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Au poumon gauche, œdème très accentué, pas de point nettement hépatisé. La coupe est lisse et sans granulation.
Par la pression on fait sourdre un liquide spumeux abondant.
La rale pèse 240 grammes, très -diffluente, tissu couleur lie de vin. ‘
Le cœur pèse 270 grammes; pas d'altération valvulaire.
Rein droit, 150 gr. ; gauche, 140. Les deux reins sont conges- Lionnés.
Le foie pèse 1.600 gr.
Intestin : il y a de nombreux ganglions mésentériques ; la muqueuse intestinale est congestionnée sur une étendue de 50 centimètres environ à partir du cœcum et aussi sur le gros intestin. Nous trouvons, au niveau de la valvule iléo-cæcale et sur la partie adjacente de l'intestin grêle, une large plaque de Peyer ulcérée. Il y a des plaques hypertrophiées et congestionnées, disséminées tout autour. Pas d’autres lésions caractéristiques sur toute l'étendue de l'intestin grêle.
Examen bactériologique des différents organes. — A l'autopsie de la malade on prélève, avec toutes les précautions d'usage, des humeurs ou du sang des différents organes : poumons, plèvre, péricarde, cœur, foie et rate, et on ensemence en bouillon. l
Péricarde. — Le bouilion, ensemencé avec leliquide péricardique, reste absolument stérile.
Sang du cœur. — Le bouillon ensemencé se trouble rapidement et montre à l'examen microscopique des streplocoques en très longues chaïnettes.
Poumons.— Le suc pulmonaire, puisé en plein tissu hépa- Lisé, donne des cultures de diplocoques et de courtes chaînettes de cocci ; l'examen de ces cultures, leur durée de vitalité, leur réensemencement sur milieux solides montrent tous les caraclères du pneumocoque.
Liquide de la pleurésie gauche. — L'examen microscopique direct de ce liquide montre des diplocoques lancéolés, soit isolés, soitemprisonnés en amas dans de petits flocons fibrineux.
L'ensemencement donne des cultures absolument pures de pneumocoques.
Rate. —L'ensemencement du suc splénique donne des cultures impures de bacilles et de streptocoques. On fait l'isolement du bacille sur gélatine enroulée en tube d'Esmarch ; les cultures ultérieures, l'épreuve du bouillon lactosé montrent tous les caractères du bacille d'Eberth.
Ces résultats bactériologiques sont intéressants. La présence de streptocoques dans le sang du cœur et dans la rate ne semble pas prouver autre chose que le fait bien connu de l’envahissement des lissus par ce microoganisme après la mort. La présence du bacille d'Eberth dans la rate n’est qu'une confirmation de luxe du diagnostic de fièvre typhoïde. Mais la constatalion exclusive du pneumocoque dans le poumon et l'épanchement pleural ont une grande valeur au point de vue de la pathogénie. On pouvait songer, en effet, à une pleurésie et même à une pneumonie typhoïde causee par le bacille d'Eberth; la dothiénentérie, spécialement grave, aurait amené des localisations anormales et la mort par complications dues au même agent pathogène que la maladie générale. Il n'en a rien été ; la malade a succombé, non à sa maladie primitive, mais à des complications pleuro-pulmonaires pneumococciques
Examen du pouvoir agglulinant du Sang et des humeurs après la mort. — Cette recherche a été faite sur le sang du cœur et du foie, le suc de la rate, le liquide péricardique et l’'épanchement pleural. Les cultures employées ont été des cultures jeunes de bacille d'Eberth sur bouillon de viande peptonné;le mélange des humeurs a été fait dans la proportion de une goutte pour dix gouttes de cullures. ;
Les résultats à l'examen microscopique ont été les suivants.
Sang du cœur. — Très nombreux amas; la plupart gros et granuleux; quelques-uns plus petits et déchiquetés; on trouve des bacilles isolés immobiles, à peine quelques-uns encore mobiles.
Sang du foie. — Même résultat, sauf que les amas sont en général moins gros, les bacillée isolés et mobiles plus nom-
breux.
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Suc splénique. — Les essais du pouvoir agglutinant ont été répétés à trois reprises avec le suc splénique; ils ont tous donné le résultat suivant: sept heures après le mélange, aucune agglutination n'est produite; le liquide est resté louche; au microscope, on ne voit pas d'amas el seulement des bacilles parfaitement isolés les uns des autres. Ces bacilles sont peu mobiles, ilest vrai, ils ne le sont presque plus dans un tube de culture où nous avions mis une dose plus forte (1,5 pour 10) de suc splénique, mais restent isolés.
