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CHAPITRE XII

LES PÉRILS CORRÉLATIFS AUX DEVOIRS BIOLOGIQUES INTERINDIVIDUELS (suite)

i Droits des médecins sur la vie des malades (suite): C. dans le but esthétique et euphoristique ; D. dans le but euthanasique. — 2. L'irrespect

de la vie psychique et morale d'autrui : A. les attentats psychiques et

moraux en général; B. injure, diffamation, calomnie et faux témoignage j

c l'hypnose provoquée et l'anesthésie chirurgicale ; D. la pornographie ;

E. l'esclavage .et le servage ; la tyrannie ; l'intolérance.

1. Droits des médecins sur la vie des malades (suite). C. Dans le but esthétique et euphoristique. — Toutes les

questions étudiées dans la deuxième partie du dernier chapitre sont, en réalité, des questions de conflits de devoirs. Le devoir inlerindividuel de respect et d'amour de la vie d'autrui est obligatoire pour tout le monde ; mais il peut se trouver en conflit avec le devoir individuel de respect et d'amour de sa propre vie (ce sont les exCUSBS tiréeS de la

légitime défense et de la provocation) ou avec le devoir

d'obéissance à l'autorité légitime (c'est l'excuse pour les

attentats contre la vie des particuliers, tirée de la guerre ou

du salut public)...

Pour la question des droits des médecins sur la vie des malades, le conflit existe encore, plus aigu et plus angoissant bien souvent, entre deux devoirs interindividuels : je dois respecter et aimer la vie de mon malade; mais je ne

peux le tirer d'une maladie grave, Tarracher à une mort

probable qu'en faisant courir un certain risque à cette vie que je veux sauver; en voulant le sauver, \e peux le tuer

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ou déterminer, volontairement et de bonne foi, un accident très grave, je peux commettre un attentat sur la vie de ce

prochain que j'aime cependantxomme moi-même.

La conscience et la loi sont d'accord pour dire au

médecin : ne crains rien ; agis avec ta conscience et tu science d'honnête homme et de savant ; fais pour le mieux

et on ne te tourmentera pas. Même si tu as le regret de ne pas le sauver, du moins n'aur'as-tu pas le remords de Tavoir

laissé mourir par ta faute, par ton abstention.

Ce qui commande le jugement de la conscience et de la

loi dans tous ces cas, c'est donc l'appréciation de V intention ; pour qu'un attentat contre la vie d'un individu soit excusé,

il faut que le but poursuivi dans cet attentat, rinteutioii de celui qui le commet, loyalement analysés et interprétés.

soient jugés d'une importance supérieure à celle du devoii

interindividuel que l'on va enfreindre. C'est ce qui arrive dans la légitime défense, dans la provocation, dans le trai tement périlleux d'une maladie très grave...

Mais ceci n'arrive plus si l'intervention médicochirurgi

cale qbi peut entraîner une diminution de la vie du sujet est faite, non dans un but thérapeutique, mais dans un but

esthétique ou eitp horis tique . Si l'opération sollicitée par le malade, pour arranger une difl'ormité congénitale ou acquise,

n'a pas d'imtre but que ce but esthétique et si elle présente quelque danger pour le malade, le médecin n'a pas le droil

de la faire. Si, pour se procurer un bien-être répété, le malade demande des injections de morphine à doses frétfuentes et croissantes, si le médecin juge que le traitement

peut être et sera préjudiciable au malade, il ne doit pas

le periTiellre, il ne doit pas faire Tordonnance qiie Ton sollicite, il ne doit pas prendre la responsabilité de cette intoxication chronique et progressive jusqu'à la mort.

Dans un hiit purement esthétique ou euphoristique, le încdecin n'a pas le droit d^ attenter à la vie du malade qui

se confie à lui.

Remarquez — c'est un point sur lequel je reviendrai dans

le paragraphe suivant — que le consenteinent et même le désir fortement exprimé par le malade, de cette intervention dangereuse ne suffit pas à l'excuser et à la justifier.

