DIARRHÉES
2^ Enlériles chroniques ;
a) Cnjplotjènes (9/10 des cas).
b) De cause reconnue: insuffisance digestive (1/10 des cas). 3^ (lancer de r intestin ;
4^> Anémies pernicieuses ;
h^ Colite muqueuse ;
Go Entéro-névroses, goitre exophtalmique ;
7^ Tuberculose ;
8° Intolérance des graisses,
Ouelques signes et symptômes accompagnant la diarrhée permettent })arfois une localisation assez précise de TafTection causale.
La présence dans les selles de sang^ et de pus (selles sanguinolentes^ glaireuses) est caractéristique d'une ulcération du gros intestin, quelle qu'en soit la nature (infectieuse ou néoplasique).
La présence de mucus et de membranes est bien souvent caractéristique d'une entéro-névrose.
On connaît la signification habituelle des selles ^graisseuses (stéatorrhée : insuffisance hépatico-pancréa tique).
La radioscopie bismuthée d'une part, la procloscopie de l'autre permettent d'ailleurs une investigation extrêmement précieuse du segment intestinal (du tube digestif) (voir Techniques).
Bien souvent, d'ailleurs, l'examen direct, grossier, macroscopique des selles fournira les plus précieuses indications. Cet examen clinique le f)lus élémentaire est tout aussi indispensable que celui des urines, de la température ou du pouls. Il faut toujours se faire présenter le « corps du délit » ou du moins la « preuve » et le <c témoin ».
On fera donc toujours recueillir et garder les selles.
On en notera :
Le NOMBRE : 4,6, ..., 100, quand il y a ténesme rectal, comme dans les^ dysenteries.
L'abondance : de quelques centaines de grammes à plusieurs litres, comme dans le choléra et les diarrhées cholériformes, d'où Textraordinairedéshydratation des tissus.
La CONSISTANCE *. séreusc, glaireuse, boueuse, pûteuse.
La COULEUR : brune, comme dans les selles normales ;
Vert foncé : polycholie de certains ictères, certaines diarrhées infantiles,. :i[)res administration de calomel ;
Décolorée, grise, argileuse : ictères par rétention ;
Hou^'e, rouillée : dysenterie ;
Noire, « marc de café » : melaena, bismuth, ratanhia ;
Incolore, séreuse, aqueuse avec grains riziformes : choléra et diarrhées cholériformes.
L'odeur : toujours plus ou moins fétide.
D'une fétidité extrême : diarrhées putrides du botulisme, des dyspepsies
Diagw.slic. 38
gastro-intestinales avec putréfactions, des égoutiers, des anatomisies, des vidangeurs ;
Franchement acide: des dyspepsies gastro-intestinales avec fermentations;
Nulle des selles séreuses.
La NATURE : fécaloïde habituelle ;
Bilieuse ;
Séreuse ;
Aqueuse ;
« Pierreuse » : entérolithes et coprolithes, calculs biliaires.
Ledit examen macroscopique permettra bien souvent de relever la présence d'éléments anormaux :
Vers intestinaux : taenias, lombrics, oxyures.
D* aliments non digérés (lientérie) : indigestion aiguë, hyperpéristaltisme.
De graisses (selles graisseuses) : sous forme de gouttelettes huileuses, de boulettes, de pois graisseux (affections hépatico-pancréa tiques).
De sang:
Rouge (hémorroïdes) ;
Noir (melaena) ;
Raclure de boyaux : dysenteries;
Glaires sanguinolentes : néoplasies ;
De pus : entéro-colites infectieuses et néoplasiques.
De mucus et de membranes: entéro-colites muco-membraneuses, entéronévroses.
De grains: entéro-colites glaireuses.
De glaires riziformes: flocons de cellules épithéliales : choléra et diarrhées choh^rif ormes.
