LES DEVOIRS
mariée. L'autorité maritale n'est certes plus ce qu'elle était à Rome ou dans noire ancien droit; et pourtant la plupart des femmes, passant de la tutelle du père sous celle du
mari, sont légalement d'éternelles mineures. De récentes dispositions législatives heureuses, garantissant à la femme mariée la disposition de son salaire, demandent à être complétées à bien des égards pour faire cesser cette subordination légale de la femme, inscrite dans le Code civil (« la
femme doit obéissance à son mari ») et qui ne s'explique que [par des survivances historiques et ce fait que la loi a
été faite par riionime. »
B. Devoirs entre parents et enfants. — Un des principaux efiets du progrès de la civilisation lié au progrès de la Biologie humaine a été de développer la notion des devoirs
des parents, tandis qu'antérieurement on avait surtout parlé
de leurs droits vis-à-vis de leurs enfants; le progrès a amené
le relèvement de Tenfant comme nous avons vu qu'il avail
amené le relèvement de la femme.
« Ce n'est pas seulement chez les peuples sauvages, c'est en Grèce, c'est à Rome que nous voyons l'enfant livré sans réserve à l'autorité des parents. Les enfants doivent travailler comme des esclaves, ils sont une propriété, une
chose; ils appartiennent corps et ame au père qui peut les
vt^ndre, les tuer, qui a sur eux un droit de vie et de mort et
n'a à rendre compte à personne de Tusage qu'il fait de cette puissance souveraine. » A cette époque, <c la sainteté du
groupe familial, limité ou non à la véritable famille, paraît
telle que son chef jouit en paix de droits exorbitants; ne
représente-t-il pas le plus sacré, Tunique lien qui puisse réunir des hommes? A lui la toute-puissance dans son cercle ! Que la femme lui soit aussi soumise que l'enfant! Que tous
ses parents plient devant lui ! Son égoïsme profitera de sa
dignité d'être-symbole; à ses yeux, la famille ce sera lui, au fond; son intérêt sera sacré sans restriction puisqu'il est
entendu que tous les intérêts ambiants se résument dans le
sien. En s'exagérant, en s'hypertrophiant, la famille, faite
pour réaliser de la solidarité, en vient à en favoriser surtout
Tégoïsme. »
Ce livre tout entier s'efforce de démontrer que la Bioloo^ie humaine, en se précisant et en se développant, combat victorieusement cette doctrine qui veut baser la famille sur
l'égoïsme du père et ne parle à chacun que de ses droits.
Le père, comme les autres hommes, n « de droit que de
faire son devoir \ ce qu'il faut qu'il connaisse bien, ce sont
donc ses devoirs vis-à-vis de ses enfants; il na à demander
et à exiger que l'autorité nécessaire pour remplir ces devoirs. Il est facile de rappeler, d'après tout ce que j'ai dit et répété précédemment, quels sont ces devoirs des parents visà-vis de leurs enfants : ils doivent préparer leur vie ultérieure en se comportant bien avant le mariage, en évitant
les excès et les maladies évitables, en entourant le mariage
des précautions nécessaires, en comprenant le mariage,
comme il est défini par la morale... Après la naissance, les
parents doivent à leurs enfants tous les soins physiques,
depuis l'allaitement maternel jusqu'à Tentraînement sportif de l'âge scolaire, ils leur doivent l'éducation morale par l'exemple et par l'enseignement, ils leur doivent l'instruction par eux-mêmes ou par les professeurs qu'ils choisissent
(c'est ainsi qu'il faut comprendre l'instruction obligatoire :
l'instruction des enfants est un devoir obligatoire pour les parents).
Je ne dirai pas, avec les mêmes mots que Leclère : « le
don de la vie peut être considéré, si d'autres bienfaits ne s'y joignent, comme le plus dangereux et le plus funeste des dons, et non seulement comme le plus incomplet. L'éducation sous ses diverses formes doit donc être envisagée
comme une sorte de réelle réparation ». Au fond, l'idée est juste : le don de la vie à un nouvel être est un bienfait pour cet enfant, mais à la condition qu'on lui donnera la vie dang