INFLAMMATION ET ABCÈS CHRONIQUES
lés sur elle. Du reste, il n’y a aucune atteinte portée à la constitution générale, et la maladie tend à conserver indéfiniment la bénignité qu’elle présente. L’hypertrophie fibro-cellulaire finit même souvent par disparaître spontanément; cette terminaison s’observe surtout lorsque la femme devient grosse de nouveau. Enfin l’on obtient parfois la guérison par l’emploi prolongé des médicaments résolutifs.
§ 9. Ahchs chronique de la mamelle. — Il arrive quelquefois qu’après avoir offert une marche aiguë, l’inflammation de la mamelle diminue peu à peu et semble se résoudre. Cependant il reste dans la partie primitivement affectée un engorgement indolent. La tuméfaction, au lieu de diminuer, fait deà progrès lents, mais continuels. D’autres fois, le développement de la tumeur n’a pas été précédé des symptômes d’une phlegmasie aiguë , et, dès l’abord, elle a présenté la marche chronique et indolente que je viens de signaler,
Le début de l’abcès échappe à l’observation en raison du peu de douleur qu’il détermine, de l’absence de rongeur, de chaleur locales, de frissons. C’est ordinairement à la base du sein, ou dans l’épaisseur même de la glande mammaire, que se dévelojjpent les abcès. Ils peuvent séjourner plusieurs mois et même plusieurs années sans déterminer de troubles notables dans les fonctions, et sans faire naître d’autre gêne que celle qui résulte de l’augmentation de volume du sein. L’état général delà constitution paraît assez peu influer sur leur développement. A la vérité, selon A. Cooper, il y aurait bien quelque vice général, quelque altération des sécrétions; mais, d’après les
remarques de M. Velpeau, on les observe sur des femmes habituellement bien portantes , d’une constitution assez robuste, et qui ne paraît nullement détériorée. La quantité de pus que renferment les abcès chroniques peut devenir fort considérable; on en a trouvé un litre et plus. Ce pus est tantôt séreux, tantôt assez bien lié; dans un cas cité par M. Velpeau,il renfermait une assez grande quantité de matière grumeleuse, ayant tous les caractères des concrétions qui s’écoulent des abcès scrofuleux. C’est sur la présence d’une semblable matière que ce professeur a établi une espèce particulière d’abcès chroniques, sous le titre d’abcès tuberculeux.
La fluctuation n’est pas un symptôme constant des abcès chroniques, ou , du moins, lorsqu’on parvient à la percevoir, n’est-ce le plus ordinairement que d’une manière douteuse et dans un point seulement (le l’étendue de la tumeur : dans les autres parties les parois de l’abcès offrent une consistance très grande, comme squirrheuse. Ces parois ne sont pas lisses, elles sont souvent bosselées. On peut attribuer, je pense, cette dureté et cette inégalité à la présence de la glande mammaire, qui se trouve étalée, distendue, et qui forme la paroi superficielle de l’abcès, le pus sécrété dans l’épaisseur de la glande ou derrière sa face profonde, ayant peu à peu fait subir à l’organe les modifications dont je parle. Il résulte de là que, si la collection n’est pas,très étendue, si elle est recouverte par la mamelle entière, elle n’offrira aucune fluctuation ; que si la mamelle est amincie uniformément, la fluctuation sera obscure; que, si l’amincissement est très avancé sur un point et peu dans les autres , il y aura une fluctuation très évi-
dente, mais extrêmement circonscrite, le reste de la tumeur conservant une grande dureté; que, dans les cas enfin où la collection est devenue sous-cutanée , dans ceux où elle déborde largement la circonférence de la mamelle, la fluctuation sera alors facile à percevoir dans une grande étendue de la tumeur.
Ajoutons aux caractères précédemment indiqués que, dans un cas, l’engorgement des ganglions lymphatiques de l’aisselle a été observé par A. Cooper. Cet engorgement se dissipa, du reste, complètement lorsque l’abcès fut guéri.
Diagnostic. L’inflammation et l’abcès chronique de la mamelle ne peuvent être confondus avec aucune des tumeurs qui précèdent. La seule avec laquelle il y ait quelques points de ressemblance est l’induration sénile ; mais on remarquera que cette dernière atteint à la fois les deux glandes, et que les lobules indurés ne sont pas confondus dans une masse commune : caractères opposés à ceux de la maladie que nous venons de décrire.