‹ Diagnostic différentiel des tumeurs des boursesChapitre 11 sur 16 · TUMEURS AIGUËS · texte numérisé non relu

TUMEURS AIGUËS

Ce sont celles qui résultent d’une ,?ause traumatique ou d’un état pathologique accidentel , qui ne sont que passagères et liées presque toujours à une phlegmasie plus ou moins intense.

Orchite.

Le nom d'orchite , appliqué depuis longtemps à l’inflammation du testicule , est une expression impropre , car elle signifie que î’affec- • tion occupe principalement la glande , ce qui est faux. Il est aujourd’hui parfaitement prouvé que la phlegmasie envahit plus souvent les organes de connexion , l’épididyme et le canal déférent , que l’organe sécréteur du sperme lui-même. J’ai conservé cependant cette dénomination, comme étant consacrée par les auteurs, et d’un usage plus général dans le langage scientifique; je me servirai indistinctement , pour désigner l'inflammation du testicule, des mots épididymite et orchite.

On en distingue deux espèces, celle qui est due à l’action des agents extérieurs et celle qui doit son origine à la blennorrhagie.

A. Inflammation simple. Les causes qui la produisent sont les contusions , les efforts violents, les marches forcées, l’introduction d’une bougie dans le canal de l’urèthre , la présence d’une sonde à demeure, les abus du coït; à toutes ces causes, M. Roques ajoute l’inflammation de la parotide , et prétend en avoir vu une épidémie. Je n’admets cette assertion que sous toute réserve , quoique cependant j’aie observé moi-même un cas semblable sur un enfant de douze ans , couché dans le service de M. Jobert , à l’Hôteî-Dieu , il y a environ un mois. Quoi qu’il en soit, voici comment se présente l’affection : sous l’influence d’une cause quelconque, une douleur apparaît sur le testicule; la tuméfaction, la chaleur, atteignent bientôt leur summum d’intensité; l’épididyme participe à tous les phénomènes , et en explorant avec la main on provoque une douleur très-vive en bas et en arrière de la glande. Lorsque l’inflammation est simple , ces symptômes diminuent peu à peu et disparaissent bientôt sous l’influence des émollients. Lorsque l’orchite est due à une contusion violente , un coup de pied , par exemple , le scrotum

ne tarde pas à se tuméfier et devient dur, volumineux, et présente souvent , en un point de la surface , une ecchymose plus ou moins large ; il y a alors complication d’épanchement sanguin par rupture de quelques petits vaisseaux» J.-L. Petit conseillait dans ce cas d’avoir recours à des incisions de chaque côté de la poche scrotale. On a supposé pendant longtemps que la tuméfaction du scrotum était due à l’augmentation de volume du testicule ; mais, quand on envisagera la dureté de la tunique albuginée qui doit nécessairement empêcher la distention du tissu parenchymateux, on fut bien obligé d’en chercher une autre explication. Astley Coopér et d’autres auteurs avaient bien indiqué la formation d’une certaine quantité de liquide dans la tunique vaginale, dans les cas d’orchite aiguë; mais personne n’était allé aussi loin que M. Rochoux, pour expliquer la tuméfaction , lorsqu’il a dit que , à part la portion très-petite de la tumeur qui appartient à l’épididyme , le reste était formé par l’épanchement provenant de F inflammation de la (unique vaginale. » Certainement il y a du vrai dans cette proposition , mais elle est trop exclusive, et je préfère adopter l’opinion de M. Velpeau , qui dit que l’épanchement y entre pour un sixième ou un quart au plus, et que souvent il n’v en a pas la moindre trace.

B. Inflammation ùlennorrhagique. Cette variété, bien différente et plus fréquente que la précédente, est due à la présence d’une chaude-pisse ; on l’a appelée hernie humorale , chaude-pisse tombée dans les bourses, testicule vénérien. Citer les expressions, c’est les critiquer et les rejeter. On a noté comme cause les injections astringentes, les fatigues, les rapports sexuels intempestifs, et la continence , pendant la durée d’une gonorrhée.

L’inflammation, dans ce cas, envahit d’abord l’épididyme et s’y arrête quelquefois sans s’étendre à la glande ; d’autres fois celle-ci y participe , d’après M. Velpeau , plus souvent qu’on ne le pense. Le testicule gauche est plus souvent affecté que le testicule droit; M. Ricord explique cette préférence par l’habitude qu’on a de porter

les bourses plutôt du côté droit que du côté gauche de la couture du pantalon. Je n’ose me ranger à cette manière de voir; car j’ai soigné moi-même trois jeunes gens qui portaient à droite, et qui cependant ont eu , à diverses époques, une épididymite du côté gauche, à la suite d’une nuit passée au bal. Rarement les deux côtés sont affectés à la fois; mais ce qui arrive souvent, c’est de voir, lorsqu’un côté malade est en voie de guérison , le testicule sain être envahi et suivre les mêmes périodes que son voisin; quelquefois aussi il y a récidive du côté déjà guéri : c’est cette forme que M. Ricord appelle l’épididymite à bascule. Pour ce qui regarde le mode de production de l’inflammation, les opinions sont diverses. Quelques auteurs ont dit que l’humeur gonorrhéique , tombant dans les bourses , y faisait naître l’inflammation ; d’autres , que c’était la distension trop grande des vaisseaux séminifères par la continence forcée de ceux qui étaient atteints de chaude-pisse ; d’autres enfin ont eu recours à la métastase pour l’expliquer. Évidemment toutes ces opinions sont conlrouvées ; aujourd’hui deux opinions se disputent la prééminence : la première est celle qui admet que l’inflammation se développe par sympathie, sans altération appréciable de tissus entre l’urèthre et l’épidydime; la seconde, et je me range de ce côté, est celle qui regarde l’inflammation comme gagnant de proche en proche tous les tissus en suivant le canal de l’urèthre, le canal éjaculateur, la vésicule séminale, l’épididyme, où elle s’arrête généralement, mais qui , comme le professe M. Velpeau , peut s’étendre jusqu’à la substance pulpeuse qui constitue le parenchyme du testicule. L’orchite se déclare généralement lorsque l’acuité de la blennorrhagie a disparu ; ce n’est que vers la fin du second septénaire qu’elle se manifeste, cependant elle peut survenir pendant cette période par suite de quelques excès de tout genre. On. ne s’est pas entendu davantage sur la persistance ou la cessation de l’écoulement pendant l’orchite ; les uns veulent qu’il persiste , les autres veulent le contraire. Je dois dire que, sur 18 observations

