‹ Diabète HyperchloruriqueChapitre 21 sur 40 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(MM. J. Teissier et Paul Courmonr. Soc. méd. hôp. Paris, 6 mai 1904.)

Col... Antoine, 46 ans, charcutier, salle Saint-Augustin, n° 24 (Hôtel-Dieu).

22 décembre 1902. — Le malade entre dans le service parce que, depuis quelques mois, il perd ses forces, a de fréquents et violents maux de reins, de la céphalée, et surtout urine très souvent et très abondamment et est en proie à une soif inextinguible.

Antécédents héréditaires. — Rien de notable.

Antécédents personnels. — Fièvre typhoïde à 13 ans. Pas de scarlatine. Pas de rhumatisme. Pas d'autre maladie fébrile ; pas de bronchite n1 d’hémoptysie. Pas ou peu d’alcoolisme. Il y a huit ans, chancre qui ne paraît pas avoir été syphilitique ; en tous cas sans accidents secondaires consécutifs.

Depuis quelques années, douleurs lombaires assez fréquentes. Le malade les soigne par des vésicatoires; il en a mis plus de douze, les derniers tout récemment.

L'affection actuelle semble s'être accusée au printemps de 1902; à la suite d’un refroidissement (?) Col. eut des frissons, de violents maux de reins et garda le lit quelques jours. Il reprit ensuite son travail, mais ses forces déclinèrent assez rapidement; il a depuis quelques mois des céphalées fréquentes, mais pas les autres petits signes du brightisme, de la bouffissure de la face, un peu d’œdème

malléolaire le soir. Il a pâli. Enfin:il est survenu une soif vive, inextinguible : le soir avant de se coucher, il boit plusieurs litres de liquides (eau ou tisane) et certainement plus de 5 ou 6 litres dans les vingt-quatre heures. L’appétit est conservé, sans exagération. Constipation moyenne. Pas de troubles digestifs. Pas de phénomènes pulmonaires. |

À son entrée. — Facies très anémié, pâle, avec un peu de bouffissure des paupières. Peau sèche et rugueuse.

Pas d’œdème des jambes (il en aurait eu un peu autour des malléoles le soir après la marche). Perte des forces et amaigrissement (66 kilogrammes). Les symptômes fonctionnels sont surtout d'ordre nerveux et urinaire.

Il se plaint d’une soif toujours très vive, d’une polyurie abondante avec pollakiurie, de céphalées assez violentes, avec agitation nocturne, inquiétude continuelle. Quelques crampes; pas d’autres petits signes de brightisme, päs de troubles sensoriels. Pas de troubles digestifs ; un peu d’anorexle; constipation légère. Pas de polyphagie. Pas beaucoup d’essoufflement, même dans le travail; pas de palpitation ; pas de symptômes pulmonaires.

Examen objectif. — Pas de symptômes pulmonaires.

Cœur un peu gros; pointe dans le cinquième espace, un peu en dehors du mamelon. Bruit de galop ébauché à la région mésocardiaque ; pas de souffles; peu d'éclat exagéré du deuxième bruit à la base. Pas de souffles anémiques des jugulaires.

Pouls ample, régulier. — Æypertension 22 à 23 au sphygmomanomètre de Potain.

Pas d’induration des artères superficielles, Langue sèche, un peu saburrale. Estomac un peu dilaté; pas d’hypertrophie du foie ni de la rate. Pas d’ascite. Réflexes rotuliens normaux; pupilles normales.

Pas d’œdème des jambes.

Urines très abondantes, pâles, un peu louches. Albuminurie abondante,

Pas de sucre, pas de pigments biliaires.

Du 22 décembre au 24 janvier, régime ordinaire de la salle ; pas de lait; en plus, le malade boit 3 litres de tisane et L ou 2 litres d’eau.

Durant toute cette période, on fait des analyses complètes de ses urines, le dosage des chlorures, la cryoscopie et les différentes épreuves de perméabilité.

24 janvier. — L'état est toujours le même; aucune amélioration.

Persistance de la polydypsie, de la polyurie, de la céphalée.

Séro-diagnostice tuberculeux très positif.

On ausculte encore le malade, on ne trouve rien de net.

25 et 29 janvier. — Diarrhée légère. Col... se plaint toujours de céphalée, est agité, inquiet de son ee accuse toujours une soif très vive.

Régime lacté mitigé. — T litre 1/2 de lait (le malade refuse d'en prendre davantage), 2 potages, 2 litres de tisane.

3 février. — Légère amélioration par ce régime, un peu moins de polyurie et de polydipsie. Galop très net. Pression, 23 à 24.

