‹ Diabète et GrossesseChapitre 12 sur 14 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Nous avons pu recueillir dans le service de M. le Professeur Rathery 6 observations complètes de diabétiques devenues une ou plusieurs fois enceintes et que nous avons pu suivre pendant leur gestation et au cours de leur accouchement. Fu

Chez plusieurs, nous trouvons les différents accidents qui marquent l’évolution de semblables gestations, accidents qui concernent la mère et l'enfant. Enfin, dans deux observations : n°‘ 3 et 5, les deux malades meurent de tuberculose peu de temps après leur grossesse. :

Obs. 1. — Mme D... 25 ans, présente un diabète reconnu en 1932 au décours d’une scarlatine suivant de près un rhumatisme articulaire aigu.

Le 4 janvier 1933, premier séjour : elle a eu un régime incomplet, mal suivi; son amaigrissement est considérable, et elle présente tous les signes majeurs du diabète, avec, en plus, des douleurs épigastriques très vives, une constipation très marquée.

Le pouls est à 112, la T. A. à 10-7 1/2, les réflexes oculaires paresseux, les réflexes tendineux abolis. Les règles sont très irrégulières. À son admission, on

trouve du sucre et des corps cétoniques dans les urines. Le 16 février, le sucre disparaît.

En novembre 1933 : fort malaise avec vomissements, 71 gr. de sucre par litre, réaction de Denigès et Gerhardt positives.

Le 18 janvier 1934 : la malade est admise en coma complet. On apprend qu’elle a interrompu brusquement son insuline le 15, qu’elle a eu une contrariété le 17, suivie de brûlures épigastriques, de vomissements, de syncopes et qu’elle tombe le 18 dans un coma absolu. Le tableau est caractéristique. Dans les urines on trouve du sucre et des corps cétoniques.

Le 18, l’insuline amène une amélioration temporaire, mais il y a une rechute et l’amélioration ne devient définitive que le 19.

Examens du 18 :

urée sanguine : 0 gr. 60 ; sucre urinaire : 45 gr. par litre ; acétone : 1 gr. 08. ;

Examens du 19 :

— glycémie : 0 gr. 86 ;

— glycosurie : 5 gr. 4 par litre ; — acétonurie : 0,077 ;

— acide B oxybutyrique : 0,414.

Le 20, la glycémie est à 1 gr. 72 et à 3 gr. 35 le 24 janvier.

Elle reçoit en mars 1934 : 7 cc. 1/2 d’insuline par jour et sort de l’hôpital.

Malgré ses règles irrégulières, on situe le début de sa grossesse en mai 1934.

En juillet, elle a quelques malaises . linje ection du soir. :

En octobre, la glycosurie a ne.

En décembre : elle a les mêmes quantités d’insuline, mais deux heures après chaque piqûre, elle a des vomissements, du tremblement, une menace de syncope. Tous ces troubles Cp Asenr après ie de sucre.

Le 16 janvier 1935, elle est admise à nouveau à la Pitié. Sa grossesse remonte alors à 8 mois. L’aspectgénéral est satisfaisant ; poids 81 kgs.

Le 20 janvier :

— glycosurie : 35 gr. par 24 heures ;

—— acétonurie : 0 gr. 688 par 24 heures ; :

— acide B oxybutyrique : 1 gr. 713 par 24 heures ;

— glycémie : 2 gr. 19 ;

— urée : O0 gr. 35.

A la fin janvier, les bruits fœtaux ont cessé.

Le 26 janvier, l’accouchement se produit naturellement, dure deux heures. L’enfant est très macéré, pesant 4.000 gr. le placenta pèse 480 gr.

Pour la mère, les suites de l’accouchement sont par- | faitement normales et cie sort de la Maternité en très bon état.

Obs. 2. — Mme D... 30 ans, entre à la Pitié dans le service de M. le Professeur Rathery, le 19 décembre 1932, comme diabétique enceinte.

