LA CONSTIPATION ET SON TRAITEMENT DANS LA PRATIQUE MILITAIRE
Si nous en jugeons par notre expérience hospitalière et les lettres de nos correspondants, la constipation sévit aux armées de façon endémique. Los causes en sont trop évidentes : alimentation surcarnée, pénurie de lé^xuines verts et de fruits, sédentarité relative inhérente à la vie des tranchées, inhibition psychique sur l'origine de laquelle nous aurons à revenir, etc., etc. Nous tenterons d'esquisser un bref exposé — non pas du traitement de la constipation, un volume n'y suffirait pas — mais de quelques mesures simples plus particulièrement recommandables en campagne.
Il n'est pas douteux que le régime alimentaire des troupes, inévitablement composé surtout de viandes fraîches ou de conserves, de légumes
secs, de riz, de fromage, de pain et de vin rouge, est le facteur prédominant de la constipation. Il est à peu près complètement dépourvu d'aliments draineurs, déficitaire en cellulose, laissant, en dernière analyse, trop peu de résidus. Il n'est guère possible de penser à le modifier, autrement qu'exceptionnellement par addition de légumes verts, de salades et de fruits. Mais peut-être ne serait-il pas absolument illusoire de conseiller l'introduction dans la ration de fruits secs : pruneaux, raisins secs, poires et surtout pommes « tapées » qui apporteraient au régime, avec de la variété et de l'agrément, l'apport cellulosique indispensable à la régularisation des fonctions intestinales. Il ne nous semble pas qu'aucune objection sérieuse puisse être faite à cette introduction, dont nous possédons sur le sol national les précieux éléments.
Dans cet ordre d'idées, il y a lieu d'espérer une heureuse influence de la loi récemment votée (25 avril 1916), — mieux vaut tard que jamais, — portant de 74 à 77 p. 100 le taux du blutage des blés. Il faut avoir toujours présente à l'esprit la phrase si suggestive de Lauder Brunton relative aux trois grands exterminateurs des Peaux-Rouges, savoir : l'alcool, la vérole et la farine blanche, cette dernière étant considérée comme génératrice de la constipation et de ses séquelles. Les « Peaux blanches », mieux adaptées qu'elles soient à ces trois fléaux, ne leur en paient pas moins un très lourd tribut. Nous ne pouvons que saluer l'apparition du paiui un peu bis (il ne l'est pas assez encore à notre gré et à notre avis), comme l'indice d'un retour à l'hygiène et à la raison. A quand des mesures similaires pour l'alcool et la vérole?
Pour en finir avec l'hygiène alimentaire, anticonstipante, à défaut des modifications et additions diététiques ci-dessus, on pourrait — j'entends les médecins — incorporer, le cas échéant, aux repas, des exonéra teurs simples, mécaniques, qui ne sont à proprement parler que des aliments draineurs : graine de lin, semences de psyllium, et surtout agar-agar (gélose). Cettedernière est particulièrement recommandable, comme on sait, à cause de ses propriétés hydrophiles. Ces substances ont, de plus, l'avantage de se présenter sous la forme solide et de petit volume si parfaitement adéquate aux transports en campagne.
L'ingestion d'un verre d'eau pure le matin à jeun ou le soir au coucher, voire dans la nuit, est enfin fort recommandable quand on dispose d'une source d'eau non suspecte. L'eau pure prise à jeun est (abstraction faite de ses autres propriétés) un excellent excitant du péristaltisme intestinal.
Nous croyons inutile de rappeler l'influence de l'exercice, de la gymnastique, sur l'excitation des fonctions abdominales évacuatrices. C'est un sujet qui semble épuisé, et qu'ont cependant su rénover récemment MM. Carnot et Glénard. Il n'en est pas moins vrai que si l'accord doctrinal est fait sur l'utilité, voire la nécessité des contractions des muscles périabdominaux (diaphragme y compris), pour le fonctionnement intestinal, la notion n'est pas entrée encore dans la pratique, au moins sous forme d'ordonnance concrète courante. A la vérité, ce n'est pas l'exercice qui manque à l'ordinaire aux combattants, mais, à l'analyse, seuls, un petit.
nombre de mouvements mettent en jeu les muscles dont la contraction e^t précisément et particulièrement favorable à rexcitation des muscles
Fig. 587.
intestinaux ; d'autre part, il faut compter avec le grand nombre des occupations sédentaires tant à Tavant qu*à Tarrière. Pour les uns et les autres
nous croyons utile de préconiser la pratique systématique matin et soir de la série des cinq exercices figurés ci-contre que Ton exécutera à un rythme lent de quatre à douze fois en moyenne. Le IV est un exercice de gymnastique respiratoire (voir figure 587).