15 mars. — L'amélioration continue ; moins de polyurie ; moins de céphalée et d’agitation. Sur les instances du malade, on le met au régime suivant : 1 litre 1/2 de lait ; 5 bols de bouillon ou potages; L litre de tisane; 50 grammes de pain. Pas de viande, n1 de légumes.

23 avril 1903. — La polyurie a un peu diminué (autour de 3 litres), la soif est moins vive, les céphalées moins fortes.

Urines toujours pâles et légèrement troubles.

À part cela état stationnaire. Malgré nous, le malade veut essayer de reprendre son travail, car il se sent un peu plus fort, et quitte l'hôpital.

24 juin 1903. — Le malade rentre à l'hôpital. Il n’a pu travailler; n’a suivi aucun régime. Ses forces ont diminué sans aucun nouvel épisode morbide en dehors des symptô-

EU

mes déjà éprouvés. Mais presque tous les symptômes précédents sont exagérés, sauf la soif qui a disparu.

Amaigrissement de 7 kilogrammes, diminution des parties molles, visible surtout aux cuisses; son corps et ses jambes amaigris et toujours sans œdème font contraste avec sa face bouffie, avec æœdème des paupières.

La peau est plus que jamais sèche, et dans les parties plus épaisses, fendillée et comme squameuse. Le malade se plaint de ne jamais transpirer.

Cœur. — Régulier, galop net. Hypertension.

Rien aux poumons.

Langue saburrale; diarrhée assez fréquente. Anorexie absolue.

Chose curieuse, la polydipsie à fait place à un dégoût pour presque toutes les boissons. Dégoût pour le lait, pour les potions salées qu’on essaie en vain de lui faire prendre pour la chlorurie expérimentale.

Vomissements et diarrhée assez fréquents.

Les troubles nerveux s’accentuent : céphalée, crampes, sensation de froid, de fourmillement. Diminution de la vue. Pas de myosis. Réflexes conservés. Pas de troubles auditifs.

Agitation continuelle. Il est impossible d'imposer un régime quelconque. Etat grave.

Les urines présentent toujours les mêmes caractères, mais ont diminué (2 lit. 500).

20 juillet. — T'état s’est progressivement aggravé. Cachexie véritable; diarrhée fréquente; vomissements parfois incoercibles. Céphalée. Anémie.

Poids 61 kilogrammes. Boit à peine un peu de lait.

Diminution des urines (1 lit. 500); toujours pas d'œdème.

Mort le 5 août. |

Autopsie. — Rein droit microscopique, scléreux, très atrophié (poids 37 grammes), adhérence à la capsule; disparition presque complète de la substance corticale.

axe

— Al —

Rein gauche petit, moins atteint, mais présentant le même aspect (poids 110 grammes).

Foie un peu gras. Rate scléreuse.

Cœur gros (590 grammes), ne paraissant pas altéré à la coupe; rien aux orifices. Rien à l’aorte; pas d’athérome.

Poumons sains; pas de tuberculose du parenchyme ; rien aux sommets; mais symphyse pleurale gauche presque to-

tale.

Examen histologique des organes.

Reins. — Fixation à l’alcool. Eosine hématéine.

Rein G. — Aspect de néphrite interstitielle très accusée. Entre les éléments glomérulo-tubulaires, tissu conjonctif abondant; souvent riche en infiltration d'éléments embryonnaires indiquant une inflammation interstitielle en activité. Ændartérite et périartérite très accentuées sur la plupart des vaisseaux qui sont très nombreux, à paroi très épaissie, à lumière étroite, quelquefois complètement obstruée.

Glomérules. — Certains sont entièrement sclérosés, d’autres en voie de transformation scléreuse, à des stades divers; d’autres moins altérés ont un aspect normal. Mais dans tous les cas, la capsule de Bowmann, ou mieux le tissu conjonctif péricapsulaire forme toujours un anneau épais.

Tubes contournés. — Beaucoup ont un épithélium presque entièrement détruit; dans d’autres les cellules ont notablement diminué de hauteur ce qui augmente la lumière ; elles sont altérées et les noyaux moins colorables. En quelques rares points, les tubes ont un aspect moins malade : cellules hautes, protoplasma granuleux et noyaux à peu près normalement colorés. Donc lésions très inégales.

Les autres canaux du tube urinifère sont plus lésés; on note fréquemment dans leur lumière un cylindre hyalin coloré en rose orange par l’éosine.

En somme : lésions.diffuses; interstitielles prédominantes; artériclles très accentuées; lésions glomérulaires très

fortes «mais inégales.