Ce très bref « mémento » montre l'extraordinaire signification séméiologique du simple examen macroscopique des selles. Confronté aux cominémoratifs morbides, aux autres manifestations cliniques (température, état général, troubles digestifs associés, manifestations urinaires, etc.), à Texamen des organes (foie, estomac, intestin, etc.), il permettra le plus souvent un diagnostic rapide et correct.
Dans les cas difficiles il sera complété par l'examen chimique, microscopique, bactériologique des selles (voir Examen des selles), qui s'impose souvent.
fôuç, mal; ^re^iç, coclion, digestion; trouble^ L de la digestion spécialement stomacale, J
Le mot « dyspepsie » est pris ici au sens séméiologique du mot, et s'applique d'une faron générale à tout trouble de la digestion stomacale accusé parle patient ou constaté par le traitant. Nous n'aurions certainement pas eu la présomption d'aborder un pareil sujet diagnostique ^t si vaste et si complexe, — du moins sous cette rubrique en apparence intégrale,— ^ si nous n'en avions trouvé en partie quelques éléments rassemblés dans un article de Cabot, in Differential Diagnosis, auquel nous emprunterons quelques-uns des développements qui vont suivre, et si notre excellent collègue le D*" Léon Meunier n'avait d'autre part consenti t^ nous rédiger un substantiel schéma du diagnostic de l'ulcère et du cancer.
Notre but serait rempli, si le praticien était convaincu, après cette lecture, que les manifestations dyspeptiques, l'indigestion, le vomissement, sont le plus souvent d'origine extrastomacale, qu'une investigation soignée et intégrale de tous les organes est nécessaire, principalement dans tous les cas d'indigestion chronique, et que chez un sujet se plaignant desdits troubles on n'a rien fait, ou pis encore, quand on a collé l'étiquette de <( dyspepsie » et formulé un vague traitement antidyspeptique.
La très grande majorilé des causes de F indigestion n'ont rien d voir avec reslomaCy ou du moins avec une maladie quelconque de l'estortiac. En revanche il n'y a pas dans le corps humain un seul organe qui ne puisse être V origine de symptômes gastriques. Les vomissements de la grossesse, de l'urémie, des tumeurs cérébrales constituent des exemples familiers de cet aphorisme clinique. En fait le cœur et l'estomac, et avec une égale fréquence et un degré égal, peuvent être perturbés par des causes organiques éloignées et légères. L'estomac est aussi souvent exempt de lésions chez les sujets se plaignant de dyspepsie, que le cœur chez les sujets se plaignant de palpitations ou chez lesquels nous constatons de la tachycardie.
Les causes vraiment i* gastriques « d'indigestion, de dyspepsie peuvent presijue être réduites à deux: le cancer et V ulcère. La dyspepsie nerveuse, la n 'vrose gastrique est extraordinairement fréquente ; son ori^jine est exceptionnellement stomacale. Il en est de même de maintes autres
variétés, telles la dyspep.-ie hyperchlorhydrique, la dyspepsie dépendant de la constipation ou symptomatique d*une appendicite^ la ptôse sitomacale dépendant à l'ordinaire d'une atonie générale avec ptôse viscérale multiple, la gastrite éthylique. etc., etc. Bref, la plupart des variétés de dyspepsie ne .'ont pas à proprement parler d'origine gastrique, ne constituent pas des maladies gastriques.
Quelles possibilités cliniques doivent-elles donc se présenter à notice esprit quand un sujet se plaint de symptômes gastriques , et seulement de symptômes gastriques?
1«> S'il s'agit d'une fenmie n'ayant pas atteint la ménopause, on pensera toujours et d'abord à une gravidité possible. On sait que dans ce caa. tout peut s'observer, depuis le simple état naus('eux matutinal jusqu'aux vomissements incoercibles, comme d'ailleurs dans maints états tox*miques (alcoolisme, urémie, saturnisme, etc.). Ces symptômes digestifs sont si fréquents qu'ils méritent de figurer comme petits signes de la grossesse. On recherchera alors les signes classiques (aménorrhée, augmentation de volume de l'utérus, sécrétion de colostrum, etc., etc.).
