‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 57 sur 133 · Livre II L 3o · texte numérisé non relu

Livre II L 3o

veau écrit clans le livre de vie , d'où vous aviez été effacé à cause de vos crimes.

5.° Et c'est ainsi que le fils de Dieu attira à lui , de tous les temps , un grand nombre de pécheurs , comme il le fit connaître autrefois à une de ces âmes qu'il élève quelquefois jusqu'au troisième ciel , à l'exemple de Saint-Paul, en lui disant : Mater mea esca dulcissima est , quâ peccatores ad me traho ( Révél. à Sainte-Catherine de Sienne ).

1 P Cherchons dans l'Histoire Sainte une figure qui puisse nous aider à met- Ire celte vérité dans tout son jour.

Le livre des Juges , chap. 4 > nous en fournira une dans Débora , qui paraît convenir à mon sujet. 11 est dit dans ce chapitre que les enfans d'Israël, après la mort d'Aod , firent le mal devant le Seigneur , et que le Seigneur les livra , à cause de leurs péchés, entre les mains de Jabin, roi de Cbanaan , qui régnait en Asor.

Sisara, général en chef de ses armées eiiHaroseth, les tenait fortement

5oi Dévotion a la S. Viergf, opprimes depuis vingt ans : Et per vigïnti annns oppressf^rat eos. Ce peuple , acrabié sous le poids de ses malheurs, voyant s'avancer de jour en jour le terme de son entière destruction , cria vers le Seigneur ^ mais ses crimes nombreux avaient tellement irrité le Ciel contre lui, (ju il fut sourd à sa voix , et n'écouta point sa prière.

2.® Cependant il existait alors , en Israël, une prophétesse nommée Débora , femme distinguée par toutes les vertus qui font les Saints : elle habitait sur la montagne d'Kphraïm, s )us un palmier , entre Rama et Béthel. Le Seigneur , à cause de ses grandes et héroïques vertus , choisit donc cette femme prophétesse , pour servir de médiatrice entre lui et son peuple , pour être le refuge de ce peuple malheureux, le consoler et le soutenir dans les maux qu'il éprouvait en punition de ses crimes, et empêcher qu'il ne fut entièrement détruit.

En elTet le peuple d'Israël montait alors vers Débora sur la montagne, auprès du palmier sous lequel elle eLait assise , et elle faisait envei's lui l'office de refuge , de consolatrice et

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de juge ; Ascendebantque ad eanifilii Israël in vmne judicium.

Touchée à la vue de tant de maux qui pèsent à la fois sur ce peuple infortuné , sur ce peuple qui a recours à elle avec tant de confiance , Débora ne s'occupe plus que des moyens de le délivrer et de l'arracher à la fureur de ses nombreux ennemis. D'abord, après avoir conjuré le Seigneur de l'éclairer , elle découvre parmi la multitude de ceux qui viennent à elle pour la consulter , un homme distingué d'entre tous les autres par ses mérites , un homme qui était né avec une ame grande et courageuse , dont le nom était Barac, fils d'Abinoëm , de la tribu de Nephthali : elle s'adresse donc à lui, et l'engage à réunir le peuple sous ses ordres , lui promettant de livrer entre sq& mains Sisara avec toute son armée et SQS nombreux chariots : Ego autem adducam ad f e. . . . ^ Sisaram principem exercitûs Jahin , et currus ejus , atque omnem muliitudinem , et tradam eos in manu tuâ ( Jug. 457).

On est étonné d'entendre ce langage sortir de la bouche d'une femme.

Quelle puissance est donc celle - ci ,

5o6 Dé^'otîon ci la S: Vierge.

nous demandons-nous à nous-mêmes T 4. Je livrerai entre vos mains Sisara » et toute son armée , avec ses nom- » breux chariots. » Dirait-on que c'est une femme qui parle \ Ne dirait-on pas plutôt que c'est-là le langage d'un Dieu ? Et tradarn eos. Mais revenons de notre surprise ; c'est au nom de Dieu que Débora s'exprime ainsi ; car Dieu l'a revêtue de son autorité et de sa puissance.

