Livre III
Bia légèreté , et tant d'autres misères, ou encore qu'un manque de vigilance , ne fût-ce que pour un moment , ne me précipitent enfin, en un clin d'œil, dans l'abyme du péché mortel- et de là dans celui de la réprobation étemelle ?
5.° Oh! non, il ne faut qu'un moment pour perdre Tamifié de son Dieu , si toutefois on est assez heureux que dô la posséder , l'Esprit-Saint nous aver* tissant que personne ne peut savoir s'il est digne d'amour ou de haine , pensée terrible qui glaçait d'épouvante le grand Saint , fondateur de l'ordre de Citeaux , de manière à lui faire dresser les cheveux stir la tête. Ah ! et combien , d'après toutes ces considérations , n ai-je donc pas suj£t de craindre ?
6.° D'ailleurs , pour peu que je fasse attention à la multitude des dangers dont je suis environné de toutes parts , comment pourrait-il m'être permis de me rassurer un seul instant ? lorsque le monde, au milieu duquel je suis forcé de vivre » me parle sans cesse de la majesté et de l'éclat de ses fêtes : quand l'orgueil étale avec étude , sous mes yeux , le charme séduisant de ses vanités , qu*ilne cesse de me vanter la douceur et la
ao Dévotion à la S. Vierge.
variété de ses plaisirs toujours renaissans, et qu'il me dilsans cesse d'un air, €H apparence, qui annonce l'ivresse de la joie et du bonheur : «Venez : jouissons » des biens de la vie présente , cou- » vrons-ncus de parfums et allons-nous y> asseoir à des tables somptueuses; là, » que les vins les plus exquis enflam- » ment en nous l'ardeur de la concu^ V piscence et des plaisirs ; ne lais- >> sons point passer la belle fleur de 5> la jeunesse , la saison des jouis- » sances , sans goûter les délices qu'elle » promet ; mais couronnons-nous de î^ roses , avant qu'elles se fanent , et » laissons partout des traces de nos » débauches et de nos perpétuelles vo- » luptés » (a),
7.^ Comment encore une fois me seral'-il permis de me rassurer , en entendant ainsi, chaque jour, les chants séducteurs de la Syrène retentir à mon oreille ?
Quoique la foi m'apprenne que tout cela n'est qu'illussion, qu'un jour les esclaves
(^a) Venite : fruainur bonis quœ sunt , vino pretioso et unguentis nos impleainits ; non prœtereat flos ieniporls , coronenius nos rosis antequàm marcescant ; nullum pratum sit quod jion pertranseat luxuria noAra ( Sog. , 2 ).