2° Uurémie ou évidente ou larvée est aussi d'une très grande fréquence, et réalisme bien plus souvent que diagnostiquée. Maints troubles dyspeptiques rebelles, ou bénins (nausées, anorexie, dégoût des aliments) ou graves (vomissements, hématémèses) n'ont pas d'autre origine. On y pensera toujours, en présence de dyspepsie chronique coïncidant avec la présence d'albumine dans les urines, des (edèmes, une hypertension artérielle manifeste, et a fortiori quand l'analyse du sang décèlera un taux élevé d'un'c; sanguine. Mais il faut y })enser surtout, a ijriori^ chez tout sujet (|ui, "ayant franchi la quarantaine, et ayant eu jusque-l:'i « bon estomac », j>er(l l'appétit , a des nausées, voin^ d(i:i> vomissements, jaunit et déj)érit, et ch^^z lequel l'examen gastrique est pratiquement négatif. On recherchera avec soin les signes précédents (albumine, hypertension, cedèmes, hyp(^razotémie), et le traitement anti-néphrétique ap[)rô[)rié lèvera bms les rloutes sur l'origine n'nale des troubles dyspe[>ti(|ues.
!>o L.a tuberculosej pulmonain? ou autre, peut de même être la cause de bien des indigesti(Uis, en l'absence de toute cause gastrique int«;rne (canc<'r ou ulcère ;i ou externe (intoxication alimentaire ou médicamoriteiis(ij. On sait combien frétjuenmumt, à sou stades prémonitoire, la tuberculose revêt le uiciStjUJ' de l'anémie, de la dyspepsi»* ; combien l'anorexicî, l'amaigrissement, sont conuiiuns à cette j)ério(le. On procédera donc, dans ces cas de dysjjepsie » cryptogène », à une investigation soignée dans cettti direction : températun^ matin <^t soir, examen stét hacousiquc^ attentif en chambre silencieuse, examen radioscopi(pi<\
A la vérité l'erreur inverse est aussi commis»», et une crise de dyspepsionévro{)athi(jue avtîc anémie et amaigrisseim'nt trop souvient étiquetée
•sans aucune raison valable : tuberculose pulmonaire. Nous ne saurions ^^sez le répéter : il faut être « réaliste » en clinique, et, comme saint Tliomas, il faut vouloir toucher du doigt, c'est-à-dire vérifier par le contact de nos sens, les misères de nos sujets et les hypothèses de notre -c^sprit.
4° Chez les femmes, un grand nombre d'indigestions sont le résultat •de V inanition. Ici nous ne pouvons mieux faire que de traduire textuellement le chapitre de Cabot, car nous n'avons trouvé nulle part ime meilleure et plus sagace critique de l'abus des régimes chez les dyspeptiques. « Cotte inanition se produit comme suit : quelque chose, il est inutile maintenant de savoir quoi, provoque une perturbation digestive. La patiente l'attribue à un certain aliment, probablement celui ingéré le dernier, précisément avant l'accident. Conformément à cette observation, elle supprime cet aliment de son régime habituel. L'indigestion se reproduit, un nouvel aliment est « accusé » et rayé à son tour de l'alimentation. De cette façon, aliments après aliments sont proscrits jusqu'à ce que le sujet soit réduit à un régime hydrique, d'infusions ou d'équivalents. Nous avons maintenant un cercle vicieux type. La patiente est mal nourrie parce qu'elle est dyspeptique et elle est dyspeptique parce qu'elle est mal nourrie. Nous pouvons rompre ce cercle, en la forçant à se nourrir en dépit de ses plaintes et de ses souffrances. Un estomac mal nourri se plaindra, il doit être nourri néanmoins. Si nous pouvons convaincre le sujet de supporter ses malaises, nous pouvons sincèrement espérer qu'à la fin il rompra sa chaîne, améliorera sa nutrition et se libérera de ses misères. Le malheur est qu'ordinairement le praticien ne croit pas cela lui-même. Il n'a pas vu assez de cas dans lesquels, en forçant le dyspeptique à manger, cet heureux résultat a été obtenu; mais quiconque a l'expérience d'un hôpital très actif sait que ce qui est appelé la « diète », c'est-à-dire la suppression dans l'alimentation de la plupart des aliments usuels, est à l'ordinaire une pratique des plus pernicieuses et conduit à un grand nombre de mis^ères longues et inutiles. La plupart des cas de ce type ne peuvent être guéris par rien autre au monde qu'une alimentation forcée.