Épaue

Petit rein D. — Paraît entièrement perdu pour la fonction. La substance corticale est tellement réduite qu’il n’en reste presque plus de traces. Quelques glomérules sont encore visibles, les uns complètement, les autres inégalement sclérosés. Les tubes contournés ne sont plus représentés que par quelques îlots de cellules épithéliales, tassées les unes contre les autres, granuleuses, à noyau presque incolore, ayant perdu leur forme de revêtement tubulaire.

Les tubes urinifères sont représentés par des canaux à épithélium bas dont le noyau est très coloré. Leur lumière est pour tous obstruée par un gros cylindre hyalin coloré en rouge orangé. Ces tubes sont séparés par des bandes de tissu conjonctif adulte. Il existe en outre de grosses bandes scléreuses épaisses et denses, avec, en certains points, de l’infiltration embryonnaire, au sein de laquelle apparaissent des artères très altérées, souvent complètement obstruées, toujours à lumière très rétrécie.

Processus endo-périartérique très intense.

En somme : degrés extrêmes d’une néphrite à lésions diffuses interstitielles et parenchymateuses.

Cœur (fragment de la paroi du ventricule gauche). — Il existe peu de sclérose, du moins au niveau examiné.

Les fibres musculaires sont assez notablement altérées, souvent fragmentées, offrant des modifications de leur striation et particulièrement de leur striation transversale souvent peu visible et même invisible. Ces lésions ne doivent pas être anciennes étant donnée l’absence de troubles fonctionnels de myocardite pendant la maladie.

OBSERVATION UROLOGIQUE

1) Analyses chimiques (faites par M. Nicolas, docteur en pharmacie) en plus des examens chimiques faits au lit du

malade.

17 janvier (1° séjour). 48 janvier.

Volume des vingt-quatre heures 4.700 5.500 RÉACHONT, ES Ron re acide acide Aspect ln tie es jalne pale, din

peu louche. —

NE

x gr. gr.

Urée 5 par litre . À Ê Ê dat QE 6 re bnia4theuresere "27 3 33 0 Chlorures -Aù Bee : 5 ‘Es nee | En % heures. , TA 30 25 , De TRE CONS SARA 0-44 LEE 4:15 HRunEnee Fe SE heures NET: 9 62 SÉDIDe LT andre tite ot C0 DL U0. Er DAMON) GlobUin en EE MEME 2 — ATHHNGSE NS MERS nr CAN RAD 0 Nucléo-albumine . . , . . . 0: 0 SUCTE re fees PE 0 0 Pigmentstbiliaires #24. © 0 0 MUCH EN Sem TE NE en) 0 0 Analyse du 15 mai (R° séjour).

NOEL MEL ARE D Mae. Rois ao DO RÉAGION RS RC ee ee Le D ONE 0 (io) ASDECL HAE DE ire DSi sit LeMoUReVress DAC ° un peu louche gr.

ADAM en PNR En 24 heures... . . 20 Aire Mer it E 0 En 24 heures... . . 405 AMAMIDE Et, SE fes

DECO RMREELr Piosphates tre :

SE EE ER CEE En 24 heures. .1,.-072

LE Noter eo TE

Albumine totale. , .. do

SÉTIR OS M EE ENES 1 ANS 4 à LT EE Der LOU Go DD ET RECU TERME RO 28 — NUCIÉ DE Al DUMINCR ARTE RMS ET ER RE . traces AIDUMOSC HERVE re 0

Analyse spéciale de l’urée.

gr.

DÉCEMPRC RAP ro Tree ea roue AS. 42 —— AT 2 ARE AN Er EL REV INR ES AR ARTRE DT AS — PSE ne ER AE Te er lo 0

Janvier, 7 M MN RER ane NUE Se MU O0 — LEO E RE ES E ELTE ES — JT ET AE PER ON ERA ROSE PET ETES D D — DO a re eo SU EN ART UN PU) — DE Mn NET DO PR AR RRN RE Le LD. mr AE Rod à PV es — AS RE EME DE LS OR ES A EAN EU LES — DAS NE EU PE NE NN ONE re RE D D — DOM Ep TT Ep ah ET RTL ETS Mars, PR TE ee A PNR à.

Mai, AO COUDE ee UT M ane ee ED (D

Analyses spéciales des chlorures (voir le tableau de eryoscopie).

an Chibeitie variant de 15 à 30 grammes.

IT) £Zxamen microscopique du dépôt.

15 mai 1903. — Quelques globules rouges; globules blancs nombreux. Cds hyalins nombreux. Pas de SE lindres épithéliaux ni granuleux.

Tableau indiquant le volume urinaire, le taux des chlorures et les valeurs cryoscopiques.

Page 1