‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 31 sur 133 · Livre I · texte numérisé non relu

Livre I

les cieux. Les tableaux qui nous la représentent, s'ils sont jjien faits, s'ils ont c]uel({ue chose de rare touchant l'art de peindre , nous parlent de sa beauté et de ses amabilités : les mystères qui y sont représentés d'une manière vive , nous deviennent presque sensibles ; d'où il est aisé de comprendre que lorsqu'un autel se présente à nous avec plus d'appareil ^ il est bien plus propre à nous inspirer une plus grande dévotion envers Marie ; de là les vrais disciples de IMarie doivent donc s'empresser , s'ils ont pour elle une dévotion bien entendue , de lui procurer ce nouveau genre de gloire.

Un motif bien propre à les encourager et à les presser de remplir ce devoir envers la mère de Dieu ( s'il în'est permis de mettre ici sous leurs yeux leurs propres intérêts ) , c'est que cette tendre mère prendra encore ])lus de soin d'orner leur trône , et d'enrichir leur couronne dans le ciel , qu'ils ne seront attenlirs eux-mêmes k orner ici-bas ses autels. On sait d'ailleurs que tous ceux qui se sont ap})liqués à honorer Marie, ont mis dans tous les temps beaucoup de zèle , je ne dirai pas seulçmeal à çmbeiUr ses autels et

i68 Déi'ofîon à la S. Vierge.

à les orner , mais encore à lui en créer de nouveaux , et même à lui bâtir des temples.

Cliarlemagne, un des premiers empereurs du monde , recommandable du côté des vertus qui font les Saints , comme du côté de la valeur militaire et des talens propres à gouverner les peuples; Cliarlemagne, dis-je, doué d'une grande piété envers Marie , ayant en elle une grande confiance , une confiance telle qu'il portait toujours son image gravée suspendue à son cou , fit élever des autels en l'honneur de Marie , et lui fit bâtir des temples : on remarque surtout celui qu'il lui fit construire à Aix-la-Chapelle , où il passait toutes les grandes solennités , engageant souvent les souverains Pontifes 5 qui accédaient volontiers à sa demande , à y venir officier ; c'est-là aussi qu'il faisait venir les Rois pour y être sacrés.

D'autres personnes qui n'étaient pas moins distinguées par leur tendre piété envers Marie , quoiqu'elles marquassent beaucoup moins du côté du rang et de la puissance que les princes

conquérans

Liçre h 169

conquérans , ont donné là-dessus de grands exemples de générosité. On en a vu qui ont consacré toute leur fortune à faire construire des églises en l'honneur de Marie ; tel cet illustre patricien romain, dont il est parlé dans THistoire , touchant la fête dite de Notre- Dame des Neiges ; tel , dis - je , cet illustre patricien , qui portait le nom de Jean, et dont l'épouse, comme lui , était aussi recommandable par sa grande piété envers la reine des cieux, qu'elle l'était par sa grande noblesse.

Ces deux illustres discij)les de Marie, se voyant sans enfans , donnèrent un exemple bien admirable , et qui trouverait bien peu d'imitateurs , surtout dans notre siècle.

Ils forment d'abord le projet de rendre Marie héritière de leurs grandes richesses ; mais quelque chose les embarrasse ; c'est de savoir à quel genre d'œuvres ils pourront les employer , qui puisse lui procurer le plus de gloire ( « ).

(a) Quelques-uns m'accuseront peut-être ici de trop de crédulité ; mais, pour les édifier , jo les renvoie à la lecture du bréviaire romain ^ à la fête de JNotre-Dame des INeiges , qui se célèbre

lyo Déi^otlon a la S, Vierge.

Je poursuis donc. Pendant que les pieux époux se trouvaient ainsi embarrassés sur le choix des moyens qu'ils devaient employer pour exécuter leur généreux projet, il arriva que, pendant la nuit , la Sainte Vierge apparut à l'un et à l'autre , et en même temps au pape Libère , qui était alors souverain Pontife. Elle annonça à chacun d'eux la même chose; c'est-à-dire que les vœux de ses deux disciples fidèles, du patricien et de son épouse , lui avaient été agréables , et que leur offrande était acceptée. En conséquence elle leur dit que son intention , qui était aussi celle de l'Éternel, était que leurs biens , qu'elle avait acceptés en héritage , fussent employés à construire un temple qui lui serait dédié. Elle ajouta que ce temple devait être bâti sur le Mont Esquilin, et que l'emplacement en était déjà marqué par une certaine quantité de neige qui y était tombée pendant la nuit. Ce miracle était grand , et d'autant plus remarquable, que cette neige était tombée

le 5 du mois d'août ; là ils trouveront le détail de révénemeut miraculeux dans toute son étendue, tel f[ue je le raconte.

