impossibles à réprimer (mélancoliques, mystiques). Ces actes sont facilités par l'anesthésie physique

et morale que présentent ces malades. « En se livrant à de tels actes, dit Régis, les aliénés obéissent soit à Fidée de se punir, de se purifier, d'être agréables à Dieu, soit à un beèoin instinctif de se faire du mal, de décharger sur euxmêmes la violence de leur agitation ou de leur fureur. Parfois ces automutilations résultent d'hallucinations im-

pératives, soit divines (ordre de Dieu), soit humaines. » L'impulsion au suicide est parfois « subite, instantanée, aveugle; et le sujet exécute son acte en un instant sans même l'avoir conçu et dans un état d'inconscience plus ou moins complet » (épilepsie, manie aiguë, délires toxiques et infectieux, raptus paroxystiques de la lypemanie). D'autres fois, c'est un « enchaînement lent, progressif et plus

ou moins combattu par le malade, qui se rend un compte parfaitement exact de ce qui se passe en lui » (dégénérés, déséquilibrés). Ce sont ces derniers cas qui intéressent le plus le psychologue parce qu'ils sont bien moins éloignés, à tous les points de vue, des suicidés responsables ou psychiquement bien portants.

« La catégorie la plus intéressante parmi les su jets atteints d'impulsion consciente au suicide est celle des héréditaires. On a remarqué en effet, depuis longtemps, que, dans certaines familles, le suicide se manifestait dans plusieurs générations successives et chez plusieurs de leurs membres.

parfois exactement au même âge et dans les mêmes conditions. Dans quelques-uns de ces cas, à Faction prépondérante de l’hérédité s’ajoute l'obsession qui hante les sujets qu’une fatalité inéluctable pèse sur eux et que, quoi qu'ils fassent, ils doivent finir par le suicide, exactement comme leur ascendant; c’est là évidemment ce qui achève de les entraîner. »

Paul Bourget a écrit, dans Odile , l'histoire dramatique du suicide héréditaire avec l'admirable description de la mort et de l’elfroi qu elle cause à ces (malheureux névrosés.

Comme tous les délires de dégénérés et de débiles, la tendance au suicide est puissamment influencée par Y imitation ou la contagion (psychique ou mentale). On a décrit de véritables épidémies de suicide. Ceci est intéressant parce que cela s’observe en dehors des asiles et des aliénés proprement dits, chez les demiresponsables dont je parlerai au paragraphe suivant.

Dans tous les cas, le suicide apparaît comme la suite d’une impulsion, conséquence elle-même d’une obsession.

Dans l’obsession, il y a certainement une idée fixe (qui est, pour Westphal, l’élément principal) et une émotion anxieuse (base du délire émotif de Morel). Mais, pour que l’obsession soit constituée, il faut que ces deux éléments agissent sur la volition, sur la délibération et le jugement des motifs qui précèdent la décision. Ce qui caractérise vraiment l’obsédé, c’est le trouble de la fonction de hiérarchisation des motifs . ü n'y a obsession que quand l’idée fixe à pris, sur la volonté du sujet, un empire injuste et immérité, incoercible, irrésistible, disproportionné, insensé.1 L'obsession est bien vraiment un trouble de la volonté (Arnaud); les obsédés pouvant d’ailleurs (Pitres) avoir en même temps une volonté « très ferme » pour certaines choses; ce qui en fait des parabouliques plutôt que des abouliques.

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De 1 obsession ainsi comprise se rapproche tout naturellement V impulsion .

