Les hallucinations cénesthésiques, point de départ fré
(luent des altérations de la personnalité, sont générales ou
partielles, élémentaires ou plus ou moins nettes et diffé-
lenciées.
Les sensations, éprouvées ainsi, sont de divers genres : « douleurs, brûlures, commotions ; changements de place, de
forme, de fonctionnement; obstruction, lacération, desliuction d'organes; inexistence d'un viscère ou de plusieurs; présence de corps étrangers, d'animaux, d'enfants, d'individus humains ou surnaturels dans le corps, état de mort... »
(Régis).
Ces troubles s'observent plus particulièrement dans la mélancolie, les délires systématisés et les déhres hypocondriaques.
v. Dans ce dernier syndrome psychique, Yhypocondrie, il y a souvent aussi des illusions et des faux jugements ou iîuisses interprétations cénesthésiques.
L'hypocondrie, qu'il ne faut pas confondre avec la /?a^>^o-
pliohle (peur de la maladie) est bien vraiment un trouble de
la cénesthésie : le sujet se sent malade; c'est une erreur de sa cénesthésie; le plus souvent, il interprète mal des sensations endogènes vraies. Le « malade imaginaire » est vraiment un malade; seulement il n'a aucune des maladies (lu'il croit avoir ; il est malade de ses centres nerveux et plus spécialement de ceux de ces centres qui président à la cénesthésie.
La sensation cénesthéslque fausse est rélément premier et nécessaire de Thypocondrie; souvent (mais ni toujours ni nécessairement), il s y joint la « préoccupation constante et mal fondée » (Séglas) de cet état.
On distingue trois degrés au trouble hypocondriaque (Gilbert Ballet, Séglas) : 1. la sensation hypocondriaque
(hypocoudria minor); 2. la sensation hypocondriaque avec émotion (phobie hypocondriaque, nosomanie, nosophobie);
3. la sensation hypocondriaque avec idée délirante (hypocondria major : idée fausse et absurde, systématisée; folie hypocondriaque).
Nombreuses sont les maladies psychiques et mentales
dans lesquelles on trouve ce syndrome : depuis la névropathie psychosplanclinique jusqu'à la mélancolie, la psychose systématisée progressive, les psychoses des dégénérés, les psychopathies toxiques, la paralysie générale.
â. Au même groupe des hallucinations cénestliésiques on peut rattacher les phénomènes autoscopiquett .
Au psychisme inférieur, désagrégé dans le sommeil, se
révèlent parfois, avec une particulière force, certaines sensations cénestliésiques qui donnent au rêve l'apparence divinatoire et prémonitoire. La chose est plus nette daiis l'hypnose (Sollier). (Certains névrosiques senttMit et se représentent certains (le leurs organes. Dans trautrescas, le sujet se
représente son corps entier et robjective;il le voit devant lui : c'est Thalkici nation décrite par Alfred de Musset dans la Nuit de décembre et (|u'il éprouvait lui-mème(connne Ta
raconté George Sand dans Elle et Lui),
£. Uu degré attéiuié de Thypocondrie est constitué par h' mécontentement de soi (physique) : sans se sentir ou se croire une maladie, on se sent mal à Taise, on s'observe; c'est
Tautoanalyse ; on se cherche des sensations morbides, on consulte les médecins, on évite les causes présumées de maladie : ce sont des timides de la santé.
Le symptôme contraire est Y euphorie^ contentement exagéré du moi physique, Yoptimisme étant plutôt le contentement exagéré du moi personnel total. Ces malades ne craignent rien, se trouvent mieux que jamais, ne veulent pas consulter de médecin ni prendre les précautions les plus élémentaires;
ils sont indillérents au milieu physique ou le méprisent; ils bravent tout et le disent.
Ces troubles cénestliésiques se compliquent le plus souvent de trouble émotionnel : le mécontent de soi est triste;
l'euphorique est gai.
En dehors de la pathologie mentale, on observe des euphories partielles dans la plupart des maladies graves, spécialement dans la^ tuberculose. En pathologie mentale, Teu-
phorie fait partie de l'optimisme des paralytiques généraux, de la mégalomanie, de la manie, des périodes d'excitation de la folie circulaire...
2° Dans les maladies de la personnalité, je citerai les
troubles de l'idée du moi et les troubles de la personnalité.
a. Dans les troubles de Vidée du moi entier on peut
nonnner : [régoïsme et la timidité morbides; Toptimisme
et les idées de grandeur (idées de satisfaction, de capacité,
<ie force, de puissance, de richesse ; orgueilleuses, ambitieuses...); le mécontentement de soi avec idées d'amoindrissement, de négation (partielle ou totale) du moi,
de transformation du corps (zoantliropie, lycanthropie),
il'énormité (immortels). . .