Lhre L 171

au mois d'août , qui est l'époque de l'année où les chaleurs sont le plus excessives , surtout en Italie.

Cependant l'illustre sénateur et son épouse, qui ont été instruits, chacun en particulier , par la reine des cieux , vont faire part l'un et l'autre à Sa Sainteté des lumières extraordinaires qui viennent de leur être communiquées.

Le souverain Pontife , qui en a été favorisé comme eux , n'a pas de peine à se laisser persuader de la réalité du prodige. En conséquence il nomme sur le champ des commissaires , afin d'en être entièrement assuré. Ces commissaires s'acheminent vers le Mont Esquilin , accompagnés d'une grande affluence de peuple, qui avait été instruite en un instant du miracle. Ils arrivent au lieu qui avait été désigné , et au grand étonnement de tout le monde , on trouve que l'événement est entièrement conforme à la prédiction.

La neige marquait l'espace que devait occuper l'église , avec les dimensions qui devaient lui être données.

Cet événement , des plus miraculeux qui fut jamais , ayant été ainsi constaté , le rapport en fut fait à Sa Sain-

173 Dépôt Î07Î à la S» Vierge.

tetc 5 qui bénil: Dieu de cette nouvelle preuve de sa miséricorde en faveur de son peuple. Il en fit dresser le procès - verbal , afin que le miracle fût connu de tous et dans tous les siècles , et que tous s'accordassent à remercier le Seigneur de ses bienfaits , et k honorer la mère de Dieu en reconnaissance de ses bontés pour nous.

Le procès-verbal étant dressé , Sa Sainteté permit alors au sénateur et à son épouse de faire construire l'église au lieu qui avait été désigné , et sur le modèle qui avait été présenté. En conséquence , ces heureux époux , remplis d'une sainte joie , sans mettre le moindre délai , entreprennent de la faire construire, et poussent l'ouvrage avec tout le zèle possible. Cette église ne tarda pas à être achevée , et lorsqu'elle fut finie , elle fut dédiée à Marie , selon 1 instruction qu'on en avait reçue d'en haut.

Depuis cette époque , cette même église fut restaurée et embellie par Sixte III. Elle fut d'abord appelée l'Église de Libère ; ensuite Notre- Dame où est la crèche ; et enfin , comme il y avait plusieurs églises bâties en l'honneur de Marie , on finit

par l'appeler l'église de Sainte - Marie Majeure.

Outre les exemples que je viens de citer , il en est une infinité d'autres qui prouvent de même , ainsi que je l'ai déjà dit , que de tout temps les fidèles , vrais serviteurs de Marie , se sont appliqués à l'honorer , en rendant son culte plus pompeux , autant que pouvaient le leur permettre leurs faibles ressources , les uns en lui faisant construire des églises , les autres en lui faisant élever des autels , les derniers en ornant ces mêmes temples et, ces mêmes autels qui avaient été élevés par le zèle et la piété de leurs ancêtres.

Il n'est pas de ville , que dis-je ? il n'est pas d'église qui ne puisse nous fournir là - dessus des exemples trèsmultipliés. Cependant , je le dirai pour notre confusion et pour l'honneur/ de nos pères , combien n'avons-nous pas dégénéré de leur ferveur ? Où sont maintenant ces disciples de Marie qui consacrent leur fortune à lui bâtir des temples et à lui faire élever des autels , qui du moins mettent quelque

1 74 Déi^otion a la S. Vierge.

zèle à conserver ceux qui nous ont été laissés en héritage , et qui s'appliquent à les orner l Ah ! dans quel siècle sommes-nous donc venus ? On est saisi de pitié quand on entre aujourd'hui dans nos églises ; quand on les compare à ces anciens temples que Dieu abandonna à la fureur de ses ennemis , à cause des péchés de son peuple ; quand on considère quelle en est la pauvreté, et souvent f passezmoi l'expression ) la mal -propreté et l'indécence.

Faut-il donc s'étonner si nous sommes punis en tant de manières , si les malheurs de tous les genres viennent peser sur nous ? C'est en vain que nous voudrions nous en prendre aux causes secondes ; il n'arrive rien sans la permission de Dieu ; Il n'y a point de mal dans Jérusalem que je n'aie fait, dit le Seigneur ; et autre part : C'est moi-même qui ai appelé tous ces maux sur Jérusalem ; c'est moi qui ai envoyé la tribulation , la désolation et la mort à tous ceux qui sont péris en Jérusalem : Daho Jérusalem in acervos arence, , » * et ci^'itates Jada daho in desolationeni , eo qiiod non sit ha^ bitator ( Jérém. 9 , 11).