Liquide péricardique. — Nombreux el gros amas; assez nombreux bacilles isolés dont quelques-uns mobiles.
Liquide de la pleurésie. — Les amas sont plus petits que dans les cas précédents; de plus, ils sont presque tous allongés et déchiquetés au lieu d'être denses et granuleux, comme ceux obtenus par l’action du sang. On ne voit pas de bacilles mobiles ni isolés.
Ce qui frappe, tout d'abord, en présence de ces résullats, c'est la constance du pouvoir agglutinant de toutes ces humeurs, à l'exception du sue splénique.
Cette absence du pouvoir agglulinant du suc splénique est des plus curieuses; elle est à rapprocher des faits analogues signalés, par M. le professeur Arloing, à la Société de Biologie du 30' janvier 1897, à propos de l’agglutination du pneumobacillus bovis
Faut-il tirer de ce fait quelques conclusions au sujet du lieu d'origine de la substance agglutinante? Faut-il chercher à l'expliquer par la présence, dans la rate, du bacille d'Eberth dont la vitalité empêcherait la formation de la substance agglutinante ?
Ce fait est, sans doute, à rapprocher du cas si curieux communiqué, par M. Ménétrier, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris : le liquide d'une pleurésie survenue chez un Lyphique et contenant du bacille d’Eberth vivant n’agglutinant pas in vitro le bacille de la fièvre typhoïde, alors que son sang présentait la séro-réaction normale.
Peut-être la vie du bacille, dans un organe, peut-elle entraver la formation, en ce point, de la substance agglutinante. Cependant nous n’enregistrons notre fait que comme un fait isolé
RG E ES
dont l'explication est peut-être difficile à l'heure actuelle.
Quant aux autres humeurs ou sucs d'organes {ous présentaient une séro-réaction très nette, si l'on considère le nombre et la grosseur des amas, l’'immobilisation des bacilles, l’intensité du pouvoir agglutinant nous paraît s'échelonner dans l’ordre suivant : sang du cœur, liquide pleural, liquide péricardique et sang du foie.
Le fait le plus intéressant est l'agglutination extrêmement marquée obtenue avec le liquide péricardique, et surtout le liquide de la pleurésie à pneumocoques. L'agglutination du bacille d'Eberth avec les différentes sérosités des typhiques a été constatée plusieurs fois avant nous (1); mais nous ne connaissons pas de fait de pleurésie aiguë causée chez un typhique par le pneumocoque (ou tout autre agent pathogène), avec propriété agglutinante du sérum pleurétique ainsi brusquementexsudé.On pourrait supposer que la vie d’un micro-organisme pathogène dans un épanchement pleural détruisait Ja Substance agglutinante; ou bien que le sérum pleurétique brusquement exsudé au cours d'une inflammation aiguë et très rapide ne possédait plus les propriétés des humeurs normales du malade (2).
On sait qu’il n’en est pas toujours de même si le bacille pathogène de la pleurésie est le bacille d'Eberth, comme le prouve le fait de Ménétrier, que nous rapportons plus haut. Notre observation vient faciliter l'explication de ce fait et montre que, dans ce cas, l'absence de la propriété agglutinante était probablement due à la présence du bacille d’Eberth et non pas au caractère inflammatoire de l’'épanchement.
Les points intéressants de cette POEGEVAUION peuvent se résumer ainsi :
1°) Au point de vue clinique, évolution rapide, chez un typhi-
(1) AcHaRD (Socielé Médicale des Hopilaux, 4 décembre 1897) l'a constatée plusieurs fois avec la sérosité pleurale des typhiques ; l’a vu marquer une fois avec la sérosité du péricarde.
(2) C'est l'hypothèse proposée par Ménétrier pour expliquer l' absence de séro-réaction dans le liquide d’une pleurésie à bacille d'Eberth. De même les larmes normalement sécrétées possèdent la propriété agglutinante, alors que les larmes sécrétées en abondance à la suite d'une excitation ne la possèdent plus.
que, d’une pleurésie et d’une pneumonie causées, non par le bacille d'Eberth, mais uniquement par le pneumocoque.
20) Au point de vue de la séro-réaclion, existence de cette réaction agglutinante avec le sang, dès les premiers jours de la maladie ; persistance de cette réaction avec les humeurs après la mort.
Pouvoir agglutinant sur le bacille d'Eberth d'un épanchement pleural aigu à pneumocoques. Absence dela réac-. lion agglutinante avec le suc sSplénique.
Nous avons jugé bon d'ajouter cette observation à la suite desautres, bien que se rapportant indirectement à notre sujet, à titre de diagnostic différentiel.