ATTENTATS PSYCHIQUES ET MORAUX
quelle ce livre est édifié, se ramènent à cette proposition élémentaire et presque naïve que la vie de Thomme est
double, psychique et physique, et que, dans toutes les questions de sociologie et de morale, il faut envisager séparément et successivement ces deux points de vue. Nous avons tlit les périls individuels et sociaux que créent les attentats contre la vie physique des individus; il faut parler maintenant des périls individuels et sociaux que créent les attentats contre la vie psychique et morale des individus.
Tout liomme ayant pour mission biologique de conserver, défendre et accroître sa propre vie (psychique et physique)
et de collaborer au progrès incessant, continu et indéfini de l'humanité, tout acte qui tendra à entraver cette mission, à diminuer la vie psychique et progressive du voisin sera un attentat moralement condamnable et socialement dangereux, qu'il faut dénoncer et combattre.
Nombreux sont les moyens par lesquels chacun peut,
avec plus ou moins de facilité et de succès, attenter ainsi à la vie psychique et morale des autres. Je ne parle pas de I mfluence à ce point de vue de l'éducation et des éducateurs
parce que ceci regarde les devoirs familiaux et sera étudié
dans la quatrième partie. Mais le grand instrument à la disposition de chacun pour influencer, en bien ou en mal, son prochain est le langage sous ses trois formes: parlé,
écrit, agi.
Les conversations, les cours, conférences, l'enseignement oral, — le livre, la presse, — l'exemple, les actes de la vie... sont de puissants moyens de faire du bien dans beaucoup
de cas, mais aussi de porter atteinte à la personnalité morale
des autres hommes, de nos contemporains et de nos successeurs, de diminuer et d'amoindrir, de fausser et de mal
diriger, dans des proportions variables, la vie psychique et
morale des hommes.
Pour donner un peu de précision à cette idée, il faut
l'étudier sur quelques exemples, choisis un peu disparates
^«2 PÉRILS INTERINDIYIDIELS
pour donner une idée des différents genres d'allentais que
Fon peut coinmetlre contre la vie psychique et morale des individus. Car, dans Vassassinat moral, comme dans l'assassinat physique, 11 y a des degrés divers depuis les COUps el
blessures par imprudence jusqu'au lueurtre avec préméditation. On aura une première idée de ces divers degrés de mal dès renoncé du premier exemple choisi : injure, diffamation, calomnie et faux témoignage.
B. Injure, diffamation, calomnie et faux témoignage. — h'injure est définie par la loi du 29 juillet 1881 sur la
liherté de la presse (article 29) : toute expression outrageante,
terme de mépris ou invective, quiiie renferme Imputation
d'aucun fait. Non publique, l'injure est une simple contravention punie d'une amende (article 471, 11")- Puhlique, elle devient un délit, justiciable du tribunal correctionnel
ou de la eour d'assises, selon qu'elle s'adresse à un parti
culier, à un corps constitué ou à un fonctionnaire public. Si l'injure adressée à des agents de Fautorité ne s'est pas
produite par la voie de la presse ou au cours de discours
terms dans des réunions publiques, elle constitue le délil d'outrages (article 222 : par paroles, par écrit ou dessin non rendus publics, outrages tendant à inculper Thonneur ou la
délicatesse du magistrat).
La diffamation est définie par le même article de la même loi sur la presse : toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la
personne ou du corps auquel le fait est imputé. On voit la différence avec l'Injure dans laquelle il n'y a imputation
d'aucun fait.
La difTamation est publique quand elle est commise par
un des moyens de publication déterminés par la même loi. La preuve des imputations diffamatoires envers le particulier ne peut être faite ; au contraire, la vérité du fait dilTama-
tDire, quand il est relatif aux fonctions, peut être établie