L impulsion est une tendance impérieuse, souvent même irrésistible, à l'accomplissement d’un acte. C'est un trouble, non delà motilité (l'acte moteur ou impulse est l'aboutissant de 1 impulsion) mais du processus psychique d'exécution ou d'extériorisation de l'idée ; trouble caractérisé par un motif violent, impératif, doué d'une extrême force d'extériorisation, qui vient se substituer à tous les autres, les remplacer tous. Le caractère brusque et impératif de l'impulsion supprime la délibération et raccourcit l'acte psychique de la décision au point d'en faire « une sorte de réflexe cortical » (Dallemagne).

iel est i acte psychique dans tous les cas de suicide chez les sujets dont je viens de parler, chez les aliénés qui sont ii responsables de leur acte et pour lesquels par conséquent il ne faut parler ni de moralité ni d'immoralité du suicide ou des automutilations.

b. Le suicide chez les sujets demiresponsables ou à responsabilité atténué e . D apres tout ce que je viens de dire le suicide est la conséquence de deux éléments : 1° la faiblesse de la volonté, débilité mentale avec trouble de la faculté de hiérarchisation des motifs; 2° l'idée impérieuse d'attenter à sa vie et de se tuer. Chez les aliénés (dont j'ai uniquement parlé jusqu'ici), ces deux éléments se trouvent dans les sujets eux-mêmes: ils ont la paraboulie et l'idée obsédante; le suicide en résulte tout naturellement.

Dans beaucoup d autres cas, — ceux qui nous intéressent ici ,parcequ'il ne s'agit plus d'aliénés à enfermer dans un asile, — le sujet porte bien en lui l'affaiblissement de la volonté, qui lui fait mal hiérarchiser les motifs de ses actes; mais 1 idee du suicide ne naît pas en lui; elle lui vient de l'extérieur : situation pénible, malheurs répétés, préoccupations d'avenir, chagrin d'amour... Cet élément extérieur, parfaitement, réel et existant, ne suffirait pas à provoquer le suicide

Grasset. — Devoirs et périls biol. g

d'un sujet à volonté ferme ou seulement normale. Mais, sur un sujet débile, sans résistance de sa volonté personnelle, cet élément extérieur de détermination ne sera pas hiérarchisé comme il faudrait, ne sera pas discuté sainement par la raison et mis par elle à la place qui est due ; il prendra sur la volonté de ce sujet un empire injuste, immérité, auquel il n'a pas droit; et il finira par déterminer l'acte, comme l'idée obsédante et impulsive de l’aliéné.

Chez l'aliéné, le motif du suicide est le résultat de son état

mental et de son délire ; chez les autres sujets dont je parle, le motif invoqué existe, est réel ; c’est un événement nullement inventé parle cerveau en délire du sujet. Mais, chez les deux, la volonté personnelle du sujet n'est pas suffisante pour reconnaître le caractère délirant de l'idée chez le premier ou le caractère futile et peu important chez le second.

Les deux se suicident, mais ont de leur acte une responsabilité bien différente. Le premier n'en a aucune ; le second a une responsabilité atténuée, à un degré d'ailleurs très variable et qui peut être très léger.

Car il y a assez de malheurs et de périodes tristes dans la vie pour que le défaut de résistance de la volonté du sujet trouve des occasions de se manifester et de porter au suicide. Il suffit de n'avoir aucune énergie morale à ce moment pour flancher devant la douleur et, si on ne croit pas à une vie au delà de la mort, pour [préférer une mort plus ou moins rapide et indolore à la continuation de souffrances que l'on juge intolérables.

Les aliénistes eux-mêmes reconnaissent bien la possibilité du suicide dans des folies passagères ou chez des demi-

fous.

« L'impulsion consciente au suicide, rapide ou lente, peut, dit Régis, survenir, non seulement dans les états avérés de psychopathie, mais encore sous l’influence des perturbations, légères et passagères, de l’équilibre mental, produites par

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les processus physiologiques de la vie génitale (puberté, menstruation, grossesse, accouchement, âge critique), par les états passionnels ou par les grandes émotions. Chez certains sujets particulièrement impressionnables, comme les femmes hystériques et les enfants nerveux, le moindre chagrin, la moindre contrariété suffisent parfois pour déterminer presque aussitôt une impulsion au meurtre e soi-même. 11 en est de même de l'entraînement mutuel et de 1 imitation, qui peuvent provoquer de véritables épidémies de suicide (suicide à deux, suicide collectif). >,