« Le plus grand progrès que j'aie constaté dans le traitement des affections de l'estomac au cours de ces vingt dernières années a été la connaissance des causes extrastomacales des troubles digestifs et la direction de la thérapeutique contre ces causes. Ensuite, le plus grand progrès 4i été la proscription progressive de ces régimes étroits et stricts d'où résulte nécessairement une inanition chronique plus ou moins prononcée. Çuoi que nous fassions pour un gastropathe, nous ne devons pas le faire mourir de faim. Nous devons lui fournir une quantité d'aliments suffisante pour satisfaire à ses besoins caloriques et la plus grande erreur du [)assé a été la méconnaissance de cette nécessité élémentaire »>.
r>* La lithiase biliaire est une cause très commune de douleurs
; paroxystiques, très souvent attribuées à l'estomac. Quand le cancer et
, Tulcère ont été et correctement éliminés, on peut dire que c'est presque
> toujours une erreur de rapporter à Testomac une douleur vraiment
i violente. En d'autres termes, les seules affections gastriques génératrices
' de douleurs violentes sont le cancer et l'ulcère. Toutes les autres
variétés de dyspepsie évoluent avec leur cortège habituel, et leurs combinaisons variées de flatulence, brûlures, malaise, nausées, constriction. pression, vomissements, mais sans douleurs violentes.
La lithiase biliaire provoque souvent des crises douloureuses siégeant au creux de l'estomac et non dans la région de la vésicule. La méconnaissance de ce fait banal conduit à maintes erreurs. Si le patient a de: attaques répétées, quelques-unes, tôt ou tard, se localisent ou s'irradieni . à rhypocondre droit, mais, dans les stades préliminaires de la maladie
' une telle localisation manque bien souvent.
I 6<> Uangine de poitrine peut être méconnue et traitée conim<
] dyspepsie, quand la douleur siège à l'épigastre, qu'elle est précédée ei
; accompagnée de flatulence et de renvois, ce qui est fréquent, et qu'elle
j survient après les repas. Ces trois constats d'ordre digestif, surtou
I conjugués, conduisent à maints diagnostics erronés de gastropathiei
{ diverses. L'examen de la pression artérielle, une auscultation soignée
\ une enquête attentive relative aux antécédents et aux conditions provo-
catrices de la crise révèlent à l'ordinaire et d'évidente façon l'existence de l'angine de poitrine. Une des caractéristiques les plus constantes d< l'angine de poitrine est sa production presque fatale sous l'influence ai la fatigue corporelle et de l'émotion, sa sédation par le repos et le calme Les troubles d'origine gastrique n'ont pas ce caractère. Dans la inajoriU des cas, dans l'angine de poitrine, la douleur, si elle débute à l'épigastre e\ y atteint son acmé, s'irradie à la région précordiale et parfois même dan< le bras gauche.
Mais, à la vérité, le diagnostic est parfois fort délicat, du moins au moyin d'un examen clinique élémentaire. C'est que: 1^ maints malaises de localisation manifestement gastrique, l'aérophagie en particulier et les névroses gastriques, s'accompagnent fréquemment de syndromes angineux ; 2° le syndrome angineux (voir Douleurs précordiales) est d'origine et de gravité fort diverses, mais si l'on admet que l'angine de poitrine vraie extériorise toujours une défaillance myocardique ou une lésion aortique et périaortique ou la symbiose si fréquente de ces deux tares morbides, c'est dans cette voie concrète que l'on orientera l'examen clinique. On recherchera les signes objectifs de la défaillance cardiaque et des lésions aortiques, et, si cet examen est négatif, on écartera résolument l'hypothèse d'angor.
