‹ Devoirs et périls biologiques [microform]Chapitre 70 sur 135 · LES DEVOIRS · texte numérisé non relu

LES DEVOIRS

De tout ce qui précède il va être facile de déduire les devoirs réciproques qui unissent entre eux les divers membres de la famille.

Je ferai d'abord remarquer que ces devoirs sont essentiels et indépendants; je ne les rattache pas aux devoirs inter-

individucls simples qui sont communs à tous les hommes, ni aux devoirs autoindividuels. J'en fais un groupe autonome : la conception biologique de la famille entraîne, par elle-même, des devoirs réciproques entre les divers membres

de cette famille.

Leclère semble être d'un avis différent : « c'est une grande maladresse, pour le moins, dit-il, que de fonder les devoirs

de famille sur le mystérieux concept de la parenté; on espère

les rendre ainsi plus sacrés; erreur, on leur donne une base ruineuse. En effet, ce concept, fondement apparent de la

notion naturelle et de la notion éthique de la fcimille, esl des plus confus; il ne renferme qu'une idée claire, mais non distincte, celle de génération. Mais la génération n'esl qu'un fait et dont on ne voit pas quelles conclusions sociab's

et morales se pourraient déduiie. »

Cette critique ne peut pas s'appliquer à la notion de famille, telle que la comprend et Texpose la Biologie humaine : cette notion est certainement mystérieuse, mais elle n'est pas confuse et obscure et elle ne se limite pas du tout à la génération. Elle comprend au contraire essentiellement réducation des enfants et la formation des hommes

futurs. Je ne crois donc pas qu'il y ait même de la maladresse à donner cette base aux devoirs familiaux.

D'ailleurs la divergence avec Leclère est plus dans les mots que dans les idées. Il donne comme bonne méthode de

tirer les droits et les devoirs familiaux « de la considération de ce qui précède, accompagne ou suit la génération »; c'est

précisément ce que nous faisons avec la conception biologique de la famille, puisque nous la prenons à la préparation de rhérédité et la conduisons jusqu'à Thomme fait et

émancipé et même plus loin (par les devoirs envers les parents).

En fait, Leclère aboutit naturellement aux mêmes devoirs

familiaux que nous et que tout le monde; seulement il les

déduit de la morale individuelle et de la morale interindividuelle générale, tandis que nous en faisops un groupe autonome et indépendant.

Je vais rapidement passer en revue les devoirs entre parents, les devoirs entre parents et enfants et les devoirs entre la famille, l'État et la société.

A. Devoirs entre parents fondateurs d'une famille. — Les

devoirs réciproqut^s entre parents fondateurs d'une famille se résument dans l'amour, dont je ne veux pas faire

le but et l'objet du mariage, maïs que je considère comme le devoir essentiel et primordial des époux. Non inscrit dans le Code, l'amour comprend les autres devoirs inscrits en toutes lettres dans la loi : fidélité, secours, assistance.

Je reviendrai dans un chapitre ultérieur (xvn) sur la

physiopathologie de Tamour. Ici je me contente de dire que,

si l'amour remplace tous les autres devoirs entre parents,

c'est à la condition expresse qu'on prendra ce mot dans son sens général et vrai; c'est-à-dire qu'il ne signifie pas seulement attirance sexuelle mais affection vraie et complète

de « cœur » et de « tête », de « moelle » et de « cerveau ».

Comparant la monogamie à la polygamie, Malapert dit : « dans cette dernière, l'appétit sexuel, mobile et variable,

remporte de beaucoup sur l'élément idéal de l'amour; celuici n'est plus guère qu'un rut animal ; de là résulte l'im-

possibité d'une union psychique complète, embrassant la personne tout entière, s'adressant au caractère, à l'esprit et au cœur, l'impossibilité aussi d'un respect mutuel com

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plet. Dans la polygamie, dit Kant, la personne qui se donne ne reçoit qu'une partie de celui auquel elle appartient et se transforme ainsi en simple chose. » Dans le mariage vrai, au sens biologique du mot, chacun doit se donner en entier à l'autre, donner et recevoir la personnalité entière, physique et psyeliique, de Tautre.

C'est dans ce sens qu'on peut dire que le devoir d'amour

mutuel résume tous les devoirs entre parents fondateur! d'une famille.

Comme je le disais plu^ haut, l'amour ainsi compris comprend les autres devoirs inscrits dans la loi et notamment d'abord la fidélité réciproque. Car, comme dit encore Malapert, « la fidélilé est une uhligation aussi grave, aussi

nnperieuse pour l'homme que pour la femme et rien peutêtre ne montre mieux la survivance des antiques opinions sur rinégalité de condition de la femme et de l'homme que la façon dont on juge leur iiiiidélité ». L'homme et la femme sont égaux devant le devoir d'amour : chacun a dî^oit à

Tamour de l'autre.

Cette égalité des droits moraux implique-t-elle l'égalité des droits civils, et même dçs droits politiques, de l'homme et de la femme? La question est évidemment plus complexe. Voici pourquoi.

Chacun des époux a le même droit d'avoir sa liberté, non entravée, mais aidée par son conjoint, pour l'accomplissement de sa fonction propre dans la fondation de la famille.

Or, celte fonction est très différente, en fait, chez Tun et

chez Tautre : les fonctions du père et de la mère se complètent mais ne peuvent pas se remplacer l'une l'autre. On

comprend dès lors, sans contre-sens scientifique, que, au point de vue social et politique, le rôle de l'homme soit différent de celui de la femme et que par conséquent les droits et les devoirs sociaux et politiques de Thomme ne soient pas les mêmes que ceux de la femme.

Voilà pour le principe. En fait, il faut réagir contre l'exa-

gération dans les deux sens opposés : d'un côté contre ceux qui veulent donner toute Tautorité et tous les droits au mari, de Tautre contre ceux qui voudraient ouvrir aux femmes Taccès des bureaux d'élection politique et des parlements. Le passage suivant de Malapert me paraît très hien mettre la question au point.

« Ce principe que, dans la famille, Taulorité des deux éqoux doit être égale, que leurs rôles ont même importance, que la femme a droit à une instruction qui la place au même niveau intellectuel que son mari et la rende capahle

de mener à hien l'œuvre capitale de l'éducation desenlants, ne conduit pas néanmoins à méconnaître Futilité d'une différenciation de fonctions. La femme est destinée par la nature à supporter le fardeau de la propagation de l'espèce;

les fatigues de la gestation, de l'enfantement, de l'allaitement font qu'il ne saurait lui rester pour des travaux pénihles la même somme dÏMiergie qu'à Hiomme... Il y a un intérêt social de premier ordre à ce que Tactivité économique de la femme ne soit pas un obstacle à l'accomplissement de ses devoirs de mère et d'organisatrice de la vie intérieure. Les soins du ménagi^ sont aussi importants

pour la prospérité commune, aussi utiles économiquement, aussi pénibles que le travail proprement productif.

Celui-ci est légitime, d'ailleurs, dans la mesure oii il ne contraint pas la femme à ahandonner le foyer, à sortir du cercle de la vie familiale. Il est donc juste que sur riiomnit^

repose, pour la plus grande part, le soin d'assurer à la

famille les revenus qui la font vivre; il est juste aussi que

la loi intervienne pour limiter le travail économique de la

femme, dans la mesure où celle-ci a besoin d'être protégée». Sur l'indépendance et les droits de la femme, « si un progrès considérable a été accompli dans presque tous les pays civilisés, et en ce qui concerne les mœurs et en ce qui concerne les lois, il faut reconnaître qu'il reste heau-

coup à faire pour ce qui touche à la condition de la femme

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