Livre 1, 8r
tit pénétré et saisi de tant d'admiration et de respect , qu'il a avoué depuis qu'il eût pris Marie pour une Divinité, si la foi ne lui eût appris qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul Dieu.
Or, si déjà on découvrait tant de grandeur et tant de majesté en Marie pendant qu'elle était sur la terre , qui pourra se former une idée de cette beauté ravissante , de cette majesté presque divine , qui fait l'ornement de sa face dans les cieux , beauté et majesté qui surpassent d'autant plus celles des Anges et des Saints , qu'il a plu à la divine sagesse de l'élever davantage au-dessus d'eux?
Mais, outre la beauté de sa face auguste , qui pourra comprendre encore quel est l'éclat de la magnificence et de la gloire qui l'environnent de toutes parts ? Pour se mettre à la portée de notre faible intelligence, l'Ecriture nous dira que la Reine a paru au milieu de ses princesses , se tenant debout à la droite du Roi son divin fils , ayant un liabit enrichi d'or, étant revêtue d'oruemens d'une richesse éton-
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nante , dont les couleurs vives et variées offrent le coup d'œii le plus ravissant : Stetit Regina à dextris tuis in vtstitu deaurato , circumdata varietate ( Ps. 44 J.
L'Esprit prophétique a dit autre part , parlant du juste en général :
« Vous l'avez prévenu , Seigneur , de » bénédictions et de douceurs ; vous » avez mis sur sa tête une couronne î> de pierres précieuses .... ; le salut » que vous lui avez procuré , est accomi> pagné d'une grande gloire; mais vous 5> couvrirez encore sa tête d'une gloire » plus éclatante , et vous lui donnerez » une beauté plus admirable : » Çwoniani prœvenisti eum in benedictioni" bus didcedinis : posuisti in capite ejus coronam de lapide pretioso . . . magna est glona ejus , in salutari tuo gloriam et magnum decorem impones super eum ( Ps. 20 , 4 j*
Or, s'il en est ainsi des autres justes , que n'en est-il pas de la gloire , de la beauté et de la magnificence qui font l'apanage de la reine de tous les Saints \
Saint-Jean, dans son Apocalypse, dit
avoir vu un grand prodige dans le ciel ; et quel était ce prodige l Une femme revêtue du soleil , ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles : Et si gnum magnum appariât in cœlo ^ millier amicta sole et luna sub pedibus ejiis^ et in capite ejus corona stellarum duodecim (Apoc.
Le soleil , la lune et les étoiles sont sans doute ce qu'il y a de plus beau , de plus majestueux et de plus magnifique à nos yeux : mais qu'est tout cela comparé à Marie ? La beauté, la gloire et la magnificence qui environnent la reine des cieux , sont infiniment audessus de toutes ces images. Saint-Paul a dit que l'œil n'a point vu , que l'oreille n'a point entendu , que l'esprit de l'homme n'a point compris ce que Dieu prépare k celui qui l'aime. Si l'Apôtre s'explique ainsi sur le bonheur de chacun des justes , que nous restera-t-il donc à dire , encore une fois , pour peindre la gloire de Marie plus élevée au-dessus des justes que le firmament ne l'est au-dessus de la terre?
Ici mon esprit se perd et se confond , je ne trouve plus de parole dans ma bouche , ma plume se refuse à tra-
84 Dévotion a la S, Vierge, cer des lignes ; je suis forcé de me taire , dans la pensée que mon insuffisance et mon silence parleront plus éloquemment que moi , qu'ils diront plus que toutes les preuves que je pourrais entasser , et que toutes les figures que je pourrais emprunter.