7° Crises gastralgiques d'origine tabétique. — Nous devons toujours suspecter la possibilité de l'origine tabétique de crises gastralgiques violentes, paroxystiques, incoercibles, à début brusque, à cessa-
tion brusque. En fait, si, conformément aux préceptes énoncés à Toccasion de l'organisation de Texamen clinique, nous procédons à un examen intégral, si, en particulier, nous n'omettons jamais de rechercher les réflexes patellaires et le signe d'Argyll-Robertson chez tous nos sujets, nous dépisterons bien des tabès méconnus et, partant, rattacherons à leur vraie cause tabétique maintes gastralgies traitées comme des ulcères de l'estomac ; a fortiori devrons-nous y penser pour les gastralgies survenant chez des tabétiques avérés. Toutefois, ulcère ou cancer de l'estomac peuvent coexister avec le tabès ; on peut avoir le « Mérite agricole et la Légion d'honneur ». Le fait de constater le tabès ne] dispensera pas de rechercher les signes de Tulcère ou du cancer.
Signalons en passant, à titre exceptionnel, l'existence possible de gastralgies d'origine syphilitique résultant soit de la configuration dite «en sablier» probablement par bride cicatricielle reliquat d'une lésion spécifique guérie, soit d'ulcérations spécifiques qui semblent rares.
8<) Les dyspepsies fit gastralgies saturnines sont beaucoup plus fréquentes que diagnostiquées. Peintres, imprimeurs, caoutchoutiers y sont particulièrement sujets ; il n'y a guère à y penser au contraire chez les sujets appartenant aux classes non manuelles. Toute dyspepsie sans cause, toute perte d'appétit sans raison valable survenant chez un sujet manipulant le plomb, doit être présumée d'origine saturnine. Si la dyspepsie s'accompagne de colique, d'anémie marquée, si le rebord gingival présente le liséré saturnin, gris plombé, caractéristique, l'erreur de diagnostic est sans excuse. Mais dans les stades prémonitoires on ne peut aller au delà d'une présomption ; en tout état de cause, l'application du principe classique asublalacausâ, lolliiur effeciusu s'imposera; l'abstention de toute manipulation saturnine, une diète et un traitement diurétique et laxatif amèneront, en cas de saturnisme, une amélioration rapide. Le sujet averti prendra ultérieurement telles précautions ou mesures qu'il jugera opportunes.
90 Le cancer du gros intestin déçoit maints cliniciens, même très avertis, quand il se manifeste, comme c'est souvent le cas, par des périodes irrégulières de nausées, de douleurs, voire de vomissements sans symptômes intestinaux notables ou appréciables. Seuls une bouillie ou un lavement bismuthés et une exploration radioscopique méthodique consécutive trancheront parfois le diagnostic.
La simple obstruction stercorale des atoniques et des vieillards peut d'ailleurs donner naissance à des accidents de tous points similaires. Nous garderons toujours le souvenir d'un malade que nous observâmes dans le service du regretté Landrieux dont nous étions à ce moment l'interne. Agé d'une soixantaine d'années, ce sujet, cachectique, anémié, jaune paille, présentait à la palpation une tumeur grosse comme le poing entre l'ombilic et l'hypocondre droit; les troubles digestifs étaient très accusés: anorexie, dégoût de la viande, vomissements fréquents, constipation, etc., etc.