Son diabète, connu depuis avril 1926, s’est mani-

festé dès le début par une polydypsie intense, de la polyphagie et une glycosurie.

Elle est suivie régulièrement à l’Hôtel-Dieu où, en juillet 1926, sa glycémie est de 2,50. Ses urines contiennent du sucre et des corps cétoniques. Elle est mise au régime avec 350 gr. d’hydrates de carbone et 3 cc. d'insuline. |

Au cours de 1927, la glycosurie est temporaire, mais les corps cétoniques persistent.

De 1928 à 1931, l’état général se maintient. La glycosurie est aux environs de 30 gr. par 24 heures. L’acétone et l’acide diacétique existent en quantités très faibles : 0 gr. 50, ou disparaissent même fréquemment. |

En janvier 1930, elle suit mal son régime, présente de l’acétonurie. L’insuline est portée de 3 cc. à 5 cc. Après quelques signes d’intolérance, elle fait un premier coma insulinique le 13 avril 1930.

Après sa sortie, la malade est suivie ; les règles sont irrégulières, mais il semble que le début de sa grossesse remonte à avril 1931 ; elle présente quelques troubles digestifs.

En mai :

— la glycémie est à 3 gr. 72 ;

— la glycosurie à 40 gr. par litre ; — l’acétone à 0 gr. 33 ;

— l'acide diacétique à 1 gr. 02.

Les dosages des mois suivants sont analogues.

En octobre, une grossesse normale de 6 mois est diagnostiquée dans le service du Professeur Jeannin.

Le 19 novembre, elle est admise à la Pitié.

Le 21 novembre, elle est oppressée, le pouls est à 146 ; il y a hypotonie des globes oculaires.

Le 24 novembre :

— la glycémie est à 5 gr. 36;

— le sucre à 17 gr. par 24 heures ; — lacétone à 0 gr. 66 ;

— l'acide diacétique à 3 gr. 58.

On augmente la quantité d’insuline : 5 cc. 3/4 par jour.

Le 27 novembre, elle est réveillée par des douleurs d'estomac ; on lui donne 1 cc. d’insuline et 20 gr. de sucre. Nouveaux malaises au cours de la nuit.

Les jours suivants sont sans incident. :

Le 15 décembre, la glycémie est à 2 gr. 17. Iln’y a ni corps cétoniques, ni sucre dans les urines.

Le 17 et le 22 décembre, traces de sucre.

L'accouchement se produit dans la nuit du 31 décembre au 1° janvier 1932. A une heure, premières douleurs ; l'enfant naît à midi. C’est un garçon, normal, pesant 3 kgs 800. Il n’y a pas d’excès de liquide amniotique. Le placenta pèse 560 gr.

Il n’y a pas eu d’insuline pendant la durée du travail. À 14 heures, on trouve du sucre dans les urines et des réactions de Denigès et de Gerhardt positives. On lui fait :

2 ce. d'insuline à 14 heures ; 1 cc. 1/2 d’insuline à 17 heures ; 2 cc. d'insuline à 22 heures,

Le lendemain, 2 janvier, il existe du sucre et des

corps cétoniques dans les urines. Elle reçoit : 1 cc. 1/2 d'insuline à 9 heures ; 2 cc. d'insuline à 12 heures,

avec un repas de 200 gr. de pommes de terre.

A 16 heures, la malade tombe brusquement dans un coma hypoglycémique complet, avec signe de Babinski bilatéral. Il n’y a ni sucre, ni corps cétoniques dans les urines. On lui fait du sérum glucosé hypertonien intra-veineux. À 30 cc., la malade sort du coma, elle peut absorber du sucre par la bouche. Le dîner est normal. À 21 heures, le sucre urinaire reparaît.

Le 3 janvier, état normal ; il y a du sucre urinaire ; la réaction de Gerhardt est négative.

Elle reçoit :

1 cc. 1/2 d'insuline le matin ; 1 cc. d’insuline le soir ; et 250 gr. d’hydrates de carbone.

