COMME SOMNIFÈRES
Le chloral et la morphine sont probablement les deux hypnotiques les plus employés, et à juste titre. Il ne faudrait pas croire, toutefois, qu'ils sont interchangeables. Si on peut quelquefois les associer avec avantage^ le plus souvent, en revanche, ils répondent à des indications très différentes et ne doivent être prescrits quli bon escient.
Le chloral et la morphine sont des hypnotiques et, semble-t-il, des hypnotiques direcls, c'est-à-dire provoquant le sommeil par action élective, directe, sur la cellule nerveuse. C'est là, à peu près, leur seule propriété commune. En effet :
lo L'opium el son dérivé^ la morphine y sonl, à doses modérées, et Sydenham l'avait déjà bien vu, des loni-cardiaques ; sous leur influence, les battements du cœur deviennent plus amples et plus puissants ; la tension artérielle s'élève ; les circulations viscérales sont plus actives.
Le chloral, au conlraire, est un dépresseur cardio-vasculaire ; sous son influence, les battements du cœur deviennent plus faibles et plus lents, la tension artérielle s'abaisse, les circulations viscérales sont ralenties ;
2° Dans un premier stade, tout au moins, V opium et la morphine provoquent des phénomènes d'excitation cérébrale (mise précisément à profit par les morphinomanes), vraisemblablement par hyperémie cérébro-méningée et action nerveuse directe. Le sommeil provoqué s'accompagne souveiil de rêves ; il revêt parfois le caractère du sommeil vigile.
Le sommeil chloralique n'est, au contraire, précédé d'aucune période d'excitation ; il est, de tous points, comparable au sommeil normal, comme caractère et comme durée ;
S*» La morphine est, enfin, un analgésique de premier ordre; c'est le médicament-type de la douleur.
Le chloral n'est, au contraire, ni analgésique, ni anesthésique ; les douleurs empêchentle sommeil chloralique de se produire, les bruits violents réveillent le malade.
Telles sont les caractéristiques différentielles les plus spécifiques du chloral et de la morphine. Indications et contre-indications respectives en découlent logiquement.
La morphine, toni-cardiaque et vasculaire, stimulant au moins temporaire
des fondions cérébrales, analgésique de premier ordre, sera spécialemenl indiquée dans les insomnies subordonnées ou associées à une hyposlhénie neuro-vasculaire ou à une affection douloureuse,
A ce titre, elle trouvera son emploi dans les insomnies douloureuses en général sous la dépendance de névralgies ou de viscéralgies, dans le tabès, dans le cancer, etc. Toutefois, dans ces cas, afin d'éviter ou de retarder le plus possible le risque de la morphinomanie, il sera bon de n'y recourir qu'après avoir épuisé la gamme des analgésiques purs (exalgine, phénacétine, antipyrine, salipyrine, etc.).
Dans les insomnies des anémiques el des aslhéniques (inanitiés, convalescents, typhiques, pneumoniques, etc.), des hgposgsloliques, des hypotendus, la morphine, associée ou non à des toni-cardiaques, sera encore l'hypnotique de choix.
Dans ces cas, le chloral, au contraire, se montre inefiicace et sera le plus souvent nocif.
En revanche, dans les insomnies dites nerveuses, sous la dépendance du surmenage, de V hyper idéal ion, des préoccupations, de l'excitation mentale, de la manie, de l'alcoolisme, de la congestion méningée, de l'hypertension artérielle, la morphine non seulement sera inefficace, mais souvent dangereuse. Le chloral, au contraire, sera Vhgpnotique de choix.
Il existe, enfin, maintes espèces cliniques hybrides, maintes insomnies mixtes, qui légitiment plus ou moins l'association des deux drogues.
Telles sont, par exemple, les insomnies des anémiques surmenés, les insomnies douloureuses des hypertendus (névralgies chez un scléreux), etc. Dans ce cas, l'association chloral-morphine ne réalise peut-être pas la solution pharmacodynamique idéale, mais c'est une solution logique.
Si l'on voulait résumer en une phrase concise les notions précédentes, on pourrait dire :
L'opium et la morphine sont indiqués dans les insomnies associées à Vhgposthénie neuro-vasculaire ou à la douleur; le chloral, dans les insomnies liées à Vhyperslhénie neuro-vasculaire sans algies.
LOMBAIRES (DOULEURS) RACHIALGIES
[px^i^, épine du dos;~\ a>.Yo;, douleur. J
l'eu de symptômes fournissent un pourcentage d'erreurs plus élevé {[ue les douleurs lombaires, « maux de reins o du public, « back-ache » fies Anglais. Nous avons vu personnellement — le fait est à peine croyable et pourtant rigoureusement authentique — un « lumbago a simple étiqueté mal de Bright (inutile de dire que l'examen ne décela ni albuminurie, ni cylindrurie, ni hypertension, ni augmentation du taux de l'urée sanguine, etc.} et inversement un u mal de Pott » évident de la région dorsale inférieure « avec abcès par congestion s étiqueté « lumbago n.
Les raisons de ces erreurs sont multiples :
D'abord et surtout, la déplorable et très courante habitude de ne pas explorer directement et de visa la région douloureuse. 11 est exceptionnel de voir explorer méthodiquement la région lombaire chez un sujet se plaignant de M douleurs de reins ». Or il est peu de régions qui nécessitent un examen plus complet et plus méthodique, car en bien peu peuvent s'extérioriser douloureusement des affections de siège et de nature plus divers. C'est qu'en effet, si une des caractéristiques analomiques de ladite région est h
sence de l'énorme masse musculaire je^ spinaux du côté rciadié (P. Dcssacro-lombaire, véritables muscles de fosses). la station verticale, si fréquemment
rendue douloureuse par les processus les plus variés, il convient d'avoir présents à l'esprit les systèmes anatomiques régionaux suivants :
Fig. 709. — Musculature lombain
1° Région musculaire : masse musculaire sacro-lombaire ; "i" Système osseux vertébral et articulations sacro-iliaques ;
3" Moelle, rachis, système nerveux ;
4" Organes para vertébraux:
aorte, ganglions ;
5° Viscères abdominaux et plus particulièrement : reins, rate, foie, côlons, utérus.
En présence d'un sujet se plaignant de douleurs de reins, on découvrira donc la n'gion lombaire, et on procédera à l'examen systématique des divers systèmes sus-énumérés.
1° La paau, parfois siège d'un zona plus ou moins étendu,
2° Le ayatème musculaire sacro-lombaire : la palpation, l'inspection dans diverses positions, en particulier verticale, les mouvements d'anléflexioii, d'extension, de toi-sion, de latéro-llexion, mettront souvent en évidence le .«iégc réellciiient musculaire de la douleur, douleur lombaire mus-
ri)f. 710. — Muscles spinaux.
cuiaire vraie pour laquelle sembla devoir être réserve le nom de lumbago,
mais qu'on jieut rencontrer dans des circonstances cliniques très diverses : a) LrM[iA<;o aigu après elTort de redressement violent, après soulève-