5.° Cependant Barac est encore timide ; il est effrayé, soit par le souvenir de tant de défaites qu'a éprouvées ce peuple malheureux , qui font presque anéanti , soit par les forces imposantes que présente l'ennemi : c'est pour cela qu'il adresse la parole à celle que Dieu a choisie pour sauver son peuple j et qu'il lui dit : « Excellente » Débora ! j'exécuterai vos ordres et » je marcherai y mais ce sera à une » condition expresse ; c'est que vous » voudrez toujours m 'honorer de vo- » tre présence , pour m'aider de vos » conseils, et ni'obtenir, en toute oe- )> casion , l'assistance du Très-Haut : » si vous refusiez de venir avec moi , » trouvez bon , ô illustre prophétessel » que je n'accède point aux proposi-

iJ^re JIL Zoj

j) lions honorables que vous me faites, » et que je me retire : » Si veneris meciim , vadam ; si nolueris venire mecimi , non pergani.

4.^ Au même instant la propliëtesse lui répond : Iho qiiidem tecum. Oui , soyez rassuré , j'irai avec vous , et pour cette fois - ci l'honneur de la victoire ne vous sera point attribué ; car l'orgueilleux Sisara aura l'humiliatioiï d'être vaincu par une femme.

Alors 5 accompagné de Débora ^ Barac descend de la montagne d'Éphraïm ; il convoque le peuple , et y après l'avoir rassemblé et avoir disposé toutes choses, il se présente devant l'ennemi. A peine a-t-il paru , qu'une terreur subite s'empare de Sisara et de toute son armée; tous prennent honteusement la fuite ; Sisara lui-même , après avoir fui long-temps , accablé de fatigue , est obligé de chercher son salut sous la tente d'une femme de ses alliés, nommée Jahel; et cette femme , dont Dieu se sert pour exécuter les ordres de sa justice , enfonce, pendant qu'il sommeille , un grand clou dans la tête de cet ennemi des enfans d'Israël ; en sorte qu'il passe en un instant , selon l'expression de

5o8 Dêi^otlon h la S* Vierge, l'Ecriture , du sommeil naturel à celui de la mort : Qui soporem morti conso" dans 5 defecit et mortuus est ( Jug.

5.° Ne voilà-t-il pas quelque chose de bien étonnant ? Un peuple presque entièrement anéanti , semble renaître tout à coup de ses cendres : Israël victorieux recouvre sa liberté , sa patrie , les tombeaux de ses pères , ses villes , ses habitations , et dévient de nouveau redoutable à ses ennemis.

6." Mais à qui est-il redevable d'un si grand bienfait ? Dis-le-nous , peuple chéri de Dieu , peuple dépositaire des promesses du Tout -Puissant ; dis-lenous 5 qui a pu te ramener ainsi des portes du néant ? Fais parler en ce moment le sentiment de ta reconnaissance 5 pour nous l'apprendre.

Oui 5 tu le diras , que ce n'est point à tes prières que tu es redevable de ta délivrance , puisque Dieu ne daigna pas les entendre ; que ce n'est point en vertu de tes mérites personnels , ni par ta force , que tu as pu triompher d'un si redoutable ennemi : car , le Ciel sourd à ta voix , à cause de tes crimes , dont tu avais comblé la mesure , toute ta force s'était

changée en faiblesse : depuis que tu avais abandonné le Seigneur ton Dieu, et que tu voulais partager ton cœur entre lui et les idoles du paganisme , à côté de ton indignité il ne te restait plus, pour tout partage, que la crainte , la pusillanimité , l'opprobre et le mépris.