Les suites de couches sont normales ; la mère et

l'enfant sortent en bon état.

Obs. 3. — Mme L.., Suzanne, 32 ans, présente un diabète à début brusque en avril 1929 :

polydypsie ; polyurie (6 litres) ; amaigrissement considérable : 23 kgs en 6 mois. Elle est hospitalisée à l’Hôtel-Dieu en décembre 1929 : ses examens d’urine donnent les résultats suivants :

146 gr. de sucre par jour ;

Ag. 55 d’acétone ; 20 gr. 93 d’acide B none :

Elle reste hospitalisée pendant un mois, au cours duquel on commença l'insuline à raison de 5 cc. par jour en 2 fois. 15 jours après son admission, le 23 oc- tobre, les résultats suivants étaient trouvés :

2 gr. 4 de sucre par 24 heures ; 0,009 d’acétone ; | 0,28 d’acide B oxybutyrique. |

Et à partir du lendemain, les 3 recherches furent négatives. |

À sa sortie, elle a 3 cc. 1/2 d'insuline par jour en une fois, et engraisse en 2 mois de 8 kgs.

Nous la retrouvons en 1930 : en mai elle commence une grossesse qui évolue normalement ; elle est suivie de près pendant toute sa gestation, reste à 3 cc. 1/2 d'insuline quotidiennement. Son régime comprend 200 gr. de pommes de terre et 40 gr. de pain.

L'accouchement a lieu le 28 décembre 1930 à 8 mois ; il est normal ; l'enfant est bien portant.

Depuis son accouchement, la malade reste fatiguée, essoufflée au moindre effort.

En novembre 1931, elle présente de l’acidose et un début de coma. A la radiographie, les deux champs pulmonaires sont assez chargés. On lui fait désormais 4 cc. 1/2 d’insuline en 2 fois.

En février 1932 : elle est à nouveau hospitalisée et présente :

de l’asthénie ; une voix couverte ;

une expectoration abondante, purulente ; à gauche : râles sous-crépitants sur toute l’étendue du champ pulmonaire.

Le diagnostic de bacillose évolutive est porté, et la malade décède le 21 avril 1932, 16 mois après son accouchement.

Obs. 4. — Mme T.…., 29 ans.

Son diabète est reconnu en 1920.

Elle est admise à l’Hôtel-Dieu, dans le service du Professeur Rathery, en août 1928, avec :

glycosurie : 50 gr. par litre ; corps cétoniques intermittents dans les urines.

On établit un régime strict avec 1 cc. 1/2 d'insuline.

Le 15 janvier 1931, elle n’a plus ses règles depuis un mois et présente des nausées fréquentes, de la somnolence, de la céphalée.

Le 26 janvier, la somnolence s’accentue 4 heures après l’injection.

Le 25 mars, la malade est admise à l’Hôtel-Dieu avec une forte céphalée, un pouls à 90, 24 respirations par minute, une T. A. à 15-10,5.

Les urines contiennent des corps cétoniques mais pas de sucre.

On lui donne 250 gr. d’hydrates de carbone et on supprime l'injection d'insuline.

Dans les jours suivants, la céphalée s’atténue et la glycosurie reparaît le 2 avril ; la réaction de Denigès est négative,

La malade quitte l'hôpital le 4 avril ; sa grossesse est normale ; le fœtus bouge normalement.

On ne prescrit plus d’insuline.

Le 14 avril : :

la glycémie est de 1 gr. 33 ;

la glycosurie de 8 gr. 4 par 24 heures É l’acétonurie de 0 gr. 11 ;

l'acide B oxybyturique de 0,24.

Le 1°" juin 1931, la malade est enceinte de 6 mois, fatiguée, présente des traces d’albumine, de la glycosurie, une réaction de Denigès positive. On prescrit 1/4 d'insuline.