Il est évident que, dans beaucoup de ces cas, on ne peut pas dire que le sujet est entièrement irresponsable ; sa responsabilité est atténuée, mais elle existe. Elle existe d’autant plus qu elle peut être engagée dans la production de cet état de débilité mentale qui explique le suicide : l’alcoolisme, la main aise éducation, les excès, les mauvais enseignements moraux... peuvent développer cette faiblesse de la volonté, qui se trouve alors énervée et impuissante devant la douleur' les malheurs et les tristesses de la vie et aboutit à un attentat, dont la malheureuse victime garde une certaine ; responsabilité. Il est Jonc non seulement permis, mais indiqué, d etudier la moralité ou l’immoralité du suicide et ; de bien faire connaître à tout le monde les résultats de 1 enquete sur cette question, que je vais résumer.

11. L’immoralité du suicide. - Le suicide, accompli par un sujet non irresponsable, est-il permis, est-il un droit, est-il moralement indifférent? La doctrine de l’affirmative est soutenue de divers côtés et avec des arguments spécieux, mais séduisants: chaque homme est propriétaire de sa vie, il peut en disposer et la raccourcir à son gré ; il ne doit sa vie a la société qu’en vertu d’un contrat; s’il renonce aux avantages que la société lui donne en échange, il reprend sa liberté et peut se tuer.

• De PJus e" Plus> dil Gustave Belot, exposant avec une

grande force cette doctrine, que d’ailleurs il réfute ensuite,

(( de plus en plus, s’accentue et se généralise la conviction morale que la personne s’appartient à elle-même 'et que toute main mise absolue sur elle est illégitime... La limitation de sa liberté (parles obligations sociales) est de plus en plus généralement conçue comme le résultat d’une sorte déchange de services ou même d’un contrat ou d’un quasi-contrat ; et ainsi elle n’apparaît pas, en principe du moins, comme une négation de l’autonomie de la personne... Comment concevoir une autorité qui imposerait à l’individu la conservation d’une existence qu’il n’a pas demandée ? Comment, si la main mise sur sa vie est la négation même de son droit, cette main mise pourrait-elle s’exercer légitimement pour le contraindre à vivre ? Si la personne s’appartient, comment lui défendre de se détruire ? 11 y a dans la condamnation à vivre, autant que dans la condamnation à mort, quelque chose d’absolu à quoi répugnent la relativité el le caractère conditionnel du droit. Si 1 homme vit, puisqu’il ne peut se suffire à- lui-même, on conçoit qu’il puisse être astreint à vivre d’une certaine manière ; car il y a une relation constante, une intéraction continue, un incessant échange entre cette vie et le milieu (social en particulier) où elle se développe : le milieu pose donc ses conditions. Mais comment tirer, de considérations de ce genre, le devoir même de vivre, le devoir de s’engager dans ces relations d’où semblent être déduits tous les devoirs? Comment le milieu poserait-il ses conditions à celui qui en sort? On est arrivé en effet à affirmer le droit à la mort comme une conséquence de l’individualisme juridique dont nous venons de parler et, si paradoxale que soit une semblable revendication. il ne semble pas facile, dans l’état présent des. esprits libres, de la tenir pour vaine et non-avenue. La thèse du droit à la vie, qui est plus courante, est assurément de nature à agréer davantage ; elle n’est peut-être pas aussii aisée à défendre. »

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ü est en se plaçant, dit Malapert, an point de vue d'un individualisme absolu qu'on a pu soutenir que l'individu a le di oit de disposer de sa vie. Les stoïciens ont étendu très loin ce droit de « sortir » de la vie « comme on s'éloigne d un lieu rempli de lumée » (Marc Aurèle) ; le sage se demandera s'il ne doit pas quitter la vie, « dès que la fori’ lune, dit Senèque, aura commencé à lui être suspecte ».