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que j’ai prises soit dans le service de Blandin , soit dans celui de M. Jobert, j’ai vu les deux tiers des écoulements se suspendre tout à fait ou diminuer d’une manière très-appréciable, pour reparaître avec toute leur énergie après la guérison de l’inflammation. L’orchite n’est point une affection grave ; elle ne laisse à sa suite aucune trace bien fâcheuse, si ce n’est une induration de l’épididyme souvent très-longue à disparaître, quelquefois ne disparaissant même jamais; de plus, il faut dire qu’un testicule ayant déjà été enflammé devient moins rebelle à la maladie que celui qui ne l’a pas encore été. De toutes les complications, la plus habituelle est l’épanchement séreux de la tunique vaginale , et nous savons que cette complication n’est pas très-grave. L’orchite peut encore se terminer par suppuration; il faut aussi en tenir compte dans le développement de certaines affections. Il est clair, par exemple , que chez un sujet scrofuleux elle pourra faciliter l’activité des tubercules; que chez celui qui est atteint de vérole constitutionnelle, le testicule syphilitique pourra lui succéder. Tous ces cas, sans être très-rares, sont cependant exceptionnels.

Lorsqu’un malade atteint de chaude-pisse ressent des frissons , des malaises, des douleurs sourdes dans les cordons et du côté de l’aine, qu’il éprouve une sensation inaccoutumée de pesanteur vers les testicules, des chatouillements incommodes dans la région anale, craignez immédiatement une orchite; trois fois sur quatre, les faits répondront à votre prévision. Vous verrez bientôt les symptômes apparaître: d’abord une douleur très-vive à l’aine, du côté affecté, et suivant tout le cordon , qui se tuméfie et peut simuler un étranglement du passage de l’anneau ; peu à peu la douleur augmente ; le scrotum devient rouge, volumineux, douloureux à la pression, surtout vers la queue de l’épididyme ; l’écoulement cesse ou diminue. Il y a quelquefois de la fièvre ; d’autres fois le scrotum semble étranger à la phlegmasie et reste souple , mou , indolent , entre ses deux extrémités. On le comprend de reste, il y a bien des degrés. Gomme on le voit , le diagnostic de l’orchite est facile à éta-

blir ; cependant certaines circonstances peuvent le rendre plus ou moins embarrassant, et il est important de les passer en revue. Ainsi, par exemple, M. Gaussail a signalé, comme pouvant donner le change, un gonflement du scrotum à la suite d’un bain de vapeur. L’erreur ici serait grossière, et l’état œdémateux du scrotum , la douleur qui est à peine vive et n’a point surtout ce caractère à la fois sourd et contusif propre à l’épididymite, l’écoulement qui persisterait, doivent nécessairement l’empêcher. Quant à confondre l’épidydimite , alors qu’elle est très-intense et que le cordon enflammé est pour ainsi dire étranglé à l’anneau, avec une hernie congénitale étranglée, la chose est possible. On évitera cette erreur en ayant soin de porter le doigt dans l’anneau, si on le peut, pour s’assurer qu’il n’existe pas de tumeur. Si cette manœuvre est impossible, on fera administrer un lavement: celui-ci sera supporté s’il y a épidydimite, il sera immédiatement rendu s’il y a hernie étranglée; on aura de plus les matières vomies, qui sont verdâtres dans l’étranglement de l’intestin , et qui ne le sont pas dans l’étranglement du cordon. Enfin les vomissements, dans le premier cas , vont en augmentant ; dans le second , ils vont en diminuant d’intensité. Lorsque l’inflammation se termine par suppuration , et que le bistouri doit intervenir, une méprise peut encore avoir lieu ; elle consisterait à prendre l’épanchement séreux pour le foyer purulent. Mais ici la transparence existant dans le premier cas, et manquant dans le second, serait un signe pathognomonique; et si ce signe ne pouvait être perçu, on se souviendrait que dans la suppuration, il y a toujours un point culminant et dépressible qui manque dans l’épanchement.

11 me reste à dire quelques mots de l’orchite chronique, résultat définitif de causes qui agissent d’une manière fréquente et de courte durée. Cette inflammation chronique peut succéder à l’orchite aiguë simple ou blennorrhagique ; elle est bornée habituellement à un seul testicule. La tumeur qu’elle forme est indolente et disparaît d’une manière très-lente; de plus elle peut, à la moindre circonstance éventuelle, repasser à l’état aigu. On l’a attribuée pen-

dant longtemps à la syphilis, aux scrofules; on a cru aussi qu’elle pouvait dégénérer en cancer. Toutes ces opinions ont été émises gratuitement et ne sont appuyées sur aucune observation. Le caractère spécial de cet engorgement est de rester stationnaire et indolent; il diffère de l’encéphaloïde, du squirrhe, du tubercule, en ce qu’il n’offre point leur dureté surtout dans la première période, ni la mollesse qu’ils présentent dans la seconde.

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