Livre III
enfin de vous connaître , de méditer vos vertus , votre vie et vos exemples , pour les suivre I quelle joie et quel bonheurne goùte-t-on pas en vous ai« mant ! avec quels sentimens de paix, avec quelle sainte alëgresse , ne s engaget-on pas à vous servir , à vous bénir , à vous chanter et à publier partout les amabilités de votre nom , les amabilités de ce nom , le plus aimable et le plus glorieux de tous les noms après celui de Dieu et de Jésus , nom mille fois béni , dont la seule prononciation laisse a la bouche une douceur plus agréable que le miel , qui procure à l'oreille l'effet d'une douce mélodie , et porte dans le cœur le plus saint ravissement 1 Heureux donc et mille fois heureux le serviteur de Marie! celui-là portera le joug du Seigneur sans peine, il éprouvera un jour, dans la céleste patrie , toute la joie des Saints, et il sera porté dans le séjour du bonheur, comme sur un fleuve de paix et de purs délices : Mater misericordiœ^ vita, dulcedo !
4.^ Mais je vous salue encore comme mon espérance : Et spes noslra , salve. Ah! je le sais, et l'expérience m'a appris si souvent à le connaître , combien
I 8 Dévotion à la S. Vierge, grande est mon inconstance , combien je suis léger et susceptible deîre ébloui par les illusions du monde. Si l'on a yu les colonnes de l'Eglise , les défenseurs de la saine doctrine , chanceler et tomber au grand scandale des peuples ; si l'on a vu les plus saints d'entre les hommes, qui avaient déjà fixé leur demeure à la hauteur des cieux , tomber tout à coup et devenir souvent après leur chute, pires dans leurs excès scandaleux que les mondains eux-mêmes; si l'on a vu , dis-je , les étoiles mêmes du firmament , ceux qui par leurs lumières éclairaient les autres, être précipités d'en-haut comme l'orgueilleux Lucifer , et être aussitôt changés en démons ; combien ne deis-je pas trembler moi-même , moi qui ne suis qu'un faible roseau , qu'un misérable avorton, €t qui ai un million de fois plus de raison de le dire que le grand Apôtre parlant de lui-même : Combien ne doisje pas redouter, que mes infidélités à la grâce , que ma tiédeur dans le service de Dieu , et mon orgueil ne finissenr par m'attirer le châtiment des damnés?
Enfin, moi ver de terre, moi poussière, jn .1 vil néant , combien ne dois-je pas appréhender que ïiia fragilité j que