‹ Diabète HyperchloruriqueChapitre 6 sur 40 · I. — Tableau clinique · texte numérisé non relu

I. — Tableau clinique

L'allure clinique de notre syndrome est d'une ressemblance frappante avec celle du diabète sucré.

La polyurie se manifeste très élevée et peut accuser le chiffre de quatre ou cinq litres. La polydipsie se superpose plus ou moins avec elle, et ie malade, en proie à une soif permanente, ingère constamment des liquides.

Des modifications apparaissent du côté de la peau et des muqueuses. La langue se dessèche et la sudation n'existe plus.

La balance met en évidence la perte de poids du sujet qui sent ses forces décliner.

En groupant ces divers signes, le médecin dirige naturellement son attention du côté des urines. Il s'attend à y trouver le sucre, mais les réactifs ne parviennent pas à le déceler.

La recherche des phosphates, oxalates, de l'urée, ele. ne révèle pas l'existence d’un diabète insipide classique.

Le dosage des chlorures, en revanche, montre un taux fort élevé, capable d'atteindre 30 et 40 grammes par Jour, alors que la normale ne dépasse pas 12 à 14 grammes.

More

L'albuminurie marche invariablement de pair avec l'hyperchlorurie.

C'est au cours de la néphrite interstitielle chronique, que s'installent les divers signes que nous venons d'énumérer. La néphrite aiguë pourrait peut-être lui prêter son cadre. Les symptômes de ces affections — du domaine classique — devraient figurer ici pour compléter le tableau clinique du diabète.

L'épreuve de la chlorurie alimentaire, que l'on pralique journellement au cours du brightisme, décèlera le signe qui nous semble pathognomonique de ce syndrome. Nous voulons parler de l’incapacité des tissus à retenir le NaCI et du départ du NaC! constitutif des tissus, hors dé l'organisme, à l’arrivée du NaCI ingéré, ce dernier se retrouvant, du reste, immédiatement dans l'urine.

Ce signe, que nous développerons au cours des observalions, ainsi que l'hyperchlorurie simple et le cortège du diabète sucré sans glycosurie, constituent les symptômes les plus caractéristiques du diabète insipide hyperchlorurique. ;

Il. — Analyse des observations.

C] Observalion 1 (1). — Polvurie, pollakiurie, ébauche de galop. Hypertension, albuminurie.

A 5 est fort au-dessus de la normale. Le bleu de méthy-

lène met 106 heures à s'éliminer. La phloridzine ne déclanche pas de glycosurie.

4) MM. J. Trissrer et Paul Courmonr, Soc. méd. hôp. Paris, 6 mai 1904.

LCR GONE En somme, il s’agit là d’une néphrite interstitielle avec

schéma d'insuffisance rénale très accentuée. L'autopsie

n'a d’ailleurs pas lardé à en apporter la vérification.

Durant l'évolution de ce brightisme, apparaît le plus typique de nos cas de diabète hyperchlorurique.

La décharge chlorurée est excessivement intense : elle se chiffre par une moyenne quotidienne de 20 à 30 grammes. C’est ainsi que, durant les 210 jours d'observation, le malade a perdu 5 kilogs de NaCT.

La peau ne présente plus de sécrétion sudorale et la langue est sèche. Le sujet maigrit et devient adynamique.

Sa soif est très vive et 1l absorbe, le soir avant de s'endormir, des litres de boisson.

Le point le plus intéressant dans l'histoire de ce malade, est le résultat obtenu par l'épreuve de la chlorurie alimentaire.

Les 10, 11 et 12 Janvier, on fait ingérer au diabétique, chaque jour, 10 grammes de NaCI en supplément de son régime habituel. On dose le NaCI excrété durant les trois jours de l'expérience et les trois Jours suivants. Cette sixaine accuse 200 gramnies de NaCI excrétés.

D'autre part, dosage de la quantité excrétée durant la sixaine précédant l'épreuve : 150 grammes. Enfin, dosage durant les six jours qui lui font suite : 150 grammes.

Ainsi, la chlorurie expérimentale, qui avait introduit 30 grammes de NaCI dans l'organisme, en a chassé 90 grammes. Excédent de 20 grammes.

Nous verrons l'importance que revêt cette constata-

DE Ah

tion, pour expliquer la pathogénie du syndrome, établir le pronostic du malade, et aussi, pour instituer un trai-

tement.

Observation II (1). — C'est encore un brightique qui s'offre à nous, rénal ancien qui a déjà séjourné à l'hôpital pour des poussées aiguës. |

Népbrite interstitielle non douteuse. Cependant l’insuf-

À fisance rénale est peu marquée, puisque 5 est normal.

Le bleu de méthylène à mis fort longtemps, il est vrai, à s'éliminer, mais l’auteur, à qui nous empruntons cette observation, considère l'expérience comme insignifiante, car elle à coïncidé avec le moment même où le malade a ingéré de la viande.

La polyurie, assez marquée, s'élève jusqu'à 3 1. 500. La soif est augmentée. Durant les 22 jours d'observation, la moyenne de la chlorurie est de 21 gr. 18. Il existe donc une hyperchlorurie très nette.

La sécheresse des téguments et l’adynamie progressive n'ont pas été notées et les signes cliniques ne sont pas au complet.

Mais le résultat de l'épreuve de la chlorurie alimentaire nous fait classer d'emblée le cas de ce malade dans le diabète hyperchlorurique.

Du 19 au 23 mars, le malade ingère chaque jour 10 gr. de NaCI, sans que son régime, d'autre part, se trouve modifié. Or, le 18, il n'émettait que 21 gr. 1, de NaCE, il devrait donc, les jours suivants, en excréter 31 gr. 1. Ce chiffre est dépassé, il émet : le 19 mars 32 gr. 52, le

(1) Observation [IV de la fhèse de Burthe. Paris, 1902.

20 mars 32 gr. 52, le 21 mars 35 gr. 53 et le 22 mars, 38 gr. 46.

Notons enfin qu'ici, comme dans l'observation précédente, il s’agit d'un tuberculeux, porteur d'un foyer de ramollissement perceptible dans la fosse sous-claviculaire gauche.

Observation IIL (1). — C'est encore un bacillaire que nous présentons ici. Le malade à déjà fait un séjour à l'Hôtel-Dieu, en 1904, pour une pleurésie, dont la nature tuberculeuse ressortit nettement de l'inoculation, de la crtologie et du séro-diagnostic du hquide pleural. :

Dans ses antécédents, on remarque tous les éléments voulus pour conduire au brightisme. Le sujet est peintreplâtrier de profession et naturellement saturnin. Il est devenu paludéen grâce à un séjour au Tonkin. Enfin, c'est un gros éthylique. |

La néphrite interstitielle nettement caractérisée (gros cœur, hypertension, etc.) se différencie de celle de nos deux premières observations, par le schéma d’insuffisance rénale seulement ébauché. L’albuminurie est infi-

nitésimale. Le coefficient 3 1e dépasse pas la normale

et il existe une exagération dans tous les constituants urinaires. L'urée s'élève parfois jusqu'à 70 grammes et les phosphates à près de 5 grammes. On doit cependant écarter toute idée de diabète azoturique ou phosphaturique. Dans ces syndromes, il existe, en général, une modiextrait sec

fication très nette des rapports urologiques | urée

(4) MM. J. Nicoras et Paul CourmonT. Soc. méd. hôp., Lyon, 31 mai 1907.

Page 1