Filles de Sion , liabitans de la céleste Jérusalem, esprits bienheureux, et vous tous les Saints, sortez de l'enceinte de vos brillans tabernacles , de vos célestes demeures ; élancez -vous des extrémités de l'éternel Empire , venez pour contempler la gloire de votre Reine , pour la bénir , pour laimer : mais ils l'ont fait ; mais ils l'ont chantée , et ils la chanteront éternellement ; sans cesse ils seront ravis de la voir et de la contempler dans l'océan , dans l'immensité des divines lumières^ sans cesse ils la béniront , sans cesse ils l'aimeront.
Pour vous, ô justes qui peuplez encore la terre , filles de la Sion d'icibas , soldats de la Jérusalem militante , sortez vous-mêmes de vos tentes périssables , rompez les liens qui vous
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retiennent captifs , prenez votre essor vers les collines éternelles , montez aux cieux , et voyez : voyez, non plus Salomon , mais celle dont la gloire ctrace celle de tous les rois ; voyez la plus magnifique des reines , portant sur sa tète le riche diadème qui lui a été donné au jour de ses noces éternelles , au jour où elle a reçu le royaume des cieux pour héritage , au jour où elle a été placée sur le premier trône du céleste Empire , après Jésus - Christ ; au jour enfin où son cœur a été inondé par les torrens des délices et des voluptés saintes qui découlent du sein de la Divinité, délices qui seront son partage pendant les siècles des siècles : Egredimini et videte ^ fillce S ion ( Cant. 3, ii ).
Venez et voyez ; et lorsque vous aurez vu , lorsque vous aurez contemplé un instant la beauté et la gloire de votre reine, dans les transports de votre étonnement , de votre admiralion, de votre joie et de votre amour, vous répondrez , et vous vous écrierez comme autrefois cette reine du Midi , lorsqu'elle vint des extrémités du monde pour contempler la gloire de Salomon, et pour entendre les ora-
86 Déi^otlon h la S. Vierge.
clés de sagesse qui sortaient de sa bouche ; vous répondrez , dis - je , et vous le direz avec bien plus de raison que cette princesse : Veni et vidL Je suis venu , et j'ai vu de mes propres yeux ; mais qu'ai -je vu ! J'ai vu que tout ce qu'on m'avait appris , et que tout ce qu'on aurait pu m'apprendre encore sur votre gloire , ô Marie ! est bien au-dessous de ce qu'elle est : j'ai vu, ô Reine par excellence! que votre sagesse et vos œuvres sont infiniment plus grandes , plus admirables et plus magnifiques que tout ce que la renommée avait pu m'en apprendre («). Heureux ceux qui composent votre Cour, ô reine incomparable ! heureux les célestes Esprits ! heureux les Saints qui chantent tous les jours votre gloire, vos amabilités et vos triomphes, qui ont l'ineffable bonheur de paraître sans cesse devant vous I Beati viri tui et heati sen^i tui , qui stant coram te seniper !
Ah ! que ne suis -je, ô Marie ! un
(a) Etprohavi quod média pars mihi tiuntîata nonfuerii ; major est sapientia tua et opéra tua fjfuani runior queni audivi ( 3 Uois , ch. lo ).
de ces heureux mortels ! qui me donnerait, au moment où je m'applique à publier vos grandeurs , de me voir tout à coup environné des miséricordes de mon Dieu, de voir crouler sous mes yeux la prison de mon corps , enfin de voir se rompre les liens qui me retiennent encore parmi les enfans de Cédar , pour prendre mon essor , et m'élever avec les ailes de la colombe jusqu'au séjour du véritable bonheur?