Li^re L lyS

Nous ne pouvons donc altribuer tous les chàtimens qui ont pesé et qui pèsent encore sur nous , qu'à nousmêmes , c'est-à-dire à nos crimes sans nombre , surtout à notre impiété , à notre irréligion , et à notre insouciance pour le culte du vrai Dieu et celui de Marie , sa sainte luère.

Autrefois, quand nos pères étaient menacés de la colère céleste à cause de leurs péchés , leur foi se ranimait ; n'osant recourir directement à celui dont la sainteté fait trembler les anges mêmes , ils avaient recours à Marie , qui est toute-puissante , pour apaiser la colère de Dieu par ses prières , pour arrêter le bras de sa justice lorsqu'il est levé sur nos têtes coupables , et ils étaient exaucés.

Ils étaient exaucés : mais pourquoi étaient- ils exaucés plutôt que nous ?

Pourquoi \ C'est qu'ils se rendaient dignes de l'être : et comment ? Est-il donc besoin de le redire \ C'était en lui rendant les devoirs d'honneur , de respect et de vénération qui lui sont dûs ; en s'employant avec zèle à étendre son culte ; en se faisant un devoir indispensable de décorer ses temples et ses autels; je dis plus, en lui en

faisant élever de nouveaux , se regardant même comme trop honorés qu'elle voulût agréer leur olTrande.

Aujourdlmi, après avoir provoqué la vengeance divine , après nous être rendus indignes plus que nos pères ne le furent jamais, de nous présenter devant le trône de la justice redoutable du Tout-Puissant , nous comblons la mesure de nos maux , et nous les rendons en quelque sorte désespérés , en méprisant les moyens que la divine Providence nous présente pour nous réconcilier avec le Ciel , et faire que la foudre, j^réte à tomber sur nous, se brise dans les mains de sa miséricorde.

J'ai dit 5 c< en méprisant les moyens » qui nous sont offerts pour nous ré- » concilier avec la justice di\ine ^; car c'est mépriser les moyens qui nous sont offerts pour nous réconcilier avec le Ciel , que de inépriser Marie ; et c'est mépriser Marie que de lui refuser le tribut d'honneurs et de louanges que nous lui devons , ou de ne pas le lui rendre comme il lui est dû.

Vous répondrez à cela : Marie a-t-elle donc besoin de nos prières et de nos hommages pour se déterminer à défendre notre cause ! Marie a - 1 - elle

besoin de nos prières et de nos hommages l Je dirai, oui; et quand je dis oui , ce n'est pas que Marie ait besoin de nos hommages pour elle-même , car Marie n'en sera pas moins heureuse lors même que nous refuserions de la reconnaître pour notre reine et notre médiatrice; lors même que nous refuserions de l'honorer et de la faire honorer : mais Marie a besoin de nos prières et de nos hommages pour nousmêmes 5 Dieu ayant voulu que ceux qui auront recours à la protection de Marie , et qui se rendront dignes d'en être favorisés , obtiennent par sa médiation toutes les grâces qui leur sont nécessaires ; mais que ceux qui refuseraient de la reconnaître et de l'honorer comme leur reine et leur médiatrice , soient méconnus auprès de son trône.

Pharaon disait autrefois aux peuples qui venaient s'adresser à lui pour lui demander des grâces : Allez à Joseph , adressez-vous à Joseph ; Ite ad Joseph. Ici Dieu le Père nous dit , lorsque nous nous adressons à lui par nos prières : Allez à Jésus ; mais lorsque nous nous adressons à Jésus-Christ , notre médiateur auprès du Père céleste , il

178 "Dévotion a la S, Vierge.

nous répond à son tour d'avoir recours à Marie , qui est notre médiatrice auprès de lui : c'est-à-dire , c'est comme si Dieu , de qui nous avons outragé les perfections , nous disait ; Allez à Marie , la mère de mon fils , qui vous réconciliera avec lui ; et par mon divin fils j entre les mains de qui je me suis reposé de tout jugement , vous viendrez à moi : Jte ad Joseph ; allez à Jésus par Marie , et les sources de mes infinies miséricordes vous seront ouvertes ; vos péchés vous seront pardonnés ; les grâces du salut viendront vous enrichir , et vous échapperez aux rigueurs de ma justice, dont vous avez violé les droits par vos offenses.

Page 1