CHAPITRE VIT
Quelle mère nous aidons en Marie.
i.° Marie, notre mère, est une mère toute-puissante ( je ne crains pas de redire ici en peu de mots ce que déjà nous avons dit ailleurs) , oui , une mère toute-puissante, <? car cette vierge- » mère , à l'exemple et de la part de » son divin fils , fera aussi des dons » aux hommes , dit Saint - Bernard , » ayant reçu de Dieu le pouvoir de le » faire , et en ayant la volonté : m Virgo beata dahit ipsa dona hominibus :
quidni daret ï siquidem nec facultas ei déesse poterit , nec voluntas ( S. Bern. , serm. i , in assumpt. ).
« Il est impossible que Marie ne }> soit pas exaucée de Dieu , dit Saint- » Antonin » : Imposslbile est Mariam non eocaudiri ( S. Anton. ).
« Elle tient lieu , ou elle est dépo- » sitaire et dispensatrice des trésors s> de la toute-puissance de Dieu, ajoute » l'Église dans ses chants : » Omnipo-* tentiœ suppleoc.
En sorte , ô divine Marie ! que ce que Dieu peut par sa propre vertu,
56S Dévotion CL la S» Vierge* vous le pouvez par vos prières : Quod Deiis Imperlo , tu prece , Plrgo , potes ; que le Seigneur tout - puissant étant avec vous , vous êtes toute-puissante vous-même par celui qui est toutpuissant : Deiis potentlssimus tecum , ideo et tu potentlsslma es per Ipsum ( S. Bonav. ).
Vous êtes l'Arche d'alliance , Fœderls arca ; en votre présence les eaux du Jourdain prennent la fuite , et se Jiâtent de remonter vers leur source ; les forteresses imprenables et les remparts inaccessibles de Jéricho sont renversés , et tous les ennemis du peuple de Dieu sont confondus, terrassés , détruits.
Vous êtes la Tour de David : Turrls Davidlca ; là sont suspendues toutes sortes d'armes pour toute espèce de combattans : Ex ed pendent mille clypel^ omnis armaturafortlum ( Gant. 4 )•
2.° Mais Marie , qui est la mère de Dieu 5 et de qui nous sommes les enfans par adoption , qui en même temps est la reine de la terre et des cieux , est/ par conséquent une reine mère , Piegina,,., mater ; ce qui peut encore servir à nous donner une plus haute idée de retendue de Scf puissance ^
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quand on sent surtout, ainsi que nous l'avons dit ailleurs , quelle difFérence il existe entre cette auguste reine des cieux et les reines de la terre.
Car, en effet , une mère sur la terre , serait-elle même une reine mère , ne peut pas délivrer ses enfans de toute espèce de malheurs , au lieu que celleci le peut.
Si un enfant , fût-il un prince , est attaqué par une maladie cruelle, c'est en vain qu'il invoquera celle de qui il a reçu le jour; elle n'aura à lui offnr que des larmes.
Un courtisan ayant été visité par son prince , durant la maladie qui devait le conduire au tombeau , le prince lui dit qu'il le conjurait de lui faire connaître ce qu'il désirait de lui , et que quand il s'agirait de la moitié de son royaume, il était disposé à la lui offrir. Ah ! bon prince , lui répondit le courtisan , la seule grâce que j'aie à vous demander dans la circonstance où je me trouve , c'est de m'accorder quelques jours de vie, pour avoir le temps de me reconnaître et de faire pénitence. Ce que vous me demandez , reprit le prince , n'est point en mon pouvoir. « Ah ! si j'avais aussi bien
Zjo Dêi^otion a la S. Vierge, » servi mon Dieu que je vous ai servi j> vous-même , continua le malade ; si » j'avais tracé pour sa gloire autant de 9i lignes que j'en ai tracé pour la vô- » tre , et si je lui avais consacré autant » de veilles , maintenant que je lui » demanderais de prolonger ma vie de » quelques instans , il ne m'accordeï> rait pas seulement quelques jours , » mais une éternité toute entière. !«>
Voilà où se borne la puissance des heureux du siècle , des souverains de ce bas monde : il n'en est pas ainsi de la puissance de la reine des cieux , de cette reine mère.
Le malade l'invoque ; s'il le fait avec foi et confiance , et que le retour à la santé lui soit utile pour son salut , il obtient infailliblement l'objet de sa demande. Allez, mon cher Théophile , allez et parcourez cette multitude d'églises dédiées en l'honneur de ?vlarie dans tous les lieux du monde , et vous les verrez toutes ornées d'un nombre presque infini à! ex-voto , monumens authentiques qui servent à attester ce que j'avance , sans parler d'un plus grand nombre de malades encore à qui la modestie a fait taire le miracle de leur guérison ou de leur délivrance.
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Le marin qui voyage sur les mers où il se trouve exposé à un si grand nombre de périls , se voit tout à coup accueilli par une horrible tempête ; quelle ressource trouvera-t-il en ce moment dans une mère selon le temps?