Après tous les développements, donnés plus haut au nom de la Biologie humaine, il est facile de réfuter cette doctrine du droit de /individu au suicide et de démontrer que le suicide est un acte immoral, que 1 homme n'a pas le droit

de disposer de sa vie, de frustrer la société de sa vie individuelle.

Lu effet, nous avons vu que 1 individu a le devoir biologique, non seulement de respecter, mais d'aimer et daccroit re sa propre vie et, par là, de contribuer et de collaborer au progrès indéfini de l’humanité. C'est une idée-loi naturelle, innée, dont la Biologie humaine ne discute pas et ne t recherche pas 1 origi î e , mais dont elle constate scientifiquement l'existence indiscutable.

Celle idee-loi dans son principe général de finalité biologique est d ailleurs commune à tous les êtres vivants. Tous les êtres vivants doivent vivre, non pas à leur guise et le temps qui leur plaît, mais conformément à la loi de finalité biologique de leur espèce ; ils doivent vivre dans les conditions et le temps nécessaires pour que cette finalité biologique de 1 individu et de 1 espèce soit remplie et accomplie normalement et complètement.

Chez 1 homme, la même idée-loi apparaît avec le même caractère d existence légitime et scientifique. Seulement elle apparaît avec des caractères particuliers, différents de ceux qu'elle présente chez les autres êtres vivants, parce que 1 espèce humaine a des caractères spéciaux, différents de ceux des autres espèces : la fin de l'espèce humaine et par

suite la fin de la vie individuelle humaine sont tout à fait spéciales et, de plus, à cause des caractères d autonomie que nous connaissons à la volonté humaine, la loi de finalité biologique n apparaît pas comme une nécessité mathématique entraînant l'obéissance automatique, mais comme

un devoir moralement obligatoire, auquel le suicide est une *

formelle dérogation.

Le suicide n'est donc pas défendu et interdit par un contrat social ou des conventions sociales; ce n'est pas parce qu'en se suicidant l'homme se soustrait au service militaire et aux impôts qu'il n'a pas le droit de se tuer ; c'est parce que, en vertu de sa nature même, analysée et définie par la Biologie humaine, l'homme a le devoir de respecter, d'aimer et d'accroître sa vie et par suite n'a pas le droit de la diminuer, de l'amoindrir ou de la raccourcir. Il ne s'agit là ni de droit à la mort ni de droit à la vie, mais de devoir de la vie, devoir individuel et non social, devoir supérieur et antérieur à la constitution et à 1 organisation de la société.

Pour défendre la légitimité du suicide on ne peut pas invoquer l'incapacité du milieu à poser des conditions à celui qui quitte ce milieu. Le devoir de vivre n est pas une condition imposée par le milieu; ce n est pas une émanation de la société ; c'est un devoir directement imposé à

l'individu.

On voit que toute cette question ne peut être résolue qu'avec et, par la Biologie humaine ; elle ne peut pas 1 être par la biologie générale ou la biologie animale pour cette bonne raison que le suicide est un phénomène humain, est un fait qui a le caractère humain et ne s'observe que chez l'homme.

« Dans l'animalité, les cas d'apparent suicide se ramènent pour la plupart à des phénomènes de réaction violente, où les réflexes, d ordinaire utiles au maintien de la vie, dépassent la mesure et provoquent plus ou moins directe-