Dieulafoy, du service duquel il sortait, avait porté le diagnostic de cancer de l'estomac, qui nous semblait évident. Les mois s'écoulèrent sans apporter de changement notalile à la situation, quand, un jour, une forte dose d'huile de ricin détermina l'évacuation de plusieurs vases de « boules stercorales », la disparition de la tumeur abdominale et T amélioration rapide des troubles digestifs. Nous revîmes le sujet dans les années qui suivirent ; l'amélioration s'était maintenue.
lOo Les affections organiques du système nerveux, V artériosclérose, sont bien souvent génératrices d'indigestion : les céphalée?, les vertiges, qui accompagnent fréquemment les indigestions dans ces cas, devront attirer l'attention sur les artères, les reins, le cerveau. On w rappellera que les lésions cérébrales scléreuses, spécifiques, néoplasiques. peuvent provoquer pendant des semaines, voire des mois, des céphalées du type dit « bilieuses » et attribuées à l'indigestion ou, si elles sont unilatérales, décorées du nom de « migraines ». Ces erreurs seront évitées par un interrogatoire attentif, la mesure de la tension artérielle, l'examen des urines, l'examen du fond de l'œil, la recherche des signes si souvent méconnus du malade ou dissimulés (paresthésies des extrémités, petites crises transitoires de parésie, d'aphasie, d'obnubilation, de secousses convulsives, etc.).
11° La gastrite étbylique si extraordinairement fréquente en certaines classes de la société, et pas exclusivement chez les plus humbles, se diagnostiquera aisément pour peu qu'on y pense : a) par la constatation des signes ordinaires de l'éthylisme chronique : tremblement des extrémités, excitabilité anormale, modifications diverses du côté des muqueuses, etc., etc. ; b) par la notion des commémoratifs d'intempérance habituelle, qui doivent être recherchés avec beaucoup de soin, el en Ions milieux, par une enquête minutieuse relative à la diététique des boissons ; c) par la nature des troul)]es dyspeptiques : anorexie, dégoût des aliments, et surtout vomissements muqueux matutinaux (pituites) souvent si carartéristiques ; d] parfois enfin par la coexistence d'autres manifestations viscérales dérivant directement ou indirectement de l'éthylisme : cirrhoses du foie, artériosclérose, dégénérescence mentale progressive, etc., etc.
1*2« In type clinique des plus fréquents, surtout chez la femme, est enfin le syndrome dyspeptique gastro-intestinal suivant :
Appétit faible ou capricieux, sensation de gène, de pesanteur, de tension stomacale, pendant la période digestive se prolongeant un temps variable ; stase alimentaire stomacale s'accusant en clinique, outre les sensations précédentes, par des régurgitations alimentaires plusieurs heures après les repas, par du clapotage de l'estomac le matin à jeun ; fermentations gastro-intestinales, ballonnement apn's les repas, éructations. Les malades se disent grandement soulagés par les « renvois >» et
insistent beaucoup sur ce point. Le plus souvent la paresse intestinale est manifeste, la constipation .habituelle, coupée parfois de crises diarrhéiques, l'entéro-colite muco-membraneuse est fréquente, ainsi que les retentissements hépatiques (subictère, congestion douloureuse du foie, etc.) ; souvent les malades viennent consulter pour des troubles cardiaques (palpitations, tachycardie, etc.), pour des troubles nerveux plus ou moins bien définis : migraines, malaise général, vertiges, céphalalgie, asthénie générale, psychasthénie.
A l'examen on constate de façon à peu près constante le relâchement de la paroi abdominale, la diminution de la tension normale de l'abdomen ; la palpation donne une sensation particulière de mollesse, d'atonie ; elle ne détermine aucune réaction de défense, de tension réflexe. Inutile d'ajouter que les ptôses viscérales sont constantes : abaissement du rein, du foie, de l'estomac, voire de l'utérus.
L'hypotension artérielle estquasi constante; le syndrome hyposphyxique fréquent ; l'insuffisance respiratoire est la règle.
A se placer au pur point de vue clinique il semble que l'on puisse étiqueter : dyspepsie gastro-intestinale byposthénique (hypomotrice et hyposécrétoire), avec stase, fermentations, ptôse et retentissements divers (hépatiques, cardiaques, rénaux, nerveux).