\J interprétation de ces idées conduit aux idées de persécution (persécutés auto-accusateurs, persécuteurs...).
ji. 11 y a de vraies maladies de la personnalité par trouble de l'idée supérieure de soi.
n se forme (Morselli et Séglas) « un moi nouveau, ayant avec l'ancien des rapports : a. de substitution (délire métabolique); 6. d'alternance (double conscience); c, de coexistence (dédoublement, délire de possession) ». Ce sont à peu près les trois types de Ribot : aliénation de la personnalité, alternance de deux personnalités, substitution d'une personnalité à Tancienne qui ne disparaît pas (le délirant qui se dit empereur et avoue être manouvrier).
A ces divers troubles il faut joindre la faiblesse ou Taffaiblissement de la notion de personnalité. Il y a régression,
quand le trouble reproduit la personnahté du sujet à une époque antérieure de son existence...
3» Dans les maladies de la volition personnelle nous distinguons les troubles para et les troubles hypo.
a. Le développement des volitions de défense et d'accroissemenl de la vie devient une maladie quand il est faux dans son point de départ ou dans ses conclusions. C'est le cas des
persécutas persécuteurs (Lasègue) ou raisonnants (Falret)
réalisant des idées de persécution active (idées de revendication, de vengeance); délire quérulant ou des aliénés processifs (Béer, Krafft Ebing); « conceptions délirantes attribuant une portée particulière à certains actes bizarres qu.
ont pour te malade ta signification d'une défense contre ses
ennemis ».
^. La maladie affaiblil , supprim.-- l'instinct d'accroissement
et même de con.servation (le lit vie personnelle; elle peut même renverser cet instinct et entraîner des vol.t.ons d'aulodestruction partielle ou totale.
Les actes (aulovulnération, automutilation, suicide) accomplis sous CCS influences, peuvent être délibérés et consciemment exécutés (persécutés, mélancoliques, mystiques) ou au contraire rapidement, brusquement et inconsciemment exécutés sous l'inlluence d'une impulsion irrésistible
(épilcpsie). .
Plus particulièrement remarquable est l'impulsion au suicide des héréditaires, qui s'aggravent souvent de la connaissances angoissante et obsédante qu'a le sujet du suicide Je ses parents et de l'ellroi que lui cause cette mort volontaire, à laquelle il se sent inéluctablement entraîne.
4» Nous n'avons pas à étudier les maladies de l'émotion relatives à l'idée de soi et à la vie individuelle, mais bien les maladies des neurones aVCC lesqUcls le SUJet épPOUVe CCS émotions (et les exprime par la mimique) : ce sont vraiment les maladies de rémotivité, l'émotivité étant la faculté que nous avons d'éprouver et d'exprimer les émotions.
a \J exagération simple de l'émotivité n'est pas elle-même une maladie. Lbypersei.sibilité, la peur exagérée ne sont
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pas des maladies ; rhyperemotivité morale ou esthétique de saint Vincent de Paul, de Victor Hugo ou de Rodin ne constitue pas une maladie. \J hyper émotivité nç^ peut donc apparaître que comme un tempérament.
Malapert distingue à ce point de vue quatre types physiologiques : 1. les apathiques; 2. les sensibles qui ont
une sensibilité vive, généralement mobile, passagère et superficielle; les sujets su^nt enjoués, gais, expansifs, ordinairement bienveillants, naturellement optimistes; 3. les émotifs ont une sensibilité profonde, sont très affectifs;
ce tempérament est à forme mélancolique et tendre ou tumultueuse, irritable et inquiète; 4. les passionnés consliluent un type plus complexe, pas exclusivement sensitif
OU émotif.
Le 13 janvier 1910, dans une séance des sociétés réunies de neurologie et de psychiatrie, on a étudié la constitution psychique émotive et posé cette question : existe-t-il une^ constitution psycliopatique émotive? Celle-ci se révèle-t-
elle par certains signes obJ4?ctifs? Dupré répondit : oui; « il existe nettement une constitution psychique émotive, (^est une constitution psychopalhique spéciale, héréditaire,
(|ui peut s'exagérer dans la suite, qui se révèle par un
certain nombre de signes objectifs : 1. Texagération, dans leur instantanéité et leur amplitude plutôt que dans leur vitesse, des réflexes tendineux, pupillaires et cutanés ;