Ce sont, nous a-t-il semblé, cinq des exercices synthétiques les plus efficaces.
Il n'est pas douteux qu'il faudra toujours tenter d'obtenir la régularisation des fonctions intestinales par les moyens purement hygiéniques sus-rappelés. Sans être un « danger social », il est bien certain que l'emploi dei» laxatifs et des purgatifs n'est jamais qu'un pis aller. Mais mieux vaut souvent un « pis aller » qu'un « pas aller » — qu'on nous pardonne cet afTreux à peu près. Quel est le praticien qui a pu toujours s'en passer? Donc, si l'hygiène est insuffisante, force nous sera d'avoir recours aux exonérateurs intestinaux artificiels pharmacologiques, alias laxatifs et purjzatifs. On pense bien qu'il n'est pas dans notre idée de les passer ici en revue. Nous nous contenterons de rappeler les quatre dont nous nous .sommes exclusivement servis dans notre pratique militaire hospitalière ; ils ont, à notre avis, le quadruple mérite d'être : 1^ inoiTensifs, du moins dans les cas adéquats ; 2^ économiques ; 3° efficaces et... 4^ réglementaires. Ce sont :
1*^ L'hl ILE DE VASELINE. — Nous écHvions le 24 juin 1914 : « L'action exonérât rire de l'huile de vaseline est incontestal>le, mais inconstante. Elle paraît surtout manifeste et sans inconvénient chez les constipés liyperclilorhydriques ou hypersthéniques à intestin rétracté et spasme, et ( (*ci c\i)lique probablement le succès de l'huile de vaseline choz les An^lo-Scixons, grands mangeurs de viande et buveurs d'alcool. » Ces conditions sont particulièrement fré({uentes aux armées. L'huile de vaseline est donc d'autant plus reconiniandable qu'on la trouve facilement à riieure actuelle à un degré de pureté absolument compatible avec son enii»lf»i interne.
( )n la prescrira à la dose quolidienne (Continuée de 1 à 4 cuillerées à café au réveil (ou au contraire une heure avant le repas du soir). On n'en attendra pas un résultat immédiat, mais, dans les jours qui suivront la première prise, une régularisation des selles par lubrification progressive de ^inte^tin et des matières.
2^ La BELLADONE. — Dc la belladone contre la constii>ation, qu'ajouter aux lignes que lui consacraient, il y a plus de cinquante ans. Trousseau et Pidoux : « Une, deux, quatre pilules, contenant (^liacnne 1 centigramme d'extrait et autant de poudre, sont ordinairement suffisantes ; quelquefois une -impie cuillerée d'huile de ricin ou de magnésie prise le soir, en sus de la belladone, complète TelTet que l'on n'obtiendrait pas avec celle-ci. Lorsque les gard(?-robes sont régularisées et que, chaque jour, en se présentant à la garde-robe tous les jours à la même heure, le malade obtient une évacuation, on suspend l'emploi de l'huile de ricin et successivement on diminue la dose de la belladone, puis on cesse l'usage, »
30 L'huile de ricin susmentionnée est aussi fort recommandable, soit de la manière indiquée par Trousseau et Pidoux, soit plutôt comme exonérateur de début, de a mise en train ». On en fera suivre l'administration soit d'huile de vaseline, prise quotidiennement ou tous les deux jours, ou de façon plus espacée, soit d'huile de vaseline associée à la belladone (10 et 20 grammes d'huile de vaseline, 1 à 3 pilules d'extrait et poudre de belladone ââ 0»^01).