Nul n'a le droit de sacrifier sa propre vie dans un but purement esthétique ou euphoristique.

D. Dans le but euthanasique. — La question de Teutha-

nasie, très actuelle et passionnément discutée dans ces derniers temps, rentre dans l'objet de ce chapitre : pour procurer une mort douce, agi^able ou moins douloureuse à un malade qu il sait définitivement et irrémédiablement perdu,

le médecin, à la demande du malade et de la famille, a-t-il le droit de raccourcir cette existence, très compromise, mais

dont il ignore d'une manière précise les délais de durée ? Voilà la question à débattre.

« Euthanasie » veut dire pour Littré : bonne mort, mort douce et sans souffrance ; pour Littré et Gilbert : mort

arrivant au milieu d'un sommeil provoqué afin d'éviter une

agonie douloureuse ; pour Sicard (dont je suis fia thèse) :

pour celui qui souffre et veut sortir de Texistence, une mort douce, une meilleure mort. — Pour rester strictement dans Tobjet du chapitre actuel, je n'envisagerai que l'euthanasie provoquée par le médecin : l'attentat médical

contre la vie du malade dans le but euthanasique.

Francis Bacon (1564-1626) paraît être le premier qui ait

préconisé l'euthanasie médicale : « j'estime que c'est également la fonction du médecin de rendre la santé et d'adoucir

les peines et les douleurs; et non seulement lorsque cet adoucissement peut conduire à la guérison, mais lorsqu'il

peut servir à procurer une mort calme et facile. Car ce n'est pas une petite félicité que cette euthanasie qu'Auguste César

ne cessait de se souhaiter... Les médecins au contraire se font une espèce de scrupule et de rehgion de tourmenter encore le malade, alors que la maladie est sans espoir.

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tandis qu'à mon avis ils devraient avoir assez d'habileté

pour faciliter et adoucir de leurs propres mains les souflrances

et Tagonie de la mort. »

En 1817, Ragonneau, dans une thèse de Paris « Considérations sur l'a ffonie », dit: « le médecin peut, en certains

cas, sans manquer à ses devoirs et compromettre sa réputation, adoucir, abréger même les tourments d'un malheureux moribond, dont Télat affreux est plus terrible que la mort». Mirabeau a obtenu ainsi de Cabanis et d'iVnt. Petit

une dose d'opium qui le fît dormir dans son agonie. Ragonneau cite un professeur et un praticien de Paris qui ont

agi de même et ajoute : « il ne faut pas perdre de vue toutetois que le médecin ne doit recourir à Tusage de pareils moyens que dans les cas où la mort est certaine et s'en abstenir dans les cas où il existe le moindre doute ».

Dans la première moitié du xix* siècle, il y a eu, surtout en Allemagne, un grand nombre de thèses sur Teuthanasie

médicale. Sicard en cite une française de Billon (Ja dysthanasie Paris 1820): «la médecine, si puissante dans ses moyens d'adoucir les soulFrances irréparables des maux qui nous affligent, n'apporte aucun remède à celles qui précèdent

et accompagnent la mort ; les médecins, après un pronostic fâcheux, quelque pénible que soit Tétai d'un malade, le délaissent ordinairement ; les mourants sont absolumenl

abandonnés».

Dastre raconte .qu'à Boston un chirurgien de grand renom proposa d'étheriser jusqu'à la mort les malades qu'on suppose être arrivés au terme de l'existence et qui sont en proie à

de vives douleurs...

Ce sont surtout les littérateurs qui ont défendu et préconisé Teuthanasie.

Je ne parle pas des romanciers comme Wells (Anticipations), Robert Hugh Benson {Le maître de la terre, traduit par Th. de Wyzewa), Binet Valmer (JLa créature)^ E. Bodd (Sacrifiée), Maupassant (IJendormeusé)...