Nous le répétons, peu de types cliniques sont aussi fréquents chez la femme et les travaux multiples qu'ont inspirés les ptôses viscérales, la dilatation de l'estomac, le rein mobile, la dyspepsie flatulente, etc., etc., cas particuliers du grand type précédent, le prouvent assez.
A la vérité, ces types sont des insuffisants circulatoires, respiratoires, ncuro-musculair«s au même titre qu'insuffisants jiigestifs ; ce sont des hyposthéniques généraux, toutes leurs fonctions organiques sont inférieures à la normale (voir Hyposphyxies).
Après cette longue énumération, si longue et si incomplète, des causes possibles de dyspepsies et de gastralgies, il nous reste à mentionner les causes et les plus banales et les plus importantes à notre avis; c'est par elles que nous terminerons.
Les quatre premières sont fonclionnelles ; ce sont :
1^ La mauvaise dentition ;
*2^ La tachyphagie ;
3" L'aérophagie ;
4" Les psychonévroses et les dépressions mentales, le surmenage.
Les deiLT dernières sont lésionnelles ; ce sont :
1^ L'ulcère ;
'2^ Le cancer de l'estomac.
La mauvaise dentition si extraordinairement fréquente, en particulier dans les classes non aisées de la population, est une cause banale et trop évidente de dyspepsie, et il faut malheureusement le dire, trop
souvent méconnue. Des sujets vous arriveront porteurs des prescripiioi diététiques les plus rigoureuses et des formules de cachets les plus savanU chez lesquels on n'aura oublié|qu'un point, celui d'examiner la mâchoir premier stade, et nécessaire, de tout examen de l'appareil digestif.
La tacbypbagie marche de pair avec la mauvaise dentition; rappeler à ce sujet les pénétrantes et tenaces études de Fletcher. I rééducation masticatoire sufHra à guérir un très grand nombre de d; pepsies.
L'analyse clinique la plus élémentaire permet en effet d'établir deux lois suivantes :
Un individu masiiquani corredemenl ses aliments n'est presque janu un dyspeplique (exception faite des écarts trop manifestes de régime).
Un individu masiiquani insuffisamment ses aliments est toujours dyspeptique.
Conclusion pratique : chez tous les dyspeptiques, et quelle que soit forme de leur dyspepsie, commencer la prescription par la formule qu traditionnelle et souvent négligée parce que banale : manger tenterm mastiquer longuement, insaliver avec soin les aliments.
L'aéropbagie est bien souvent associée à la tachyphagie, et doi naissance à des accidents dyspeptiques similaires de lourdeur, de g< flement, de météorisme, avec parfois des manifestations cardiaques, dyspnée, de palpitations, voire d 'extrasystoles, qu'expliquent ti facilement les rapports de la grosse tubérosité de l'estomac et du d phragme. La constatation du réflexe aérophagique inconscient, la p cussion de l'aire de Traube, assurent rapidement le diagnostic.
Les psychonévroses, les dépressions mentales, le surmena
enfin donnent lieu à des manifestations dyspeptiques banales, soit eh niques, soit au contraire oscillantes comme l' « humeur » même. Ç les causes morales influent puissamment sur la digestion stomacale qu'inversement les troubles digestifs stomacaux influent puissamm< sur le « moral », sur V « humeur », c'est une évidence clinique que le vie mot d' « hypocondrie » exprime bien et que l'observation la plus ban démontre.
Les anciens auteurs, Ghomel et Grisolle, par exemple, faisaient de dyspepsie une névrose de l'estomac. Les études organicistes, anaton pathologiques et chimiques ont pendant longtemps écarté cette concc tion qui n'a cependant jamais été complètement abandonnée. Les ti vaux les plus récents y ramènent ; il est incontestable que le systèr nerveux règle dans la plus large mesure la sécrétion et la motricité si macales, que l'estomac est un des organes les plus sensibles de l'éconon et sur lequel retentissent plus fréquemment, par l'intermédiaire du plex solaire, toutes les causes de perturbation nerveuse, dépressives ou ex tatrices.