OBSERVATION III
(Résumée etextraite des Comptes-rendus de la Société Medicale des Hôpitaux (6 novembre 1903). MM. Léopold Lévr et MALLOIZErL..
Il s’agit d’une pleurésie séro-fibrineuse avec épanchement d'un litre ayant évolué chez une femme de 28 ans, au cours d'une fièvre lyphoïde atténuée, dont elle absorbait presque toute la symptomatologie.
Le liquide pleural était stérile ; il agglutinait. L'examen cytologique a montré un liquide histologiquement purulent. A côté de très nombreux polynucléaires existait une quantité de gros mononucléaires à gros noyaux, dont un grand nombre présentaient Loules les formes de transition entre les cellules endothéliales et le monocluéaire type. Il n’y avait pas de placards endothéliaux.
M. Mosny regrette que M. Lévi n’ait pas pratiqué d'inoculation aux cobayes; en l'absence de cette investigation on ne peut repousser l'hypothèse d’une tuberculose possible. Certaines pleurésies fugaces, séro-fibrineuses, avec polynucléaires et quelques cellules endothéliales, durant 15 jours à peu près, sont reconnues tuberculeuses par l’inoculation.
OBSERVATION IV (Due à l’obligeance de M. le professeur agrégé Paul Courmonr.)
. Anna C..., 15 ans, fleuriste, demeurant rue de la Charité, ne 64, entre à l'Hôlel-Dieu, salle des Premières-Femmes, le
15 décembre 1896. Son père et sa mère sont en bonne santé, Son frère et sa sœur sont entrés le même jour qu'elle à l'hôpital, pour les mêmes malaises. Rien à signaler dans ses antécédents personnels. Elle n’a jamais eu de maladies l'ayant retenue au lit. Elle est réglée, depuis deux ans, régulièrement. Elle est forte et très développée pour son âge. Elle habitait avec ses parents rue de la Charité, mais travaillait dans un magasin, rue Saint-Pierre, où, du reste, elle ne prenait pas ses repas.
C'était chez ses parents qu'elle s’alimentail.
Il n’y a pas de puits dans la maison.
Depuis huit jours, elle se plaint de maux de tête el de bourdonnements d'oreille. Elle éprouve des frissons, des étourdissements et tousse beaucoup. La toux est même le symptôme dominant. Sa mère lui fit, sur la poitrine et le dos, des applications répélées de teinture diode.
Au moment où elle arrive dans le service, l'état de Anna G.,.,estle suivant: elle est abatlue, dort constamment, les pommettes sont très rouges, les pupilles dilatées. Elle accuse des douleurs dans le ventre, des maux de tête et une toux pénible.
Nous constatons des taches rosées Lrès larges, disséminées sur toute la poitrine, rares sur l'abdomen. Ballonnement abdominal très accentué. Douleur à la pression et gargouillement dans la fosse iliaque droite. La matité splénique s'étend sur une hauteur de dix centimètres, environ ; une très petite ulcération sur le voile du palais. La réaction de Vas pratiquée le même jour, est tout-à-fait positive.
A l'auseullalion, il y a des râles muqueux dans l’étendue des deux poumons, sonorité et vibralions normales.
Rien au cœur. Le pouls est à 100. La température à 39%, 4
Les urines rares, très fortement colorées, contiennent un disque très accusé d’albuminurie, des urates, pas de sucre. Le traitement suivant la méthode de Brand est immédiatement institué. Bains toutes les trois heures, à 250, durée 15 minutes; boissons alcoolisées abondantes. La température continue à monter et,le surlendemain, atteint 400,6 ; la température des : bains est portée. successivement, à 220, puis à 200 et à 180; sie Sur la tête et sur le‘ventré (Pas de délire).
Le 18 décembre, les températures prises immédiatement après le bain étaient presque constammentsupérieures à celles qui précédaient le bain de 4 ou 2 dixièmes.
L'état asthénique s’accentue, la malade à un peu de contraeture des membres supérieurs. Toux toujours très forte, expectoralion muqueuse.
Le 19 décembre, la tempéralure des bains est portée à 15e. Les crachats sont sanguinolents. La respiration est soufflante dans les deux poumons, surlout à gauche. Matité à la base gauche. Exagération des vibrations thoraciques. ‘
Le diagnostic de pneumonie gauche avec congestion du poumon droit est porté. Le pouls à 140.
Le 21, la température oscille toujours entre 3808 el 4002.
On constate, à l’auscultation, un souffle dur au sommet gauche. La respiration à droite est aussi très rude et souffante.
Le traitement est énergiquement continué ; la malade saute deux bains dans la journée.
Le 22, la fièvre reprend sa marche ascendante.
Le 24, elle cède un peu, les crachats sont moins rouillés, la malade a de la dyspnée, de la peine à expectorer. Mais le pouls est à 150. L’adynamie s’accentue. Cyanose des extrémilés, syncope dans le bain. Elle meurt dans la nuit.
Autopsie le surlendemain.
Le poumon droit pèse 400 grammes.
Le poumon gauche 870 grammes.
Il y à, duns la plèvre gauche, un épanchement de liquide
citrin pouvant être évalué à 200 grammes environ. Sur la plèvre pariétale el viscérale des néomembranes très fragiles, blanclâtres.
Tout le lobe inférieur du poumon gauche est induré et le tissu pulmonaire, friable, se laisse facilement déchirer par le doigt. Il est d’une couleur brun rougeûtre. A la coupe le parenchyme est granulé ef laisse échapper un liquide épais, rougeàtre. Au microscope, on voit que les alvéoles sont distendues, l’'épithélium est détaché et les cellules épithéliales, mêlées à des globules rougès, sont emprisonnées dans un réticulum fibrineux.