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III. HYDARTHROSE DE LA HANCHE

L’existence de cette maladie longtemps mise en doute, est aujourd’hui généralement admise. Bérard (3) rapporte qu’elle a été rencontrée plusieurs fois par Cloquet à la suited’écoulements blennorrhagiques et par Joly (A) sur un cadavre ; M. Maisonneuve, dans son travail sur la Coxalgie , en reproduit plusieurs observations. Depuis elle a été observée quelquefois.

Néanmoins l’hydarthrose de la hanche n’a jamais été décrite à part, et son histoire est généralement confondue avec celle de la coxalgie. Cette confusion s’explique par la similitude de quelques symptômes des deux maladies.

L’hydarthrose, tantôt indolente, tantôt douloureuse, s’accompagne quelquefois dans ce dernier cas de douleur au genou; alors on observe aussi une légère flexion du membre, avec abduction, claudication et une gêne dans la marche. La synoviale

(t) Gu z. méd. , 1835, p. 185. — Arthrite sèche, compliquée de fracture du col, prise pour une luxation iliaque.

Bull. Soc. ami., 23e année, p. 516. — Arthrite sèche prise pour une luxation sus-puhienne.

(2) En rangeant l’hydarthrose dans les inflammations, je n’entends rien préjuger de sa nature; mais je crois que le plus souvent elle est due à un processus inflammatoire à marche lente.

(3) Dict. en 50 vol., t. XV, 1857, p. 10.

(4) Joly, Dissert, sur les hydropisies des synoviales, 1829, p. H.

distendue soulève un peu la région inguinale et les muscles fessiers au-dessus du trochanter; les parties molles péri-articulaires ne sont pas infiltrées comme dans l’arthrite fongueuse.

L’hydarthrose de la hanche peut se terminer par résorption; par rupture du ligament capsulaire comme dans une observation de Bretonneau (de Tours) (1); par luxation, fait qui a été observé pour la première fois par J. L. Petit; enfin par tumeur blanche, par arthrite fongueuse.

Cet exposé montre qu'il n’y a rien de caractéristique dans les symptômes de l'hydarthrose et que si quelquefois le diagnostic sera possible, souvent on ne pourra y arriver.

Il est un signe d’une grande importance, qu’il ne faudra pas négliger de rechercher, je veux parler du choc cotyloïdien, indiqué par M. Ollier, et qui est produit par le choc de la tête fémorale contre la cavité cotyloïde. — On le rencontre dans la synovite chronique avec ou sans altération des cartilages et des os. — Pour le percevoir, il faut faire coucher les malades sur le ventre, on saisit alors le bassin avec les deux mains, qu’on place de chaque côté de manière à fixer le trochanter et la crête iliaque, puis on imprime sur le grand trochanter du côté malade et avec le talon de la main des pressions rapides et répétées. — Le choc est parfois aussi nettement perçu que celui de la rotule sur la partie antérieure et supérieure des condyles du fémur dans les cas d’hydarthrose dugenou. Ce signe est. précieux audébut, alors qu’il y a peu de liquidedans l’articulation; car a celte période, par la palpation il est à peu près impossible, vu la profondeur et la couche épaisse des parties molles qui séparent de la synoviale, de découvrir la moindre trace d’épanchement. Inutile d’ajouter que dans les cas aigus ce signe ne peut pas être mis en lumière à cause des douleurs violentes que provoquerait sa recherche.

Je rapporte ici une observation d hydarthrose de la hanche qui donne un bon exposé de la maladie et fait connaître en même temps ses lésions anatomiques.

(1) Parmentier, Inflam. des surf, séreuses articul., Th. Paris, 1827.

Obs. VIII. — Hydartlirose coxo- fémorale; luxation incomplète du fémur (l).

L..., âgé de 12 ans, chétif, ressentit, vers le mois de juillet 1857, des douleurs sourdes dans le haut de la cuisse droite. D’abord peu vives, ces douleurs s’accrurent, s’étendirent au genou, en même temps qu’elles occupèrent la hanche, l’aine et la cuisse. — Trois mois après le début de sa maladie, il ne marchait plus qu’avec beaucoup de difficulté, et sa jambe lui semblait plus longue que l’autre. On ne lui fit aucun traitement.

Au mois de juillet 1858, les douleurs devinrent plus violentes et le forcèrent à garder le lit. Un jour il s’aperçut que sa jambe, loin d’être plus longue, était devenue plus courte que la gauche. Il nous a été impossible de savoir si ce raccourcissement était survenu subitement par l’effet d'un mouvement exagéré, ou lentement, ce qui est plus probable. Un mois environ après le 51 août 1838, il fut apporté à l’hôpital des Enfants Malades, salle Saint-Côme, n° 4, dans le service de Malgaigne.