En février 1873, Lionnel Tollemache défend ardemment

le droit de tuer dans un article (la guérison des incurables) de B ortnighthj Review : on ferait seulement contrôler et surveiller le médecin par un policier, un magistrat ou le

chef de la paroisse. D'après Salomon Reinach, (Cultes et

myfhesy 1909). « une société policée ne peut faciliter ni le suicide ni ravortement ; mais il semble qu'elle puisse et «ju'elle doive, par l'entremise de ses magistrats et de ses

hommes de science, accordera bon escient Xexeat\mx uns

cl Yejiciat aux autres pour prévenir des souffrances inutiles <! de plus grands maux. » — Sicard cite encore : Charle llclist Norton de Harvard, Gregory... et enfin Maeterlinck,

sur le hvre du(|uel je reviendrai.

Sous ces intluences niulliples et diverses, on a voulu essayer de l'aire passer cette pratique dans la vie sociale et

l«'gale : « dopuis 10 ans, cintj projets de loi ont été soumis

à la légishiture de l'ancien et (hi nouveau monde, demandant le droit à Teuthanasie. En la seule année 1903, l'Amérique, la Saxe, l'Italie ont eu à examiner publiquement ce sujet ». En octobre 1903, la New York Stade médical Asso-

nntion posait à ses membres la question de. savoir «si un médecin avait le droit de raccourcir l'existence d'un cancéreux dont le néoplasme a récidivé, d'uit tuberculeux à la

Iroisième période, dun malheureux qui a une fracture de

la colonne vertébrale avec paralysie à peu près complète et impotence fonctionnelle des membres, etc. » et, au banquet de cette association, lui clergyman invité «s'est fait au

dessert l'apôtre de cette rev^endication ». .

Le projet de loi présenté au Parlement du royaume de Saxe (et repoussé) « demandait qu'on autorisât les médecins, on cas de maladie incurable, à donner à ceux qui la demanderaient nne mort prompte et douce ». En Italie, le premier ministre Crispi a repoussé comme dangereux le projet d'un

« certain Nobel, qui s'était proposé d'ériger à Rome et aussi à Milan des institutions où tous ceux que la vie fatigue

Grasset.

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seraient reçus afin qu'ils s'en débarrassent de la manière la plus facile, par asphyxie au moyen d'un gaz formulé par

lui )). Dans ce projet, on n a même plus besoin du médecin :

c'est le suicide légal pour tous ceux qui veulent se soustraire aux devoirs fatigants et désagréables de la vie.

Le 23 janvier 1906, la législature de l'Ohio a admis, en première lecture, un bill d'après lequel « toute personne,

atteinte d'une maladie incurable, accompagnée de grandes douleurs, peut demander la réunion d'une commission, composée d'au moins quatre personnes, qui statuera sur

ropportunité de mettre fin à cette vie importune » . La même

année, l'état de Cowa examina un projet de bill déposé par le docteur Gregory proposant « que les personnes souffrant

d'une maladie sans espoir, de même que les enfants, hideusement conformés ou idiots, fussent débarrassés de la vie au

moyen d'un anesthésique ». Un contre-projet fut déposé au parlement de New- York déclarant que « toute personne qui, par des discours, circulaires écrites ou- imprimées,

messages, lettres, documents, prospectus, journaux, articles de magazine ou publications de toute nature... préconiserait... le devoir de mettre à mort, sous le couvert de la loi,

ceux qui sont atteints d'une maladie incurable, mentale ou physique... serait déclarée coupable de félonie ». En 1912,

un nouveau projet de loi a été soumis au congrès de Washington et rejeté; et Sarah Harris a demandé aux juges

de New-York l'autorisation, pour son médecin, de mettre

fin, avec toute la douceur désirable, à d'atroces souffrances

jugées incurables.

