I. — LA CONSTITUTION ÉMOTIVE
M. Dupré [Acad. de méd., 2 avril 1918) a proposé, depuis plusieurs années, d'individualiser, sous le nom de consliiulion émotive, un mode particulier de déséquilibre du système nerveux, caractérisé par l'éréthisme diffus de la sensibilité générale, sensorielle et psychique, par l'insufïîsance de l'inhibition motrice, réflexe et volontaire, et se traduisant par des réactions anormales dans leur degré, leur diiïusion, leur durée, leur disproportion avec les causes qui les provoquent.
L'hyperémotivité, normale chez le nourrisson, très fréquente chez l'enfant (nervosisme infantile), disparaît chez l'adulte par le développement progressif des voies d'inhibition, qui assurent l'équilibre et la stabilité du système nerveux. Le plus souvent constitutionnelle et d'origine héréditaire, l'émotivité morbide peut être acquise et relever de causes pathogènes infectieuses, toxiques et surtout traumatiques : commotions et émotions intenses ou répétées.
L'émotion, en effet, sensibilise souvent le système nerveux vis-à-vis des émotions ultérieures, et, par une sorte d'anaphylaxie émotive, peut créer Témotivité constitutionnelle. A l'opposé de ces cas, on peut observer, chez des sujets bien équilibrés, une accoutumance progressive à toute une série d'émotions, conférant ainsi, par la répétition même des chocs affectifs, une remarquable immuniié émotive.
La constitution émotive se caractérise par une double série de signes permanents, physi(jues et psychiques :
Signes physiques. — Ilijperréflectivité diffuse tendineuse, cutanée et pupillaire. Hyperestliésie sensorielle, avec réactions motrices vives, étendues et prolongées, principalement dans les domaines mimique et vocal. Déséquiiibre moteur : spasmodicité viscérale : pharyngo-œsophagisme, gastro-entérospasme, cystospasme avec pollakiurie, palpitations. Tremblement émotif sous ses multiples aspects : trémulation des extrémités, tressaillements, tressautements, sursauts, frissonnements, claquements de dents, bégaiements, myoclonies passagères, tics, etc. Intiihitions fonctionnelles et impotences motrices transitoires : dérobement des jambes, mutisme, relâchement des sphincters. Déséquilibre circulatoire : tachycardie occasionnelle, souvent permanente et paroxystique ; instabilité du pouls. Alternatives de vaso-constriction et de vaso-dilatation
périphériques, dermographisme. Les rapports de ces troubles circulatoires, principalement de la iachycardie permanente^ avec certaines formes d'hypertension artérielle, restent à déterminer, surtout chez des sujeb^i indemnes d'artériosclérose et de lésions rénales. Déséquilibre thermique : variations objectives, appréciables à la thermométrie locale, et sensations subjectives de chaleur et de refroidissement, principalement aux extrémités. Déséquilibre gtandutaire : variations, spontanées et provoquées par les chocs émotifs, des sécrétions sudorale, salivaire, lacrymale, gastrointestinale, urinaire, génitale, biliaire. Troubles de la réflectivité inlerviscérale, pSiT association, dans le domaine des grands appareils, de spasmes, de troubles sécrétoires, d*excitation ou d'inhibition fonctionnelles, déterminés par des réactions réflexes anormales s'exerçant d'un organe sur un autre, le long des voies vago-sympathiques ou cérébro-spinales.
Signes psychiques. — Impressionnabilité, énervement, inquiétude, anxiété, irritabilité, impulsivité. Plus ou moins continus ou rémittents, souvent paroxystiques, ces états morbides alternent ou s'associent entre eux, et constituent un fonds permanent, un terrain, sur lequel apparaissent et se développent les syndromes émotifs : timidité, scrupules, doutes, obsessions, phobies, états anxieux simples ou délirants, angoisses, anomalies émotives psycho-sexuelles. Dans les cas plus graves apparaissent des accès de mélancolie anxieuse, des états obsédants chroniques avec passage aux délires incurables d'auto-accusation, d'hypocondrie, de négation.
L'émotivité constitutionnelle, qui peut s'allier d'ailleurs aux états normaux ou supérieurs de l'esprit et de l'afTectivité, s'associe fréquemment à d'autres états névro-psychopathiques, notamment à la neurasthénie et à l'hystérie, avec lesquelles elle présente d'intéressants rapports de combinaison et de succession, mais dont elle doit nettement être distinguée.