QUATRIÈME PRIVILEGE
Q^ue Marie a été mère sans cesser d'être vierge.
Il est encore un privilège lié à celui dont nous venons de parler , et qui lui donne un grand éclat , c'est que Marie devient mère sans cesser d'être vierge. Je vais , mon cher Théophile , vous fournir les preuves de cette nouvelle prérogative.
D'abord je vous entends me dire que Marie avait un époux : oui , cela est vrai , et l'Ëvangile ne nous permet pas d'en douter ; mais Joseph ne fut donné à Marie pour époux , dit Saint-Jérôme , i° que pour faire connaître par sa généalogie quelle était celle de Marie ; 2." pour empêcher que les Juifs aveugles , et trop charnels encore pour comprendre le mystère de l'incarnation du Verbe , ne lapidassent Marie ; car , d'après une loi qui était en usage alors chez le peuple juif, une femme convaincue d'adultère devait être lapidée ; ou
46 Dévotion à la S. Vierge, c'était du moins pour empêcher que Marie ne fût couverte d'opprobre , si elle eût été soupçonnée de fornication ; 3.° pour que Marie eût un protecteur de sa virginité , qu'elle eût un consolateur et un guide dans sa fuite en Egypte.
Le saint Docteur poursuit, en disant que Saint-Ignace , martyr , fait mention d'une 4'* raison de cette alliance entre les deux époux vierges ; c'aurait été, dans les desseins de Dieu , pour cacher au démon le mystère de l'incarnation , en lui laissant croire que Jésus- Christ était né d'une femme , non d'une vierge : Quare non de si/n»
plici virgine , sed de desponsatd concipîtur / Priniiim , ut per generatio^ nern Joseph origo Marice monstrare^ tur ; secundo , ne lapidaretur ci Judœis ut adultéra ; tertio^ utin^gj-ptum fugiens haberet solatium, Martjr Jgnatius etiam quartani addidit cau~ sam , ut par tus ^ inquiens ^ ejus celaretur diabolo , diini eum putat non de virgine sed de uxore generatum ( S. Jérôme ).
Saint- Joseph né tait donc pour Marie que le gardien ou le prolecteur de sa virginité ; sa qualité d'époux n'était
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qu'un voile sous lequel Dieu , dans sa sagesse , voulait tenir caché le mystère de l'incarnation.
L'Évangile ne nous permet pas de douter que Marie , quoiqu'elle fût épouse selon sa loi , quoiqu'elle evit un époux aux yeux du monde , ne fût toujours vierge devant Dieu ; voici comment il s'exprime là-dessus : Missus est angélus Gabriel à Deo in civi-^ tatem Galileœ cui Jiomen Nazareth , ad virgineni desponsatam viro cui nomen erat Joseph , de domo Daç^id , et nomen virginis Maria (Luc, i , 26, 27):
c< Et l'ange Gabriel fut envoyé de la » part de Dieu en une ville de Galilée » appelée Nazareth , à une vierge qui » avait pour époux un homme appelé » Joseph, de la maison de David, et » le nom de cette vierge était Marie. » Remarquez comment s'explique l'Evangile : L'Ange est envoyé de la part de Dieu à une ville de Galilée appelée Nazareth, et c'est là que doit être annoncée la plus consolante des nouvelles ; et à qui est - il envoyé ? Faites attention ; il est envoyé à une vierge qui était l'épouse d'un homme de la maison de David, appelé Joseph. Elle est donc vierge , cette épouse , bien
48 Dévotion a la S. Vierge, qu elle ait un époux. Et quel est le nom de cette vierge ? Son nom est Marie ; et jiomen virginis Maria,
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Si Marie était vierge , quoique ': épouse , lorsque l'Ange vint lui annoncer de la part de Dieu qu'elle serait la mère de son fils , elle ne cessera point de l'être , lorsque cette promesse sera accomplie , et qu'elle sera devenue mère de Dieu ; atque sem- . per virgo. Non , Marie ne cessera i point d'être vierge; elle attache un si ! grand prix à ce titre , qu'elle ne con- | sentira même point à devenir mère de ! Dieu, jusqu'à ce qu'elle sache qu'elle j peut le devenir sans cesser d'être i vierge, ce qui lui fait répondre à l'en- \ voyé du Ciel, lorsqu'il vient pour sol- \ liciter son consentement aux desseins i de Dieu sur elle : « Comment cela i » pourra-t-il se faire ? comment serait- ; » il possible que je devinsse mère , , » moi qui ai fait vœu de virginité au i )) Seigneur, moi qui ne consentirai ja- ; » mais à avoir des rapports avec aucun \ » d'entre les hommes l » Quoniodo fiet ■ istud , quoniam viruni non cognosco l ,
Ici, j
Liçre h 4^
Ici , avant que l'Ange ne dévoile les secrets de la toute-puissance de Dieu à Marie , Saint-Bernard se porte par la pensée dans cette solitude heureuse où Marie a entendu la voix de l'Ange , et où , par amour pour la plus belle des vertus , elle semble d'abord refuser son consentement. Ce Père, tout brûlant de zèle pour le salut du Monde , adresse la parole à Marie , et lui tient ce langage : c< Marie , ô tendre Marie ! » vierge par excellence , la plus pure » de toutes les vierges , l'Ange attend » votre réponse , et nous l'attendons » aussi nous-mêmes ; voilà que le prix » de notre rédemption vous est offert ; » si vous consentez , au même ins- » tant nous sommes délivrés : Reine » des vierges ne refusez pas , je vous » en conjure , un consentement d'où s> dépend le rachat de tous les homi> mes : Adam, notre père commun , » exilé du paradis avec sa race malheu- » reuse , vous demande cette grâce ; » Abraham , David , le Monde entier i> prosterné à vos pieds , tous atteny dent de vous cette faveur insigne.... » Le Roi lui-même , le Seigneur et le ^ maître de tous les hommes , désire » d'obtenir de vous une réponse qui
5o Déi^otlon a la S, J^ierge.
» nous soit favorable. Ah ! tendre » Marie , vierge compatissante, dites >y une parole , et nous sommes sau- » vés (a). »
Cependant quelque désireuse que soit Marie elle-même du salut du IVIonde , quelque embrasé que soit son zèle pour la gloire de Dieu , elle n'a point encore consenti ; elle est prête , dit un Père de l'Église , à refuser le titre de mère de Dieu , si elle ne doit conserver , en la devenant , le titre de vierge. Quels sont donc vos cliarmes , belle vertu ! quel est donc votre prix , puisque la crainte de vous per^ dre suffit pour suspendre l'exécution du plus beau , du plus grand, du plus noble des desseins , pour retarder l'accomplissement de la plus magnifique et de la plus consolante des promesses ! Belle vertu de viririnité , vertu
{■à) Ejcpectat Angdus'resp^^isiim , expcctamus et nos , o Domina l Ecce qffertur tibi pre~ tium salutis nostrœ ; statun liberabimur , si consentis : hoc supplient à le flebilis Adam , cuni misera sobole sud exul à paradiso ; hoc Abraham , hoc David , hoc toLus Mandas tuis geni-
bus provolutw?, eocpeclat ipse omnium quo-
que Rex et Dominas desiderat et rcspondonis fissensuni ( S. IJcrnartl ).