7.^ Tu l'avoueras donc, et tu le diras avec toutes les générations, que tu dois ton salut aux mérites et à la médiation puissante de Débora. Mais qu'il est beau de t'entendre chanter , dans les traitsports de ta joie et de ta reconnaissance , la gloire de ta bienfaitrice ! « Chantons la prophétesse , s'écrie w alors ce peuple reconnaissant ; cliai^- » tons , chantons la prophétesse , no- » tre libératrice. A elle seule , après » Dieu , nous sommes redevables de w notre délivrance et de notre salut. »

8." Cependant Débora et Barac , fils d'Abinoëm, entonnent eux-mêmes , à leur tour , un cantique d'action de grâces , et ils exhortent Israël à bénir avec eux le Seigneur : « Vous tous » qui vous êtes signalés parmi les en- » fans d'Israël , en exposant volontiers )) votre vie au péril , disent-ils , bénis- }> sez avec nous le Seigneur; et vous,

5io Déi^otlon a la S. Vierge, »6 rois de la terre! écoutez^ vous^ S) princes ! prêtez l'oreille : C'est moi , » dit Débora, c'est moi qui chanterai » un cantique au Seigneur , qui consa- » crerai des hymnes au Dieu d'Israël; » car, Seigneur mon Dieu, lorsque vous » êtes sorti de Seir , et que vous pas- » siez par le pays d'Edom, pour nous s> donner votre loi sur le Mont Sinaï , » la terre a tremblé sous vos pas , les » cieux et les nuées du firmament se » sont fondus en votre présence , et » les montagnes se sont écoulées comme ^ de Teau ; Sinaï s'est abaissé devant » la face du Seigneur, le Dieu d'Is- » raël. yj

^ Au tempsdeSamgar, filsd'Émathj au temps de Jahel , les sentiers de Juda n'étaient plus battus de personne ; et la crainte des Chananéens a fait que ceux qui y devaient marcher, sont allés par des routes détournées. On a cessé alors de voir de vailîans hommes dans Israël; il ne s'en trouvait plus, jusqu'à ce que Débora se soit levée, jusqu'à ce qu'on ait vu paraître une mère dans Israël » : CeS' s ave riint fortes Israël et quleverunt y donec siirgeret Debbora , surgeret mater in Israël ( Jug. 5 , 7 }► « O vous

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donc qui vous êtes exposés volontairement au péril ! hâtez-vous de bénir le Seigneur. Parlez et publiez sa gloire, vous qui montez sur des ânes d'une force et d'une beauté singulières ; vous qui remplissez les sièges de la justice ; enfin , vous tous qui êtes sur les chemins. Que là où l'on voit ces débris de chariots renversés et le carnage de l'armée ennemie , l'on se hâte de publier la justice du Seigneur contre les incirconcis, et sa clémence envers les forts d'Israël. Alors le peuple du Seigneur a paru aux portes des villes ennemies , et il s'est acquis la principauté sur elles. Levez v^us donc> ô Débora 1 s'est-il écrié , levez vous , et paraissez au milieu de ceux qui vous chérissent, et chantez parmi eux un cantique au Seigneur : » Sitrge , surge Dehhora , surge , surge et loqitere canticimi ( Idem , vers. 12).

Tel est l'exemple figuratif que j'avais à rappeler à mon cher Théophile , exemple qui doit nous fournir bientôt des instructions lumineuses sur le sujet que nous traitons ; un peuple presque entièrement détruit, qui, protégé auprès de son Dieu , qui l'avait abandonné, par la médiation puissante de

5i2 Déi^otîon a la S. Vierge.

Débora , triomphe de ses plus re* doutables ennemis , et recouvre son entière liberté ; et un peuple reconnaissant qui chante sa libératrice. Faisons donc maintenant l'application de ce trait admirable au sujet intéressant qui nous occupe.

10.^ Israël abandonné à cause de ses crimes , ce peuple sans chef, sans protection , sans médiateur et sans résolution , livré , dans cet état , à la fureur d'un ennemi qui l'opprime , est ici l'image des grands pécheurs dont j'ai déjà parlé; il est l'image de ces grands pécheurs qui , effrayés de leur état, après avoir commis les plus grands crimes , pensent peut-être encore à se convertir au Seigneur ; qui réclament ses divines miséricordes par leurs prières , mais qui éprouvent que le Ciel est devenu d'airain pour eux comme autrefois pour Israël , et cela pour avoir mis le comble à la mesure de leurs offenses ; d'où ils se laissent aller au découragement et au désespoir.

Ce roi de Clianaan , ces chefs de l'armée idolâtre , Jabin , Sisara ; ces nombreuses légions qui couvrent un vaste champ de bataille, représentent

le

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