Enfin, dix ans après le projet saxon cité plus haut," 1^^

Reichstag est saisi d'une motion analogue dont les principales dispositions seraient: « 1. toute personne atteinte de

maladie incurable, a le droit à l'euthanasie; 2. ce droit est établi par le tribunal du ressort, sur la demande du malade ; 3. à la suite de la requête, le tribunal prescrit un examen

du malade par le médecin légiste assisté de deux spécialistes.

sur la demande du malade ; Texamen devra être fait dans les huit jours qui suivent Fintroduction de la requête; i. le

procès-verbal de Texamen doit dire si, d'après la conviction des médecins experts, la mort est plus probable que le

retour à la santé ou tout au moins à un état permettant l'aptitude au travail ; o. si Texamen établit la grande probabilité d'une issue mortelle, le tribunal accorde au malade le droit à Teuthanasie ; dans le cas contraire, la demande est lepoussée ; 6. lorsqu'un malade est tué sans douleur sur sa demande personnelle et catégorique, Fauteur de la mort ne peut être poursuivi, si le malade a obtenu le droit à

l'euthanasie et si Fautopsie établit qu il était incurable;

7. quiconque tue un malade sans la volonté formelle et expresse de celui-ci est puni de réclusion ; 8. les paragraphes de 1 à 7 peuvent aussi, le cas échéant, être appliqués aux valétudinaires et aux infirmes ».

En France, il n'y a pas eu d'essai de législation euthanasique ; mais Fopinion publique a été émue par un certain nombre de faits divers comme le suivant : uu individu, dans

un accident de chemin de) fer, se trouve pris, les jambes

broyées, sous un wagon; les ingénieurs déclarent qu'il ne laut pas songer à délivrer de longtemps « le malheureux, (ju'une hémorragie abondante et la gravité du traumatisme

<ondamnaient presque à coup silr. Le blessé suppliait qu ()n

I achevât à coups de revolver. Un médecin était présent qui lie crut pas devoir obéir à ses prières auxquelles s'étaient

jointes celles de quelques spectateurs. Personne d'ailleurs

n'eut ce coui'age et l'infortuné, après une nuit horrible, succombait ».

Kn commençant la discussion et la réfutation de ces essais

d'euthanasie médicale, je rappellerai que, comme je Fai dit plus haut, ce sont plutôt les littérateurs que les médecins <|ui ont défendu ces idées et que les médecins sont au contraire, à peu près uiianiineiiient, opposés à ces pratiques.

PÉRILS INTERINDIVIDUELS

crénéreUSeS dans leur point de départ mais immorales et dan^^ereuses dans leur développement.

Pourquoi cette attitude eoneordante des médecins, que l'on accuse volontiers (le s'entendre rarement sur une question controversée?

Maeterlinck voit la cause de cette opinion des médecins dans les « craintes inavouées qu'ont laissées, dans le cœur, des religions mortes, depuis lono|(MnpS. daflS lîl faiSOn deS hommes... Les médecins agissent connue s'ils étaient convaincus qu'il n'est point de torture connue qui ne soit préférable à celles qui nous attendent dans l'inconnu. Ils

semblent persuadés que toute minute, gagnée parmi les

SOUlIranceS les plus intolérables, est déro]>ée à des souffrances incomparablement plus redoutables que réservent

aux hommes les mystères d'outre-tombe ; et de deux maux, pour éviter celui qu'ils savent imaginaire, choisisseut W seul réel » .

Je laisse la dernière pbrase qui traite d'imbéciles tous les médecins qui condamnent l'euthanasie médicale et je réponds à la première partie (phts sérieuse) du raisonne- 'menl : peut-on croire réellement que, cbez la très grande majorité des médecins, ce soil pour retarder l'enfer et raccourcir le purgatoire du malade qu'on le condamne à

vivre plus long^temps dans la soullrance?

La raison qu'ont les médecins de repousser reuthanasie

provoquée est double : raison morale qui est le respect de la vie humaine, même douloureuse; raison médicale qui est l'incertitude de leur pronostic (souvent même de leur diagnostic) et l'impossibilité où ils sont de fixer scientifiquement riieure prochaine de la mort.