Avec quel vif empressement , avec quelles délices, avec quels saints transports de joie je me plairais à contempler les charmes qui couvrent votre auguste front , cette gloire , cette magnificence qui vous environnent ! tout ravi d'amour, avec quelle ardeur , avec quelle sainte ivresse ne chanterais-je pas , en union avec les cieux , vos triomphes , vos incompréhensibles grandeurs et vos amabilités infinies 1
« Mais malheur à moi , parce que mon » pèlerinage est encore prolongé! nHeu mihi , quia incolatus meus prolongatus e^^ / Toutefois , jusqu'à ce que mon exil finisse , je chanterai ici-bas vos charmes et votre gloire ; unissant ma faible voix à celle de l'Eglise , je vous dirai avec elle : Je vous salue , reine
S8 Déi^otion à la S» Vierge.
des cieux , reine des Anges et des Saints. Ai'e , regina cœlorum. Je vous salue , ô tige précieuse , qui descendez du trône de David , beau rejeton cultivé , soigné par les mains du créateur de toutes choses ; racine admirable , d'où est sorti le juste par excellence , le désiré des nations; porte mystérieuse prédite par les Prophètes, par 011 nous est venue la lumière !
Salve , j^adicc , sahe porta eoc qiiâ Ttiundo liioc est orta !
Réjouissez-vous , ô reine incomparable , souveraine de tous les rois , enrichie de la gloire du Très -Haut , vierge par excellence, qui surpassez en beauté toutes les filles de Sion et toutes celles qui ont peuplé le monde entier! Gaiide, vir go gloriosa^ super omlies speciosa ! Beauté ravissante, chefd'œuvre du Créateur , ouvrage le plus parfait , le plus accompli qui soit sorti de ses mains , je vous salue ; je vous salue et vous conjure d'intercéder pour nous auprès de votre divin fils , pour nous et pour tous ceux qui sont encore condamnés à traîner leur pénible existence dans cette vallée de misère et de larmes. Vale , 6 valdè décora !
et pro nobis Christum exora»
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Mais que fais -je ? Entraîné par la passion de mon cœur , je mecarle de mon sujet , et je ne pense plus à de* mander s'il fut jamais une reine, eûtelle réuni sur sa tête la gloire de toutes celles qui ont exisié , ou qui existeront encore , qui puisse entrer en comparaison , par sa magnificence , avec la reine des cieux. Non, sans doute , il n'en fut jamais ; toute leur gloire , comme je l'ai déjà dit, n'est qu'une faible image de celle de Marie ^ et combien ne serait - il pas déjà facile d'en juger par tout ce que nous venons de dire , sans qu'il fût besoin d'en dire davantage l
J'AI ajouté que votre puissance (je m'adresse encore une fois à vous, Souveraines de ce bas monde } , j'ai ajouté que votre puissance , ô reines de la terre î ne saurait soutenir aucune espèce de parallèle avec celle de la mère de Dieu , de la reine de la terre et des cieux ; ai-je donc eu raison de le faire ? Marie vous a toutes surpassées d'une manière presque infinie , par l'étendue de son vaste empire, et par les richesses de sa gloire, et elle vous
QO Dévotion à la S* P^erge, surpassera toutes de même , d'une manière non moins étoiniante , par l'étendue de sa puissance : Tu supergressa es unii'ersas.
Mais comment pourrons -nous encore nous former une idée de ce nouveau degré de grandeur dans Marie l L'Eglise, dans ses offices , voulant nous faire connaître l'étendue de la puissance de cette auguste reine dans les cieux , lui applique ces paroles , qui furent dites autrefois de la reine de Saba , lorsqu'elle vint auprès de Salomon : « Le Roi a donné à la Reine 3> tout ce qu'elle a voulu et tout ce i> qu'elle a demandé : i> Rejc,».uiedic Reglnœ .... cuncta quœ voluit et quœ postula^'it ( 2 Parall. 9 , 12).
Si nous revenons à la figure que j'ai eu intention de développer louchant Salomon et sa mère , je remonterai, par la pensée, à lépoque du triomphe de Marie , et j'entendrai le fils de Dieu , celui qui a dans ses mains la souveraine puissance, dire comme autrefois le fils de David à Bethsabée :
Demandez , ô ma mère ! me serait-il permis de vous refuser quelque chose \ Fête , mater , neque enim fas est ut ai^ertam faciem tuam* De cette sorte »