L’enfant est d’une constitution détériorée. Le sommet des poumons contient des tubercules ramollis.

Use plaint de douleurs dans la hanche droite et dans le genou du même côté. Il ne peut exécuter aucun mouvement de la 'cuisse sur le bassin; ceux que l’on cherche à lui imprimer sont très-douloureux, les mouvements de la jambe sur la cuisse sont faciles.

La hanche du côté droit offre des altérations remarquables, les fosses iliaques interne et externe sont le siège d’un gonflement uniforme, résistant, dépressible, sans fluctuation évidente. La tête du fémur n’est pas distinctemeut sentie dans la fosse iliaque externe. Le fémur est légèrement fléchi sur le bassin, il est porté dans l’adduction, et tout le membre légèrement tourné en dedans, ce que l’on reconnaît à la pointe du pied. Le pli de la fesse est remonté de plus de 2 centimètres, il est plus éloigné de la ligne médiane que celui du côté sain, de 5 millimètres. Le bassin se meut d’une seule pièce avec les membres. Il y a raccourcissement réel, dépendant d’une luxation.

Le membre est atrophié; c’est au-dessus du genou que la différence est la plus grande : 28 centimètres pour le côté sain, 25 pour le côté malade. Au milieu delà cuisse et au mollet, il n’y a que 2 centimètres en moins.

L... est pris d’une varioloïde pustuleuse à laquelle il a succombé le 24 novembre 1858.

Nécropsie- — Tubercules dans les poumons.

Hanche droite. — Le tissu sous-cutané est infiltré d’une sérosité jaunâtre peu abondante. Les muscles de la hanche, séparés et coupés un à un, sont atrophiés et un peu décolorés. La capsule, facile à séparer des parties voisines, est intacte. Elle est distendue par un liquide reconnaissable à la fluctuation La tête du fémur, luxée, forme un relief facile à circonscrire en haut et en arrière; on peut la

(1) Parise, Arch. gén. méd., 1842, p. 50.

réduire en fléchissant la cuisse et en la portant dans la rotation en dehors; un mouvement inverse reproduit la luxation. Le liquide contenu dans l’article environne le col du fémur, et se trouve surtout amassé en avant et en bas; la cavité colyloïde en est remplie. La capsule, incisée en avant, laisse échapper une sérosité jaunâtre contenant quelques flocons albumineux.

La cavité colyloïde n’offre pas d’altérations, elle ressemble à celle du côté sain, son cartilage est intact, le tissu adipeux qui en occupe le fond est plutôt atrophié que tuméfié.

La capsule, un peu rouge à sa face interne, est plus molle et plus épaisse que celle du côté opposé. Le bourrelet cotyloïdien est aussi moins ferme, surtout en haut et en arrière où s’applique la tête fémorale. Il est affaissé, et le doigt sent, au-dessous, la saillie osseuse du sourcil cotyloïdien. Le ligament rond est allongé, aplati, mais existe.

La tête du fémur a le même volume que celle du côté opposé, cependant elle est un peu déformée. Elle présente à son sommet une rainure dirigée d’avant en arrière, qui résulte de l'impression du sourcil cotyloïdien ; car c’est par ce point que la tête luxée appuie sur l’échancrure postéro-supérieure. Le ligament rond vient s’insérer au fond de cette rainure. Une autre dépression plus large, plus superficielle, règne sur la partie supérieure de la circonférence de la tête du fémur; elle paraît due à un amincissement du cartilage diartbrodial en ce point. En comprimant fortement la tête vers son sommet, on sent qu’elle s’affaisse; ce qui fait présumer une altération intérieure démontrée par une coupe verticale qui passe en même temps par le grand trochanter. Cette coupe, comparée à une semblable pratiquée sur le fémur du côté opposé, fait voir le col et le trochanter sains. La tête est altérée, sa coloration est plus foncée, ses cellules plus larges renferment un liquide noirâtre. Le scalpel y pénètre avec facilité; mais cette altération est bornée au sommet dans le point correspondant à la rainure dont nous venons de parler.

Le fémur droit avait 12 millim. et le tibia un centimètre de moins en longueur que les mêmes os du côté gauche.

Enfin, nous devons faire rentrer dans les arthrites chroniques de la hanche, X arthrite goutteuse qui atteint quelquefois l’articulation coxo- fémorale; mais le diagnostic de cette arthrite est en général facile, car elle se développe quand déjà d’autres manifestations de la goutte existent depuis longtemps.

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