Nolez que, dans l'opinion combattue ici, il ne s'agit

pas seulement de soulager Tagonisant qui souffre. Un

médecin n a jamais redouté la morphinomanie et refusé les injections de morphine à un cancéreux qui souffre et qu on n'espère plus sauver. Pour le malheureux écrasé

par un wagon, dont je parlais plus haut, il n'était pas défendu et il était ordonné de lui injecter des calmants

sous une forme quelconque. Tous les médecins sont disposés à suivre le conseil de Renon : « si un de vos malades

est atteint d'une maladie chronique et incurable, je vous en supplie, ne l'abandonnez pas. » Les médecins savent

très bien (ce qu'ils ne font pas toujours facilement com-

pt-endre au public) la différence qu'il y a entre les incurables et les intraitables; ils traitent et essaient de soulager les incurables... mais ce qu'ils se refusent à faire

c'est de raccourcir leur vie, de les tuer : c'est V assassinat

médical qui leur paraît absolument à Tantipode de leur mission professionnelle.

Ce fait même de l'incurabilité d'une maladie et de Timmi-

nence absolue de la mort chez un sujet, sur lequel s'appuient les partisans de Teuthanasie médicale, ce fait, l^S médecins savent qu'il n'est jamais scientifiquement et siîre-

inent établi.

En 1910, une adepte de la colonie quaker en Floride, se sachanl tuberculeuse et ayant abandonné tout espoir de guérir, obtint délie, doucement et définitivement, endormie au chloroforme. L'autopsie révéla que cette malade n'avait que de très légères lésions pulmonaires : un verdict de meurtre fut rendu contre le chef de la colonie.

On peut être certain que des cas semblables se présenteraient souvent si on votait et si on appliquait le projet alleiiiand résumé plus haut (page 274) dont l'article 6 dit que l'auteur de la mort ne peut être poursuivi si l'autopsie établit que le malade était incurable, mais dont aucun article ne disculpe l'auteur de la mort si l'autopsie révèle la bénignité des lésions.

Sicard a réuni et cité une série de faits du plus haut intérêt d'erreur de diagnostic et de pronostic, dont les auteurs

auraient dû être tous condamnés comme assassins si ces malades avaient été l'objet d'une intervention euthanasique.

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Pour Fagonie elle-même, on peut se tromper : il y a des

crises d'hystérie qui simulent Tagonie !

On voit combien sont fragiles ces bases — incurabilité, agonie, mort imminente - sur lesquelles reposent la plu-

pari des plaidoyers en faveur de Teullianasie comme celui de Maeterlinck.

Mais, reprendront les partisans de Teuthanasie, il y a autre cbose : c est le consentement et le désir fornfiel du malade.— Pour faire de celte raison un argument en faveur

de l'euthanasie, il faudrait admettre que chacun a droit à la mort, droit au suicide. Or, nous avons vu plus haut (page 1 17) que rbomme n a pas ce droit : même quand il SOuffre.

il a le devoir de vivre, il n'a pas le droil de se faire suicider

par son médecin.

Dans ce fait du consentement nécessaire du malade — sans lequel d'ailleurs on ne conçoit pas d'euthanasie légale — réside un des plus grands dangers de celte euthanasie

même. Il suppose que, quand le malade lui posera la question préalable nécessaire, le médecin sera obligé de lui dire nettement et cniment la vérité et de lui préciser le petll

nombre de jours et d'heures qu'il a à vivre. Vous reprochez

au médecin de torturer le malade en refusant de le tuer et

vous voulez qu'à une question, — qui est peut-être, et qui sera souvent un piège tendu par le malade — vous voulez

que le médecin fasse brutalement une réponse qui peut

tuer le malade et qui plus souvent rendra son agonie cent fois plus douloureuse et insupportable. Aviser le malade que sa mort est proche et inévitable : cela, messieurs,

jamais, jamais, déclare Renon « et la presque totalité du

corps médical avec lui. La mission du médecin est de

soulager et de consoler, elle ne saurait être de détruire ».

