CHAPITRE I
Fréquence et causes prédisposantes et déterminantes de la tuberculose pulmonaire chez les diabétiques. |
1° Fréquence. k
De tout temps, l’attention des auteurs a été attirée sur la particulière fréquence de la tuberculose pulmonaire au cours de l’évolution du diabète. Barpzey, CooPLAnp, NicoLas et GUEU- DEVILLE en font la fin habituelle du diabétique. Un aphorisme veut qu'un diabétique qui ne suit pas son régime meure de son diabète, et qu’un diabétique qui le suit meure de tuberculose. Sans souscrire à une affirmation aussi pessimiste, nous verrons qu’elle comporte cependant une part de vérité. Les chiffres cités par les divers auteurs sont extrêmement variables et témoignent de la difficulté de faire une statistique exacte. . GRIESINGER remarque déjà que la tuberculose pulmonaire entre pour 43 % dans les causes de mortelité chez les diabétiques. FRERICHS, SEEGEN, s'appuyant sur les autopsies faites à l’hôpital confirment ce chiffre. WiLLiAMSON, s’appuyant sur des constatations cliniques, trouve 28%, de tuberculeux chez les diabétiques. Dès 1908, Marcel LABBé relève dans sa statistique 34 % de décès attribuables à l'infection tuberculeuse des poumons chez les diabétiques. Cependant, les chiffres donnés par les auteurs étrangers sont loin d’être identiques. Les auteurs allemands ne voient la tuberculose pumonaire terminer l’évolution du diabète que dans 8 à 10% des cas. Au Japon MurAyAMA et Yamapucui se rapprochent de ce chiffre (8, 9 %) ; ABra- HAM, en 1927, l'élève à 10 et 15%. Aux Etats-Unis, les chiffres
publiés correspondent encore moins aux constatations européennes : en 1912, MoxrGomery fait remarquer que la tuberculose n’atteint pas les diabétiques avec une plus grande fréquence que les autres sujets. En 1923, Joszin ne la fait plus intervenir que dans la faible proportion de 6 %, dans la mortalité de ces malades. Sa statistique montre que la mortalité par la tuberculose dans les premières années du diabète, décroît, avec les progrès faits dans le traitement du diabète :
Avant 1914 (époque de Naunyn) ............... 181%
1914-1922 (traitement d’Allen), cure de restriction alinéntairé OMR era eee AREA LP CC 6,7%
Après 1922 (époque de Banting), insulinothérapie. 4%
Comment expliquer de telles variations de chiffres suivant les pays ? À ce sujet Marcel LABBÉ, fait remarquer, d’abord que la tuberculose pulmonaire est moins fréquente aux Etats- Unis qu’en France, que les mesures prophylactiques y sont plus sévères et que le diabétique y est certainement moins exposé à la contagion. Si donc la tuberculose des diabétiques aux Etats- Unis est plus rare, ce n’est pas que le diabète y soit mieux traité, mais que la lutte antituberculeuse y est mieux organisée.
Léon BERNARD n'accepte toutefois pas entièrement cette explication ; selon lui, dans l’étiologie de la tuberculose des diabétiques, la contamination joue un rôle bien moins important que le terrain. Si donc la tuberculose pulmonaire se développe chez les diabétiques moins fréquemment en 1912 aux Etats-Unis qu’en France, ce n’est pas parce qu’à cette époque la lutte antituberculeuse y est mieux organisée, mais bien parce que les diabétiques y sont plus disciplinés et suivent mieux le régime destiné à abaisser leur glycémie. Cet argument a certainement une grande valeur et nous avons malheureusement été amené à constater trop souvent l’indocilité des malades français pour ne point croire qu’une discipline plus grande soit susceptible de donner ailleurs de meilleurs résultats. Cependant, en France, depuis que le traitement du diabète s’est encore perfectionné avec l'apparition de l'insuline, loin de diminuer sous l’influence des progrès thérapeutiques, l'importance de la tuberculose pulmonaire comme facteur de mortalité au cours
du diabète a augmenté de façon indiscutable. Comment interpréter ces faits en apparence paradoxaux ?
À. — MORBIDITÉ ET MORTALITÉ TUBERCULEUSE AU COURS DU DIABÈTE EN GÉNÉRAL.
C’est qu’en réalité le diabète est devenu une affection moins meurtrière que jadis. Avant l’apparition de l’insuline, il n’était pas rare de voir mourir un malade atteint de diabète grave en l’espace de 2 ans, alors que l'insuline permet actuellement des Ssurvies importantes et même théoriquement illimitées.
Si donc la tuberculose semble plus fréquente, c’est que les
autres causes de mortalité ont diminué. Les proportions sont changées. Les morts par coma diabétique deviennent plus rares, par contre les causes infectieuses, gangrène et tuberculose surtout, ont proportionnellement augmenté. Il faut donc dis-
tingucr pour éviter toute confusion dans la statistique deux ordres de faits :
a) la fréquence avec laquelle on rencontre la tuberculose chez les diabétiques ou morbidité tuberculeuse chez les diabétiques :
b) l'importance que prend la tuberculose comme cause de mortalité chez les diabétiques : ou mortalité tuberculeuse chez les diabétiques.
Nous avons repris cette étude à l’aide des statistiques du service du PT Marcel Labbé.
a) Morbidité tuberculeuse chez les diabétiques (malades hospitalisés) :
Nombre Nombre de tuberculeux de AT diabétiques diabétiques Morbidité Années hospitalisés hospitalisés tuberculeuse ODA Le A 21 136 15,449, LOS Lee dre 17 118 14,40% (Re EL NA RE 17 185 9,18%
LODEL SSSR, 4 439 12,52%
Di
La fréquence de morbidité tuberculeuse, décroissante depuis 1930, s’est donc montrée en moyenne de 12, 52 %. Elle semble être en nette diminution.
b) Mortalité tuberculeuse chez les diabétiques (malades hospitalisés et malades de consultation) :
Nombre Nombre Décès de de décès par diabétiques chez les tubercu- Mortalité Années observés diabétiques lose tuberculeuse RU nonate se AE 314 46 18 39,493% TOUS 2 ae 323 47 27 57.44% A ANR 654 42 10 23.80% TOrAL, 4 M 1.291 135 D 49,07%
La mortalité par tuberculose durant les années 1930-1931, 1932 atteint done en moyenne 40,07 %.
Ces deux statistiques montrent nettement lintérêt qu'il y a à distinguer :
La morbidité tuberculeuse............ 12,52% De la mortalité par tuberculose. ...... 40,07 % B. — MORBIDITÉ ET MORTALITÉ TUBERCULEUSE