Déjà tous les mâts sont brisés , la sagesse du pilote a été dévorée , selon l'expression de l'Ecriture, tous ceux qui servaient à la manœuvre ont paru comme des personnes ivres , et le vaisseau poussé avec violence n'attend plus que le moment de se voir briser contre le rocher, ou contre toute autre espèce d'écueil : mais le matelot épouvanté place sa confiance en Marie ; il l'invoque avec foi , et voit fuir aussitôt la tempête. Est-il quelque chose de plus admirable que cela , et qui fasse davantage éclaterlapuissance de Marie?
Allez encore , mon cher Théophile , allez , je vous en prie de nouveau , voyager sur les rives de la mer , et là vous verrez placés, de distance en distance , comme des phares célestes, comme des forteresses protectrices, des temples dédiés à Marie : pénétrez dans ces asyles sacrés , et (jomptez encore , si vous le pouvez , la multitude innombrable de monumens qu'y ont laissés les généra-
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lions , pour attester à leurs descendans l'épreuve qu'ils ont faite de la toute- puissante protection de , Marie.
Peut-être en quittant cette demeure sainte , verrez-vous sous vos yeux un témoin vivant de la vérité que j'avance ; ce sera un marin échappé récemment au naufrage , qui avance les pieds nus , le front humblement incliné vers la terre , et qui vient à son tour remplir le vœu auquel il doit sa délivrance au pied de l'autel de Marie.
On en a vu qui, afin d'exprimer dune manière plus vive et plus touchante encore le sentiment de leur reconnaissance , y sont venus en se traînant tout entiers dans la poussière.
Je pourrais aussi vous citer l'exemple d'un nombre presque infini de militaires , qui ont échappé au danger d'une mort certaine par leur confiance en Marie ; tel celui qui trouve une balle aplatie sur le scapulaire qu'il portait toujours suspendu à son cou : il n'entre pas dans l'ordre des choses ordinaires qu'une balle vienne s'aplatir sur du linge colé sur la poitrine d'un homme.
Je pourrais faire parler de même grand nombre de voyageurs , et vous ne pourriez entendre le récit touchant
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qu'ils vous feraient de leur délivrance miraculeuse par l'intercession de Marie , sans répandre des larmes.
Mais lorsque le démon et tout l'enfer réunis viennent nous assaillir de toutes parts , et qu'ils lancent , comme par torrens , dans notre ame les torches embrasées de toutes les passions , quel secours pouvons-nous attendre alors de nos parens selon la chair l En un instant tout l'édifice de notre salut, que nous avions élevé à tant de frais , dont la structure difficile nous avait coûté tant de sueurs , tant de fatigues et tant do larmes, va être réduit en cendres. Que dis -je?
oh ! non ; si nous avons recours à Marie avec foi , si nous nous hâtons de l'invoquer avec confiance , aussitôt l'enfer va être mis en fuite et poursuivi jusqucs dans les entrailles de ses affreux abymes ; il ne saurait tenir un seul instant en présence de celle que l'Église, dans ses chants, em* pruntant ces paroles des Livres Saints, compare à une armée rangée en bataille : Terribilis ut castrorwn actes ordinata ; un seul de ses regards le remplit de terreur , et un souffle dQ sa bouche le renverse.
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5." Vous le comprenez donc main^ tenant , mon cher Théophile , combien est étonnante cette mère , cette reine mère , quel est son crédit , sa puissance , et combien sont heureux ceux qui ont le bonheur de lui appartenir en qualité d'enfans.
4-° Quelle mère ! je le redis encore une fois ; mais autant elle est plus élevée au-dessus de tous les Saints et de tous les Anges par sa puissance , autant elle est plus remplie de miséricorde et de compassion : Sicut onuiibusSanctis est potior^ ita et omnibus Sanctis est sollicitior. C'est surtout envers les plus grands pécheurs qu'elle fait davantage éclater son excessive tendresse j lorsqu'ils veulent sincèrement revenir à Dieu, et qu'ils sollicitent par son intercession , la grâce de leur retour.
Lorsqu'une mère , parmi nous , se voit près de mourir , le souvenir de tous ses enfans vient aussitôt s'offrir à sa pensée ; alors elle s'occupe de régler, selon ses moyens , le sort de chacun d'entre eux : celui-là a une santé parfaite , dit-elle , il a moins de besoins que les autres ; mais celui-ci, mais cet infortuné, qui est accablé d'infirmités , qui est privé de tous les dons de la na-
lure , et qui à la fois manque d'esprit et de talens , que va-t-il devenir ? rebuté de tous , il va se trouver sans aucune espèce de ressource ; je dois donc penser à lui ; je dois m'occuper à multiplier pour lui les moj^ens d'existence \ ce qu'elle fait par un testament. Or, si une mère selon la nature en agit ainsi envers ses enfans , que pensons-nous que doive faire notre mère selon la grâce , qui est bien autrement pleine de tendresse envers nous, que celle-là ne peut l'être pour les siens ?