CHAPITRE PREMIER
Que Marie a pratiqué toutes les vertus avec perfection,
V^UE dirai - je des vertus de Marie ? i.° Je dirai que Marie a été, sous ce rapport , après Jésus-Christ, le modèle le plus achevé que le ciel ait pu offrir à la terre ; je dirai que nous devons nous efforcer de l'imiter , l'imitation de ses vertus étant un des moyens par excellence de l'honorer, et même la base essentielle de la dévotion envers elle.
J'ai dit d'abord que Marie était un modèle achevé de toutes les vertus ; et en effet : car Marie a pratiqué toutes les vertus , et les a toutes pratiquées sans jamais se rendre coupable d'aucun péché , pas même véniel , ce qui doit être regardé comme un grand privilège ; car il n'est personne qui , pendant le cours de sa vie , ne se souille de quelque péché au moins véniel, s'il n'est aidé d'une grâce toute particu-
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lière , ainsi que l'a été Marie : c'est la doctrine du Concile de Trente , suivant ses propres expressions (tz).
2.° Si Marie n'eût pratiqué toutes les vertus , ou qu'il y en eût une seule qu'elle n'eût pas pratiquée avec perfection ; je veux dire , si Marie eût pratiqué toutes les vertus hormis une seule , cette omission suffirait pour qu'elle ne pût pas être présentée pour modèle achevé : toutes les vertus, selon la belle pensée d'un Père de l'Eglise , étant comme autant d'anneaux qui , unis ensemble , forment une même chahie \ de telle sorte que chacun des anneaux qui composent cette chaîne mystérieuse , devient nécessaire , et que, si un seul en était détaché , tout le poids qui était soulevé par elle , retomberait dans l'abyme : Connexœ sihi sunt , et concatenatœ sunt virtutes ( S. Ambr. ).
C'est là encore ce qu'a voulu nous apprendre l'Apôtre Saint-Jacques, lors-
(a] Siquis dixerit Jiominem , semai justijicatuin, posse in totd vita peccata omnia eliani venialia vitare , nisi ex speciali Dei privilegio , (jnemadmodum de beatd Virgine leiiet ILccleda , analhema sit ( Concil. Trid. ann. i547j sess. 6 , de Justif. , eau. 26 ),
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qu'il a dit que celui qui viole la loi en un seul point, est coupable comme les violant tous {a).
Si donc , pour en revenir a ma pensée , si donc Marie n'eût pratiqué toutes les vertus ; c'est-à-dire , si elle eût omis la pratique d'une seule vertu , lors même qu'elle aurait pratiqué toutes les autres , elle ne pourrait point être présentée comme un parfait modèle : mais Marie les a toutes pratiquées , et absolument toutes : Omnes virtutes singulares prorsàs invenies in Maria ( S. Bern. ).
5.° Néanmoins mon dessein ne sera pas de vous les rappeler toutes , mon cher Théophile , et ce serait même en vain que j'entreprendrais de le faire , le nombre en étant presque infini.
Si je voulais me servir ici d'une figure qu'ont empruntée les Pères de l'Eglise pour peindre l'intérieur de Marie , il me serait aisé de prouver par-là l'impossibilité où nous sommes de connaître le nombre de sç^s vertus.
D'après leur témoignage , l'ame de
( a ) Si quis totam legem servaverit , ojfcndat atitcm in uno , factus est omnium rcus (Jact|.
2, lO).
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?TÏarie est comparée à un ciel parsemé d'étoiles ; et voici leurs propres expressions : « Je vous salue , ô vierge I ^> ô mère 1 ô ciel 1 » s'écrie Saint- Chrysostônie, s'adressant à Marie ellemême : As^'e igitu]\ TÎrgo^ mater ^ cœlimi ! <? Je vous salue , ajoute Sainth> Épiphane , je vous salue , ô Marie 1 }> plus grande et plus magnifique par » vos vertus, que ne l'est le firmament ï> des cieux : » O uterwn cœlo am- » pliorem !
Ce qu'a dit David dans ces paroles , où il exhorte les peuples de la terre à louer Dieu , en contemplant l'œuvre de sa toute-puissance dans le firmament , ne peut il pas encore s'appliquer à Marie ? « Louez Dieu, a-t-il dit, i> louez Dieu à la vue du firmament , ^ où il a fait éclater sa puissance : » Laudate Dominwn in firmamento virtiitis ejus. Remarquez que le prophèteroi vient de nous exhorter à louer Dieu dans ses Saints : Laudate Dominum in Sanctis ejiis , et cela encore après nous avoir invités à louer Dieu dans ses autres ouvrages : de là ne semblet-il pas qu'il ait voulu nous amener comme par degrés à louer Dieu surtout dans Marie, qui est le chef-d'œuvre
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de sa touLe - puissance , dans Marie qui peut être regardée comme un firmament 5 un ciel orné d étoiles , semblable et même plus éclatant , plus admirable encore que celui qui nous est offert dans la voûte azurée.