« De plus, ajoute très justement Sicard, est-on jamais sûr

que [le malheureux qu'on a soi-même condamné et qui vous réclame la mort ne la refusera pas le lendemain après une nuit meilleure ? L'amélioration inattendue qui survient

peut lui faire désirer la survie. Quelle faute pour le médecin, qui, trompé par une résolution en apparence inébranlable, aurait avoué son impuissance et- laissé échapper le

mot funeste. Il ne s'agit pas seulement en effet, dit le docteur Toulouse, de savoir si le malade peut guérir; car au

cours d'affections certainement incurables, le patient éprouve dans les conditions les plus misérables la joie de durer. Il

faut encore que le mal lui paraisse plus terrible que la mort; or, c'est là une question de trêve dans la souffrance

et en définitive d'appréciation, toutes choses variables d'un moment à Tautre. Que de fois un malade a imploré devant

moi la suprême délivrance ! Puis une éclaircie survenait

dans son étal et Tinslinct de la vie le reprenait avec toutes

ses pitoyables illusions. »

D'autres fois, si on attend Fagonie vraiment et indubitablement installée, le consentement du malade n'a plus aucune valeur. Maeterlinck reconnaît que souvent la sensibilité de celui qui est aux abois de la mort, déjà bien émous-

sée, ne perçoit plus que la rumeur lointaine des souffrances qu'elle paraît endurer. Les convulsions atroces dont il parle

ensuite ne sont qu'une exception et d'ailleurs ne prouvent

pas une conscience plus nette chez le moribond. On peut dire avec Sicard que, à côté de quelques c^ de dysthanasie, l'euthanasie naturelle est la règle. — Dans ces cas,

le médecin, qui pratiquerait Feuthanasie, ne se baserait que

sur le désir de la famille, dont la sincérité et la valeur ont une valeur bien relative.

En fait, les partisans de l'euthanasie sont progressivement entraînés à demander cette intervention dans des cas de moins en moins graves et pour des motifs de plus en plus

futiles. D'abord il faut l'agonie très douloureuse et indiscutable; puis c'est uniquement l'incurabilité sans ajouter l'im-

minence de la mort : le projet saxon, cité plus haut, n'exige que le fait d'incurabilité. Puis il suffit qu'il y ait de grandes douleurs On arrive ainsi au projet proposé en Italie,

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dans lequel il suffit que le malade soii fatigué de la vie.

On comprend alors, mieux qu'on ne l'excuse, cet ancien magistrat qui assassine sa femme, hémiplégique et très souffrante, pour abréger et supprimer cette vie douloureuse et qui est relaxé immédiatement après son arrestation.

« L'autopsie, dit Sicard, ne permit de découvrir aucune maladie organique et il faut que la conscience juridique soit bien incertaine puisque son cas ne fut pas soumis aux tri-

bunaux »

En somme, — et c'est l'argument doctrinal qui résume toute la discussion précédente — la vie de l'homme, même

malade et souffrant, est toujours respectable, même dans

les cas où elle apparaît inutile ou dangereuse à la société; elle est respectable par elle-même et elle ne peut être sacrifiée que pour remplir un devoir encore plus élevé comme la

légitime défense de la patrie ou de Thunianité.

Nous avons vu que les partisans de l'euthanasie arrivaient à vouloir l'appliquer à un malade atteint de fracture de la colonne vertébrale avec paralysie à peu près complète des

membres (New York Stade médical Association) et aux

enfants hideusement conformés {Ëtat de loicn) ! Ce sont là des malades qui ne sont pas nécessairement condamnés à une mort prochaine et qui peuvent goûter et faire goûter

aux autres des satisfactions psychiques; ils peuvent contribuer psychiquement au progrès de l'humanité; en tous cas, ils ont le devoir de vivre et le médecin napas le droit de les aider à se soustraire à ce devoir. — Toute la condamnation de Teuthanasie provoquée est dans cette proposition.

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