‹ Devoirs et périls biologiques [microform]Chapitre 72 sur 135 · S2 LES DEVOIRS · texte numérisé non relu

S2 LES DEVOIRS

les conditions complètes de son espèce, la vie humaine instrument de progrès pour Tindividu et pour la société. Ne donner que la vie à un enfant et ne pas l'élever ensuite ou, ce qui est pire, Télever mal constitue pour les parents un véritable crime, que la plus élémentaire morale condamne absolument, même dans les cas oîi la loi ne Fatteint pas. L'éducation complète des enfants n'est peut-être pas une réparation de leur procréation mais c'est le compléinenl nécessaire de la génération.

A ces devoirs des parents vis-à-vis de leurs enfants correspondent nécessairement des devoirs, aussi stricts et aussi obligatoires, des enfants vis-à-vis de leurs parents: les enfants doivent à leurs parents amour, respect et aide niqrale et matérielle. Ces devoirs s'imposent aux enfants

pendant toute leur vie, même à l'époque par conséquent

où les parents ne peuvent plus rien pour eux et ont besoin eux-mêmes exclusivement de secours: «tes père et mère honoreras afin de vivre longuement»...

Personne ne discute Texistence de ces devoirs filiaux. On en discute seulement l'origine et le mode de formation, et beaucoup d'auteurs admettent qu'à l'origine de ces devoirs, comme à l'origine de tous les autres, il y a toujours l'intérêt

et l'égoïsme.

« Un individu adulte, dit Le Dantec, n'aurait plus aucune raison d'intérêt pour honorer son père, puisque le père n'est désormais, par rapport à lui, ni le plus fort, ni le plus savant; et l'habitude d'obéir, contractée dans le jeune âge, ne suffirait vraisemblablement plus dans l'âge mûr, quand il y

aurait conflit d'intérêt entre le père et le fils. Mais le fils doit

devenir père et devenir vieux; or, il sait que l'exemple de

son attitude personnelle vis-à-vis de son père sera un facteur

important de l'éducation de son fils et ce n'est pas en tant que fils qu'il continue d'honorer son père, mais en tant que père et futur vieillard, parce qu'il a intérêt à respecter une convention dont il est appelé lui-même à profiter plus tard. »

On sait (sans que j'aie besoin d'y revenir) combien cette conception des devoirs familiaux, basée sur la biologie générale et sur l'évolution, diflère de la conception (défendue dans ce livre) basée sur la Biologie humaine (science de

l'espèce humaine fixée). D'ailh^urs la divergence entré les

deux écoles n'existe que sur la question d'origine de ces devoirs. L'accord se retrouve quand on ('^tudie ces devoirs dans l'espèce humaijie. telle qu'elle existe actuellement. L'habitude, d'après Le Dantec, combinée avec l'intérêt,

fait accepter la convention par un grand nombre de généralions successives, la loi biologique de la fixation des caractères se manifeste et l'ancien aspect conventionnel finit par

disparaître. « Cela fait partie de nous définitivement... nous

trouvons, dans le respect que nous accordons aux vieillards, la satisfîiction du devoir accompli et cette satisf\iction est désormais tout à fait désintéressée. Souvent même l'obéissance à nos parents est pour nous extrêmement pénible et

désavantageuse ; et nous sonnnes cependant forcés de nous y résigner, sous peine d'être mécontent de nom. »

On voit qu'en laissant de côté la question d'origine tout

h* monde est d^accord pour admettre, comme obligatoires

v{ désintéressés, les devoirs de respect, d'amour et d'aide des enfants vis-à-vis de leurs parents, même aux dépens de leur intérêt individuel.

Je ne crois pas devoir insister sur les devoirs des enfants vis-à-vis de leurs parents, autres que les fondateurs de la famille : ascendants,' frères et sœurs, etc.

C. Devoirs entre la famille, l'État et la société. — J'ai déjà abordé la question des rapports de la famille avec l'État

et avec la société, en parlant du rôle respectif de la famille et de l'État dans l'instruction et l'éducation des enfants et

en parlant de la liberté de l'enseignement. Pour dire un

mot ici de la question générale de principe, j'ajouterai que

Grasset. — Devoirs et périls biol. a3

.Mï

ce qui complique la question et la rend en apparence insoluble c'est l'habitude qu'on a prise de parler des droits de la famille et ries droits de TEtat sur Penianl alors qu'il s'agit dt*

devoirs soit de TÉtat soit de la fariiillo vis-à-vis de reiifaiil.

Sur le terrain des dexoirs à remplir la lutte est beaucoup moins à craindre.

La famille a le devoii* d'élever et d'instruire les enfants. Comme elle ne peut pas le faire en entier toute seule, TÉtat

aie devoir d'aider la famille dans Faccomplissement de cette tâche, de lui fa(''iliter cette mission, difficile et onéreuse: le devoii' de l'État est complémentaire du devoir de la famille;

les deux devoirs ne peuvent pas se contre-carrer et s'opposer

puisqu'ils ont un objectif commun : la formation de l'enfant

et de l'homme.

Voilà pour les cas normaux où la famille est digne de sa mission, quand elle fait toutce qu'elle peutelquand elle n'est limitée dans Tétendue de son action que par Tinsuffisance de ses ressources. Mais toutes les fois que la famille a démérité, est indigne de la haute mission qui est sa raison

d'être, il va de soi que le rôle de l'État apparaît tout autre:

il doit, dans ces cas, remplacer la famille et faire aux enfants ce qu'une tamille normale aurait fait.

Vis-à-vis de la société, je signale seulement tes dangers que pourrait avoir V esprit de famille poussé trop loin:

il ne faut pas que les devoirs familiaux fassent, à aucun

nnoment. «oublier les flevoirs sociaux.

CHAPITUE XV

I^KS PÉHILS COI^HESPONDANÏS A L'INOBSERVATION DES DEVOIRS EAMILLULX. LA DÉPOPULATION PAR DÉF\Ï]T DF NATALITÉ. ^^

L Position de la question générale de la dépopulation par défautde natai.te. - 2. Le maUhusianisme scientifique : exposé de la doctrine le nrin cipe de population -;{. Discussion du malthusianisme scientifique A La

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