Quoi qu'il en soit, ce passage prête infiniment à ma pensée ; en sorte que je pars de là comme de ce qu'ont dit là-dessus les Pères de l'Église, pour demander à mon cher Théophile de compter , s'il le peut , toutes les étoiles qui brillent dans le firmament des cieux , et de les appeler chacune par son nom. Il me répondra que les connaissances humaines ne sauraient arriver jusques-là , celui-là seul qui a formé les étoiles pouvant en connaître le nombre , et savoir le nom qu'il a donné à chacune : Qui numerat mul^ titiidinem stellarwn , et omnibus eis nomina vocat.
Eh bien ! lui dirai - je à mon tour , il me sera de même impossible , et plus impossible encore de parvenir jamais à connaître le nombre des vertus qui ont fait fornement de lame de Marie , et d'en savoir le nom ; ce nouveau firmament , ce firmament tout céleste , orné de tant de brillan-
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tes étoiles , étant encore plus étonnant et plus incompréhensible pour nous que celui qui couvre nos têtes :
car celui-ci n'a été qu'un essai de la puissance divine; au- lieu que, pour former celui-là , Dieu a déployé toute la force de son bras , comme déjà nous l'avons remarqué : Fecit potentiam in brachio suo.
Je m'en tiendrai donc là - dessus à vous assurer , mon clier Théophile , que Marie a pratiqué toutes les vertus , sans en omettre une seule ; d'où nous l'appelons le modèle de toutes les vertus : Onvies vir tûtes singula' res prorsàs invenies in Maria,
4.° J'ajouterai que IMarie a pratiqué toutes les vertus au degré le plus éminent et dans la plus sublime perfection. C'est ici un auLre mystère pour nous ; c'est un autre abyme profond , et un abyme qui ne peut encore être connu que de Dieu seul , du Dieu qui seul mesure la profondeur des abymes : Oui intueris abyssos.
Cependant, pour notre instruction, nous allons tâcher de descendre le plus avant qu'il nous sera possible dans les profondeurs de cet abyme.
Voici ce que nous disent là-dessus
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les Saints , parlant du haut degré de perfection auquel Marie s'est élevée par ses vertus :
ce Qui a été plus saint que Marie ," ^> s'écrie Saint - Clirysostôme ? Quidï> nam illd sanctius ? Ce ne sont ni les » Prophètes , ni les A poires , ni les ^> Martyrs , ni les Anges , ni les Trô- >> nés , ni les Dominations , ni les Ché- » rubins , ni les Sérapliins ; il n'est, » poursuit ce Père , il n'est rien dans 5> tout ce qui existe parmi les créalui> res , de plus grand , de plus excellent » et de plus saint que Marie > a), »
Le prophète Isaïe avait dit : <s II y i> aura dans les derniers temps une » montagne placée sur le sommet des » autres montagnes , au sein de laquelle i> le Seigneur viendra se reposer : »
Erit in noi^issimis diehiis prœparatus nions ^ domiis Domini , in vertice montium ( Isaïe , 2 , 2 ).
c< Quelle est donc cette montagne
(a) Qui dnam illd sanctius? Non Prophelœ y non Apostolij non Martyres ^ non An^eli , non Throni , non Doniinationes , non Cherubim , non Seraphim , non dtuiquè aliud (juidpia?n inter creaturas visibiles, aut invisiiilts majus aut e^ccUaiuius invaiiii poteal ( S, Chrys. ).
iQO Dévotion a la S, Vierge, fy sublime , s'écrie Saint - Grégoire , » pape 5 si ce n'est iMarie ? Marie n'est- » elle pas , en effet , une montagne sui> blime , puisqu'elle s'élève par ses ^> vertus et par ses mérites au-dessus » de tous les chœurs des Anges, et par- » vient jusqu'au trône de la Divinité , b> où elle reçoit dans son sein le Verbe » éternel (a) ? »
5.° Par les lumières de la raison , soutenues de celles de la foi , on pourrait encore se former une idée du haut degré de perfection où est arrivée Marie par la pratique de ses vertus évangéliques , en se rappelant que Marie ne fut jamais infidèle à la grâce qu elle reçut de son Dieu.
S'il est constant que la correspondance à la grâce pour une action, attire une grâce plus forte et plus abondante pour celle qui suit , et à proportion que la correspondance a été plus entière , jugeons de là à quelle sublimité de vertus et de mérites Marie a dû parvenir, elle qui a toujours offert
(a) Mons suhlimis ^ Maria y quœ ut concepiionetn œterni Verbi pcrtingeret , meritorum verticem , supra omnes Angalorum choros , usque ad soUum Deitatis crexit ( S. Grég. Pap. ).