POULS ALTERNANT
Toutes les arythmies sus-décrites (extra-systoles, tachycardies paroxystiques, arythmies sinusales, bradycardies) n'avaient en soi aucune signification pronostique formelle ; nous avons suffisamment insisté sur ce fait
Fig. 555. — Schéma de pouls alternant.
Une pulsation forte alterne avec une pulsation faible.
qu'elles ne constituaient pas, isolées, un facteur pronostique précis, que chacune de ces variétés d'arythmies, suivant qu'elle était purement fonctionnelle ou au contraire lésionnelle, avait une signification tout à fait différente, et qu'en somme le symptôme n'avait de valeur et de signification qu'en fonction de ceux qui l'accompagnaient. Il en est tout autrement des deux arythmies qui nous restent à décrire : le pouls alternant et V arythmie perpétuelle qui l'un et l'autre ont une signification pré-
cise et grave. Le premier étant l'expression d'une dégénérescence myocardique profonde, c'est pour Gallavardin « un signe très important — le meilleur peut-être — de l'insuffisance vcntriculaire gauche », le second de la fibrillation auriculaire.
Le pouls alternant est essentiellement constitué par la succession alternante à intervalles sensiblement normaux, réguliers, équidistants, d'une pulsation forte et d'une pulsation faible. Il n'y a pas arythmie à proprement parler, mais alternance régulière de deux pulsations inégales. Tout au plus la pulsation faible peut être retardée légèrement du fait d'une proj)agation cardio-périphérique légèrement ralentie (fîg. 555).
A la rigueur un pouls bigéminé par extra-systoles pourrait prêter à la confusion, car il présenterait de même une alternance de pulsations fortes et de pulsations faibles. Mais, à l'inverse du pouls alternant vrai, l'extrasystole (systole faible) est plus rapprochée de la systole précédente que dé la suivante ; dans le pouls alternant, la pulsation faible est plus rapprochée de la suivante que de la précédente. Si la palpation et l'auscultation attentives ne parvenaient pas à trancher la question, un simple sphygmogramme assoirait sans discussion le diagnostic.
Le pouls alternant vrai a une signification pronostique des plus graves et Lewis n'hésite pas à le mettre en parallèle avec les soubresauts tendineux, la névrite optique et le rictus sardonique comme signe du plus mauvais augure. Il est d'ailleurs souvent associé à la dyspnée cardiaque, aux accès angineux, au rythme de Cheynes-Stockes. Mais, même isolé, il conserve une signification pronostique très sombre : c'est l'indice certain d'une dégénérescence myocardique profonde, d'un épuisement très avancé du muscle cardiaque.
Quelques observations récentes, de Gallavardin entre autres, semblent de nature à atténuer la sévérité de ce pronostic. Nous avons personnellement observé trois cas nets de pouls alternant avec survie de six mois, sept mois et demi, quinze mois.