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menl la mort. Ce sont là des faits apparentés aux faits d’autotomie dans lesquels on voit F animal captif s'amputer d un membre pour s'échapper: c'est donc tout l'opposé d'un véritable suicide. A plus forte raison est-il impossible d'assimiler au suicide les cas nombreux où la satisfaction normale de l'instinct, en particulier de l'instinct de reproduction, est, comme chez tant d insectes, fatalement suivi de mort : même lorsque le frelon, aussitôt que la reine l'a accueilli au haut des airs, rentre docilement à la ruche où les ouvrières vont l immoler; il n'est guère possible de voir là autre chose qu'un mécanisme instinctif plus compliqué, une combinaison d'instinct individuel et d'instinct social, mais qui ne diffère pas essentiellement du cas précédent. C'est donc dans 1 humanité que nous voyons apparaître la mort volontaire. » Gustave Belot ajoute : « c'est cette volonté de mort qu i! s'agit de bien comprendre et alors peut-être Expliquera- t-dn pourquoi elle est particulièrement humaine et même liée à des formes élevées de l'existence humaine ; on pourra entrevoir du même coup le rapport qu'il y a entre elle et cet autre phénomène humain : la moralité » ; et il conclut : « ainsi nous arrivons à cette constatation que le suicide est directement lie à 1 existence de la moralité humaine H qu il n est possible que parce que l'homme est capable de moralité ».

G est la conclusion à laquelle nous arrivons par la Biologie humaine : le suicide est un phénomène humain antiscientifique qui est un manquement formel à un devoir biologique positif.

Crlle conception de 1 immoralité du suicide permet en même temps de montrer les limites du vrai suicide condamné et d'éviter la confusion, notamment avec le sacrifice de sa vie propre, qui non seulement n'est pas défendu, mais au contraire constitue un devoir dans certaines circonstances, fl peut en effet surgir, entre ce devoir de respecter et, de

conserver sa vie et d' autres devoirs, des conflits qu il est en général assez facile de résoudre. Le principe est celui-ci : le devoir de respect pour notre propre vie s'incline et s'efface devant le devoir supérieur de l'intérêt et du salut de la

patrie. « Un Bara, un d'Assas ne veut pas mourir, il veut sauver les siens, continuer la défense ou la victoire », dit Belot; et Malapert : « ce peut être un devoir, dans des circonstances déterminées, de négliger ce qu exigerait dans les circonstances ordinaires le devoir de conservation (telle j

une mère qui risque sa vie pour soigner son enfant) ou de faire précisément ce qu'il interdirait (tel le chevalier d'Assas poussant le cri qui doit lui coûter la vie). »

G'esi ainsi qu'on distingue nettement et nécessairement le suicide du dévouements t du sacrifice. Le même principe.

qui fait condamner le suicide, rend, dans certains cas, obligatoires le dévouement et le sacrifice. Il n'y a pas contradiction entre ces deux ordres de faits, qui sont au contraire des conséquences et des applications des mêmes lois biologiques. « Celui qui se dévoue ne cherche pas la mort pour elle-même; il ne fait, dans la mort, que prolonger sa vie même ; car il la fait servir, à la même heure. En mourant, il agit encore. On ne peut pas plus dire qu'il y a suicide de sa part que de la part de l'homme qui s'use, lentement , au travail. » Celui qui se dévoue ne se soustrait pas à la mission que la vieilli confère; loin delà, il la remplit très-largement, généreusement, jusqu'au bout et presque au delà du néces¬

saire.

Le suicidé au contraire se tue pour éviter et fuir la vie et tous les devoirs que la vie comporte. « Le suicidé est celui qui. a renoncé à son but, qui cesse définitivement d'agir et qui a désespéré de la vie. La mort n'est pas pour lui le dernier usage qu'il fasse de sa vie, l'effort suprême pour faire aboutir une œuvre commencée ; c'est 1 abandon final » (Belot).

Entre le sacrifice de sa vie et le suicide, « le motif fait

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la différence », dit Malapert. Le devoir de vivre est un devoir obligatoire ; mais on F accomplit encore en se sacrifiant aux autres. Dans les conflits de ce devoir avec d'autres devoirs, ceux-ci peuvent l’emporter obligatoirement : c’est, dans chaque cas particulier, une question d’appréciation rationnelle et de hiérarchisation morale.

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