INFLUENCE DU DIABÈTE SUR LA GROSSESSE
On a remarqué depuis très longtemps que les femmes diabétiques étaient très peu fécondes. Bouchardat disait même qu’au cours de sa carrière il n'avait jamais observé qu’une diabétique devint enceinte. Depuis la découverte et l’application de linsuline, les conditions ont beaucoup changé, et Van Noorden a constaté, sur 327 diabétiques, lPapparition de 31 grossesses ; il n’en est pas moins vrai que les femmes diabétiques, même si elles ont un traitement insulinique, demeurent bien moins fécondes que les femmes normales et que les observations en sont relativement difficiles à réunir.
Pour expliquer cette infécondité relative, on a pensé qu’il existait une certaine synergie entre les fonctions ovarienne et pancréatique ; on a même pu parfois avoir de bons résultats en traitant des diabétiques avec la folliculine.
2° Une diabétique devient-elle enceinte ? Autrefois, avant l'insuline, il était exceptionnel que l’enfant vécût. Dans près de la moitié des cas, un avortement spontané interrompait le cours de cette grossesse, gé-
Ed
néralement vers le milieu de la gestation. Si la grossesse venait à terme, il était fréquent de voir l’enfant mort et macéré dans le cours du dernier mois. Si l’enfant était vivant, il était généralement très gros, pesant 5 kgs, et même 6 ou 7 kgs. Il existait fréquemment une hydramnios considérable, jusqu’à 10 ou 12 litres. L'enfant ainsi né était extrêmement fragile et mourait sans cause apparente dans les heures ou les jours qui suivaient sa naissance.
Toutes les fois où l’autopsie put être faite, on a constaté une hypertrophie considérable des îlots de Langerhans (Allen, Banting).
En résumé, l’enfant de la femme diabétique était presque fatalement condamné à mort, in utero ou in vivo immédiatement après l’accouchement et il était exceptionnel de le voir survivre.
3° Pour la mère, le pronostic était très sombre aussi. Pendant la gestation, ou au cours du travail, le coma diabétique était très fréquent et mortel dans tous les cas.
En dehors de cette principale complication sur laquelle nous reviendrons, l’accouchement devenait presque toujours dystocique du fait du volume de l’enfant, et produisait un traumatisme considérable. Dans les suites de couches, la diabétique restait fragile, facilement infectée, et l'infection puerpérale était assez fréquente.
Enfin, chez une malade fragilisée par son diabète et sa grossesse, une tuberculose pulmonaire est d’appa-
rition facile soit dans le cours de la gestation, soit ultérieurement (obs. n°: 3, 5.).
Depuis linstauration du traitement insulinique dans le diabète, le pronostic est changé, surtout pour la mère, et il est possible à une diabétique de mener une grossesse à terme et d’avoir un enfant vivant. Néanmoins, nous éviterons de porter un pronostic aussi favorable que le montrent les statistiques américaines, de Josilyn par exemple, qui a pu observer 17 grossesses chez 14 femmes diabétiques, non consomptives il est vrai, mises à un traitement diététique seul ; il n’a jamais constaté d’avortement, pas de mort de la mère et 3 fois seulement la mort de l’enfant.
Von Noorden, en associant le régime à l’insuline, perd une malade enceinte sur 37, qu’il a suivies.
Nos statistiques sont moins favorables. Depuis l’application du traitement diététique dans le diabète simple, associé à l’insuline dans le diabète consomptif, le pronostic maternel est amélioré, car le coma diabétique est moins fréquent, et, d’autre part, traité à temps, il n’est plus aussi fréquemment mortel.
Mais la vie de l’enfant reste fortement assombrie par les mêmes complications qu'auparavant et il est assez rare de voir l’enfant d’une diabétique dépasser les 15 premiers jours de la vie. L'avenir de ces enfants est encore grevé par la possibilité d’une hérédité diabétique qui surviendrait dans environ 35 % des cas (M. Labbé).