Le 3 juin;

glycémie : 2 gr. 08 ;

glycosurie : 22 gr. par 24 heures ; l’acétonurie : 0 gr. 14 par 24 heures ;

l'acide B oxybyturique : 0 gr. 37 par 24 heures.

Il existe des traces d’albumine, des œdèmes des membres inférieurs ; on supprime le régime carné.

Le 8 juillet :

la glycosurie est de 7 gr. 8 par 24 heures ; l’acétone de 0 gr. 09 par 24 heures ; :

l'acide B oxybyturique : 0 gr. 58 par 24 heures.

On prescrit 1/4 cc. d'insuline tous les 3 ou 4 jours seulement, car l’apparition du sucre est temporaire.

L'accouchement a lieu le 18 août 1931 ; la dilatation dure 18 heures ; la durée totale du travail est de 19 heures. On recourt à une application de forceps. L'enfant pèse 3 kgs 210 et naît cyanosé, en état de mort apparente. Au bout d’une heure de respiration

ROY-DAUBAN b

artificielle, on perçoit quelques inspirations difficiles ; il n’y a pas de réflexes. La mort survient rapidement et la ponction lombaire ramène du sang pur.

La mère présente dans les suites de couches une pyélonéphrite très sévère qui nécessite un séjour prolongé à l’hôpital. Elle sort 6 semaines après l’accouchement et reçoit alors 1/2 cc. d’insuline par jour.

Le 13 octobre 1931, les examens sont les suivants :

— glycosurie : 23 gr. ; — acétone : 0 gr. 50 ; — acide B oxybyturique : 0 gr. 29.

On prescrit 3/4 de cc. d’insuline. F

Le 30 octobre, la glycémie est à 2 gr. 25 ; il n’y a pas de glycosurie.

En novembre, avec 3/4 de cc. on ne retrouve plus ni sucre, ni corps cétoniques dans les urines.

Le 19 avril 1934, la malade présente des hémoptysies depuis plusieurs jours, de l’asthénie, une température à 37°8 le soir :

glycémie : 1 gr. 63 ; glycosurie : 2 gr. 9 par litre ; acétonurie : 0 gr. 155 ; acide B oxybyturique : 0 gr. 248.

On ne trouve pas de B. K. dans les crachats.

Obs. 5. — Mme F..., âgée de 26 ans, présente en août 1925, au cours d’une deuxième grossesse (la première a été normale, l'enfant est alors âgé de 4 ans 1/2), une polyphagie et une polydypsie qui la frappent ; elle

remarque que l’urine empèse son linge, mais aucun : examen, ni d'urine, ni de sang, n’est pratiqué.

En mars 1926, au huitième mois, elle accouche d’un enfant mort-né, macéré et de volume exagéré, dit-elle.

En juillet 1926 seulement, on découvre de la glyco- surie ; tous les signes de diabète ont d’ailleurs persisté :

— polyphagie, polydypsie ; — polyurie considérable ; — amaigrissement considérable : : 10 kgs ; — asthénie.

Son histoire ultérieure peut être résumée assez rapidement : admise à l’Hôtel-Dieu dans le service de M. le Professeur Rathery, on trouve, le 18 DHRpre 1926 : RTS.

glycosurie : 65 gr. par 24 heures ; acétone : 1 gr. 580 par 24 heures ; acide B oxybyturique : 12 gr. 60 par 24 heures.

Mise à 120 unités d’insuline, on trouve le 25 octobre :

glycosurie : 69 gr. par 24 heures ; acétone : 0 gr. 320 par 24 heures ; acide B oxybyturique : 0 gr. 880 par 24 heures.

L’examen clinique est normal.

Cette malade est suivie pendant quelques jours, puis perdue de vue. On apprendra par la suite que, dans cet intervalle, elle a eu 2 grossesses:

En 1929, elle est normale ; l’enfant naît à terme, vivant, bien constitué.

En 1931, une autre grossesse se termine par une fausse couche de 2 mois.

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