Livre II L
des passions , parlant des courts momens qu'ils ont passés dans les plaisirs , diront un jour, dans l'excès de leur affreux désespoir : Nous avons marché par des voies pénibles , couvertes d'épines , et nous sommes damnés ; à quoi nous a donc servi notre orgueil, cet orgueil qui nous portait à vouloir vivre sans frein et SâusloV. Quidnobis pro fuit superbia .^ Bien que l'Ecriture nous enseigne encore qu'il n'y a point de paix pour les impies, que l'esprit des tempêtes, l'amertume , la désolation , en un mot tous les fléaux et tous les malheurs seront le partage de ceux qui veulent vivre au gré de leurs passions; malgré tout cela, dis'je, combien n'avons-nous pas à craindre que l'esprit des illusions ne vienne enfin fasciner nos yeux , que notre inconstance ei notre légèreté ne finissent par nous entraîner, comme tant d'autres , dans tous ces faux plaisirs et ces folles pompes du monde , afin de nous perdre sans ressource l
8.° Oui, je le répète , comment ne pas craindre alors que l'esprit ne finisse par s'aveugler en nous, et le cœur par s'amollir et se corrompre, à force d'entendre répéter ces choses? Hélas! nous est-il donc permis de nous croire plus
forts que Samson , plus sages que Salomon et plifS saints que David , quand ces grands hommes, quand ces colonnes de vertus ont été pris eux-mêmes dans les premiers pièges qui leur ont été tendus , ou qui se sont présentés d'euxmêmes sans qu'ils les aient cherchés ?
Ah ! je pourrais me croire moimême plus invulnérable que ceux-là et vivre dans une parfaite sécurité, au milieu des mêmes périls; ou je pourrais dire comme un d'entre ces homm.es étonnans : Je ne serai jamais ébranlé : Non movebor in œternum , après l'affreuse expérience que lui-même a faite de sa présomption. Oh ! non, plutôt je dois le dire avec l'Apôtre , si toutefois je suis dans l'amitié de mon Dieu, que celui qui est debout prenne garde de tomber : Qui stat, videat ne cadat , et m'appliquer à moi - même cette sage leçon,
ç.^Ettelles sont les réflexionsque doivent faire tous les jours vos véritables enfans , ô Marie [ ô sainte Mère de Dieu 1 telles sont celles que fait aujourd'hui mon cher Théophile, au nom de qui je parle, comme je yeux les faire en mon propre nom. C'est ainsi , Reine des cieux, Reine par excellence, et avocate
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des pauvres pécheurs 1 q^ue , redoublant sans cesse de vigilance sur nousmêmes , nous tenant confondus dans l'abyme de notre néant et de nos misères , nous nous élèverons sans cesse vers vous par une foi vive et une confiance sans bornes , afin d'obtenir la grâce de votre secours , vous adressant chaque jour, en union avec 1 Église , cette prière : Salve ^ Regina ^ Mater misericordice , vita , dulcedo et spes nostra , salve I Je vous salue , ô mon auguste Reine î ô ma tendre mère ! ô ma vie , ma douceur et mon espérance l
lo.^ Si jamais jetais assez malheureux ( ce qu'à Dieu ne plaise ) , de perdre un instant de vue le ciel , comme le firent autrefois ces infortunés vieillards de Babylone , et de me laisser prendre dans quelqu'un des pièges dont le monde est rempli : ah l alors , alors surtout je m.e lasserais encore moins de vous le dire , o Marie ! ô mon espérance ! toujours mon espérance , dans tous les temps ; dès que je vous aurais fait entendre ce cri du fond de l'abyme où je serais tombé ^ voici quelle elle serait alors mon espé« rance , c'est que vous poireriez aussitôt 1^
24 Dévotion à la S, Vierge, trouble et l'épouvante dans mon ame , que vous y feriez descendre les remords les plus dëchirans, que vous feriez entendre à mon cœur le tonnerre des jugemens de Dieu , et que vous verseriez l'amertume sur tous ces plaisirs trompeurs de la vie présenie qui m'auraient surpris , afin de me forcer à rentrer séïieuseraent en moi-même , de me porter ou même de me contraindre, par-là, à rompre tous les liens criminels que j'aurais pu former » et me déterminer, par ces salutaires terreurs, à aller au plutôt chercher le remède propre à me guérir, dans le bain salutaire de la pénitence. 1 1.^ Non , ô tendre Marie ! non jamais je ne cesserai , dans quelque circonstance , dans quelque situation , ou dans quelque état malheureux que je puisse me trouver sur la terre , jamais je ne cesserai de vous saluer , de vou5 honorer et de vous invoquer comme ma vie et ma douceur, vita ^ dulcedo , et surtout comme ma douce espérance :
Et spes nostra , iolve!
Ad te clamamus , exuUs Jilii Evœ ;
Malheureux onfans d'une mère couj>âble , condamnés comme elle à un
pénible