‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 15 sur 133 · Livre I · texte numérisé non relu

Livre I

Tous les Saints de lancienne et de la nouvelle alliance qui peuplaient alors les deux , chantent à leur tour leur bienfaitrice. « "Vous êtes ( disentj> ils , s'adressant à Marie elle-même ), » vous êtes la gloire de la Jérusalem i> céleste dont vous allez faire l'ornej> ment , la joie d'Israël , l'honneur de ^> notre peuple , car vous descendez » de la même souche que nous , et » vous avez réparé la faute d'Eve , ^> notre première mère , en donnant s> au monde son libérateur , en écra- » sant la tête du serpent infernal qui >> avait séduit par ses astuces perfides s> le premier des humains : » Benedixerunt eam oinnes , iinâ voce dicentes : Tu gloria Jérusalem , tu lœtitia Israël , tu honorificentia populi no^tri ( Judith , i5 ).

Cependant le brillant cortège arrive à l'entrée des cieux ; le roi de l'immortalité va s'asseoir sur son trône de gloire : Et sedit super thronum suum. Marie entre dans la Jérusalem céleste, dans l'éternelle Sion , dans le saint empyré(j accompagnée des chœurs des

^6 Déi*otlon a la S» Vierge, célestes esprits qui ornent son triomphe , et précédée par les richesses immenses qu'elle s'est acquises par ses mérites; elle vient auprès du trône du roi de l'éternité : Ingressa Jérusalem multo cum comitatu et dwitiis venit ad Regem ( 5 Rois , lo ). Le Roi la fait asseoir sur le trône qui lui a été préparé à sa droite : (juœ se dit ad dexteraiii ejiis. An même instant elle est couronnée, en présence de toute la Cour céleste par les trois Personnes de l'adorable Trinité , reine des Anges et des hommes ; le Père la couronne de sa puissance, le Fils de sa sagesse et de sa splendeur , lEsprit Saint de son amour et de sa bonté ; les trois Personnes ensemble lui mettent dans les mains un sceptre éternel , et lui confient la dispensation de toutes les lichesses de la grâce et de la gloire en faveur des mortels.

Si nous voulions maintenant nous former une idée de la gloire et de la puissance de Marie , en lui comparant les reines de ce bas monde , nous trouverions tout au plus dans la gloire et

Lwre L 77

la puissance de celles-ci une faible image de celles de Marie.

Ce n'est pas que je prétende , dans le parallèle que je vais établir, diminuer ou affaiblir en aucune manière l'autorité des puissances de la terre ; je sais qu'elles nous viennent de Dieu, qu'elles sont établies de Dieu , et que nous devons dès-lors les honorer , les respecter, leur être soumis , et cela nonseulement par le motif de la crainte , mais par devoir de conscience, comme le dit Saint-Paul , et comme l'enseigne tout l'ensemble de la religion catholique ; je veux seulement prouveipar-là que quelque grandes , quelque imposantes , quelque dignes de nos respects et de notre soumission qu'elles soient, Marie l'est infiniment davantage.

Car, en effet , ô Reines de la terre 1 quelle est votre gloire et votre puissance ? Vous régnez sur une nation ^ et Marie est la reine de tous les peuples , elle est reine du monde entier.

La beauté , la magnificence qui vous environnent, sont restreintes à tout ce que la terre peut nous offrir d'éclatant et de rare ; tandis que la beauté et la magnificence qui ornent Marie, découlent immédiatement de la beauté

7 8 Déi^otlon a la S. Vie r gel et de la magnificence de Dieu même, et au sein de sa gloire. Votre puissance a des bornes très-resserrées , et celle de Marie n'en a pas. Votre règne ne dure qu'un moment , et celui de la mère de Dieu est éternel. J'ai donc eu raison de le dire , que votre gloire n'est qu'une faible figure de la gloire de Marie , de celle qui est aussi votre reine , et de qui vous dépendez , comme vos propres sujets dépendent de vous , car les reines mêmes l'ont honorée , dit l'Eglise dans ses chants :

Et regince laiidai^erunC eam ( de officio Ecclesiœ ).

J'ai dit d'abord, Reines de la terre, que vous ne régniez que sur une nation , pendant que Marie est la reine de tous les peuples : il y a plus que cela 5 Marie est encore reine des cieux.

Marie est reine de tous les peuples de la terre , et elle est reine des cieux. Toutes les nations conquises à la foi de Jésus-Christ lui donnent ce titre ; elles lui offrent en cette qualité leurs hommages et leurs prières lorsqu'elles

Lwre h 79

l'honorent ou qu'elles l'invoquent :

Salve , regijia ! — Ai^e^ regina cœloruni.

Tous les peuples de la terre ont adoré Jésus-Christ ; ses Apôtres l'ont fait connaître en tous lieux , dit le prophète-roi : In omnem terram exivit soniis eorum. Mais partout où Jésus^ Christ est connu et adoré , la divine Providence a voulu que Marie fût honorée , et elle a voulu qu'elle fût honorée , non-seulement par les personnes qui composent les plus basses classes des peuples, mais encore par ceuxlà même qui président sur les peuples , c'est-à-dire par les riches , par les grands du peuple , par les rois eux-mêmes. Il est dit : c< Tous les riches d'entre le » peuple vous offriront leurs humbles » prières , et seront Jaloux de votre » bienveillante protection : » Vultum tuiim deprecabuntiir onines cUi^îtesple' bis ( Ps. 44î i5 , et de off. Ecclesiœ ).

Dans les cieux , Marie est la reine des Patriarches et des Prophètes : /?egina Patriarchariim , regina Prophetarum. Elle est la reine des Apôtres et des Martyrs , des Vierges et des Confesseurs ; en un mot , de tous les Saints qui sont entrés dans la gloire, et qui y entreront jusques à la fin de»

8o Dévotion à la S» Vierge* temps : Piegina Sanctorum omnium, Marie est aussi reine de tous les chœurs des Anges , de toutes les difFérentes liiérarciiies que composent ces esprits bienheureux, et c'est toujours lEgiise qui nous l'apprend ; Regiiia Angeloruuu

J'ai dit, en second lieu, que la beauté et la gloire qui environnent les reines de ce bas monde ne sont qu'une ombre comparées à celles de Marie. Et d'abord qui pourrait nous dire quelle est la beauté de sa Face auguste ? Dans ses offices 5 l'Eglise applique à Marie les paroles qui furent dites autrefois de Judith : « Le Seigneur l'a environnée >> de splendeur, afin que par sa beauté » sans pareille elle pût fixer les regards » de tous : » Doniinus contulit ei splendorem ut incomparahili décore omnium oculis appareret { Judith , lo).

Saint -Denys l'aréopagite, pendant que la terre avait encore le bonheur de posséder Marie , entreprit un long voyage pour avoir le précieux avantage de lavoir et celui d'étudier ses grandes vertus. Dès-quil la vit, il se squ-

Page 1