4^ Le sulfate de soude. — 11 nous a surtout semblé indiqué dans tous les cas, et ils sont légion, où la congestion hépatique était marquée. Si l'on recherche surtout l'action éliminatrice, diurétique et dérivatrice, laxative, excito-stimulante, gastro-hépato-intestinale, comme dans l'entérite, la constipation habituelle, la pléthore et la congestion hépatique, ou prescrira de petites doses quotidiennes de 4 à 6 grammes (une cuillerée à café) en solution légèrement hypotonique, dans un demi-litre d'eau à prendre en deux fois, le matin à jeun et dans la matinée.
Si l'on veut obtenir une action purgative franche, exonératrice et dérivatrice, comme dans les congestions, l'intoxication gastro-intestinale, riiypertension, l'urémie menaçante, etc., on emploie des doses fortes en solutions hypertoniques froides. Par exemple, on prescrira : sulfate de soude, 25 à 60 grammes à prendre dans 200 à 250 centimètres cubes d'euu, sucrée ou non.
( >s quatre drogues réglementaires ont fait tous les frais de notre thérapeutique anticonstipante et exonératrice.
5*^ Nous y ajouterions volontiers, le cas échéant, à titre exceptionnel, l'n-Mge des pilules suivantes, dites des frères Saint-Martin :
Exira't de jusquiame 2 centigp.
— de rhubarbe 5 —
— de cascara sagrada 5 —
Evonymiri 5 —
Savon médicinal Q. S.
F. S. A. pour 1 pilule.
l'eux à trois par jour à prendre au moment des repas.
Tels sont, à notre avis, les agents divers les plus recommandables contre lo constipation, dans la pratique militaire. Qu'on nous permette toutefois d'y ajouter une dernière suggestion: l'établissement, toutes les fois que les conditions le permettront, de feuillées soignées, correctes,... engageantes Peut-être n'a-t-on pas toujours présente à l'esprit, lors de l'édification d<^ ees « néressités », l'influence inhibitrice exercée sur les fonctions évacuai triées par un dispositif répugnant et inabordable. Il peut suffire à r«'-fréner les dispositions les meilleures. Il suffirait, de ce côté, de se confonner strictement aux instructions du service en campagne, fort précises <>[ parfaitement adéquates.
CONVULSIONS (CRISES CQNVULSIVES)
Comulsîo, de convellere, secouer;
conlraclions brusques
el involonlaires des muscles.
On désigne couramment sous le nom de convulsions des contractions brusques et involontaires des muscles. Les convulsions toniques consistent en des contractions relativement durables, déterminant une rigidité presque permanente, combinées à des secousses n^entraînant que des déplacements de peu d'étendue. Les convulsions doniques sont au contraire constituées par des contractions plus ou moins régulières d'alternance rapide, se traduisant par des mouvements involontaires d'amplitude plus ou moins grande.
Certains types convulsifs : chorée, athétose, tics^ tremblements, revêtent une physionomie tellement caractéristique que Jeivir diagnostic s'impose sans difficulté. Nous ne les engloberons pas d^fi^ ce chapitre, pas plus que les convulsions partielles, tels le bléplj^fospasme, le torticolis spasmodique et la crampe des écrivains, et d'unie j^i^çon générale les spasmes professionnels. Nous n»* nous occuperons ici ^^i^e ij,es convulsions vraies plus ou moins généralisées.
La seule erreur sérieuse possible de ^Mf^stftt est la simulation, malheureusement trop fréquente. Il est jttî^cjeptionnel qu'elle échappe à un observateur averti et avisé; elle pècl)j« toujours par excès (le sujet « dramatise ))) ou par défaut (le sujet est MO « ftovice »). Nous avons cependant rencontré des « artistes accompli;» w qui ne se sont laissés que très diffi* cilement dépister.
Le constat de convulsion réelle, non simulée, étant correctement fait> reste à franchir la seconde et capitale étape, remonter à la cause.
Le plus souvent, l'histoire clinique, recueillie auprès du malade lui-même ou de son entourage, permet de classer les faits en deux catégories : a) les convulsions se montrent à l'état aigu ; ou b) à l'état chronique, c'est^ à-dire habituel, avec des pauses plus ou moins longues.