livre de Brunon, la tuberculose est une maladie curable et
pvitable. — Il est bon de préciser la vérité et les limites de cette proposition.
D'abord la tuberculose est curable.
Dès le milieu du xix' siècle, Nalalis Guillot avait montré
que, dans un grand nombre d'autopsies à Bicétre, on trouvait des tubercules guéris, alors que le sujet avait succombé à une maladie tout autre. C'était la démonstration clinique
de la proposition anatomopathologique formulée par Gran-
cber vingt-cinq ans plus tard : le tubercule est une néoplasie fibrocaséeuse qui porte toujours en soi le germe de sa
guérison.
La curabilité de la tuberculose est un fait clinique certain.
On a peut-être exagéré la fréquence de ces guérisons, notamment quand on a dit avec Duclaux que, « sur JOO morts de maladies autres que la tuberculose, il y en a 60 qui, tuberculeux, se sont guéris spontanément, dont les bacilles ont
été tués ou au moins rendus inoffensifs, sans traitement, par les forces résistantes de l'organisme. De sorte que Ton
pourrait dire qu'au lieu d'être incurable, la tuberculose est,
au contraire, la plus facile à guérir » .
Il est vrai que, comme dit encore Duclaux, nous « sommes
tous en possession du bacille » ou plutôt nous avons, tous, le
bacille à notre disposition. Mais, si l'on ne confond pas les
porteurs de germes avec les malades, le nombre des tuberculeux vrais guéris diminue considérablement.
Albert Robin a insisté, et avec raison, sur « Terreur commise en répétant à satiété par les soins de l'enseignement, des congrès, des conférences populaires et de l'affiche que la tuberculose était la plus curable des maladies chroniques ».
Cette opinion est périlleuse parce qu elle laisserait croire que
la lutte curative contre la tuberculose est facile et découragerait ou rendrait moins active la lutte prophylactique qui est très importante.
Pour bien remplir son devoir dans la lutte contre la tuberculose, la société doit savoir (ce qui est vrai et bien démontré) : i«quela tuberculose est une maladie curable; 2°qu elle ne guérit que dans certaines conditions particulières. Les principales de ces conditions sont résumées dans les deux
propositions suivantes : X" pour être traitée efficacement et guérir, la tuberculose doit être diagnostiquée précocement et traitée dès la première période; 2' la tuberculose guérit ou est retardée dans son évolution dans les milieux riches
ou très aisés.'
Ces idées, inspiratrices de la conduite, que doit tenir la société vis-à-vis des tuberculeux, nous conduit aux notions étiologiques que tout le monde doit avoir sur le développe
ment et la propagation de la tuberculose.
Pour qu'un individu devienne tuberculeux, c'est-à-dire
contracte la maladie dite tuberculose, il faut d'abord qu'il rencontre des bacilles tuberculeux, que les premiers moyens de défense physiologiquement opposés à sa pénétration an niveau du revêtement extérieur (peau et muqueuses) soient vaincus, que le bacille pénètre dans les voies lymphatiques
LUTTE ANTITUBERCULEUSE . 469
OU dans les voies sanguines, n'y soit pas immédiatement annihilé et tué et y provoque ces réactions de défense plus ou moins rapide et plus ou moins victorieuse qui constituent la maladie.
Il y a donc deux éléments à considérer dans l'étiologie
de la tuberculose : 1° l'élément extérieur à l'organisme, le bacille agent et vecteur de la propagation et de la contagion; 2" le terrain qui est plus ou moins disposé à accueillir ou à combattre le bacille, le terrain qui est plus ou moins activement bactéricide ou bactéricole.