‹ Diagnostic différentiel des tumeurs du seinChapitre 15 sur 33 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Hous avons décrit les symptômes de l’engorgement laiteux en traitant de l’inflammation du sein ; nous avons dit que cet engorgement peut devenir la cause de l’inflammation et des abcès de la mamelle. Là ne se bornent point les accidents auxquels les troubles

5o DIAGNOSTIC DES TUMEURS DU SEIN.

de la lactation peuvent donner naissance : la rétention du lait expose à la formation de tumeurs dans lesquelles ce fluide se rencontre soit enkysté, soit infiltré , et où il subit des altérations fort remarquables.

§ 1 ". Épanchement de lait. — Le premier effet qui résulte de cette rétention consiste dans la dilatation des conduits galactophores. L’obstruction étant ordinairement bornée à quelques uns de ces conduits, le gonflement est partiel, de sorte que la sécrétion et l’excrétion laiteuse s’accomplissent dans le reste de la glande comme à l’ordinaire. C’est habituellement peu de temps après l’accouchement que la maladie se déclare J quoique les femmes n’en soient exemptes à aucune époque de la lactation. Dans les premiers jours, le développement de la tumeur est accompagné de douleurs assez vives : ces douleurs augmentent au lieu de diminuer chaque fois que l’enfant prend le sein; elles tiennent à la distension plus considérable des conduits engorgés , que provoque la succion en en faisant affluer le lait dans ces conduits.

Bornée à une partie du sein, la tumeur se propage du mamelon à la circonférence de la mamelle; la fluctuation y peut être perçue dès les premiers temps de son apparition. Les veines superficielles sont très dilatées; du reste, la peau ne subit aucune altération. Les souffrances diminuent peu à peu dans la tumeur, celle-ci continuant néanmoins à faire des progrès.L’accroissement est parfois lent, et les accidents assez légers pour que la malade n’y accorde aucune attentioti. Alors, l’affection devient chronique , le gonflement s’accroît de jour en jour, la quantité de liquide retenu dans la mamelle peut devenir considérable ; l’exemple

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le plus curieux de ce genre est celui relaté parSca^pa. Quoiqu’il se trouve reproduit dani^ plusieurs ouvrages, je pense que sa ^scription ne sera point déplacée ici.

« Une paysanne âgée de vingt ans, d’une petite sta- . ture, d’une constitution robuste, et doflt les mainélles étaient naturellement volumineuses, s’aperçut dix jours après un second accouchement, qui d’ailleurs avait été très heureux > d’un gonflement assez considérable dans la région axillaire gauche, gonflement qui n’avait été précédé d’aucun phénomène inflammatoire : il n’y avait ni fièvre, ni douleur tiotabîê. Nonobstant cette tuméfaction, elle continua d’allaiter son enfant des deux mamelles, mais en le présentant plus souvent à gauche qu’à droite, dans l’espoir de hâter la disparition de la tumeur de l’aisselle; il en ré^ilta un effet tout contraire, car l’écoulemênt du lait par le mamelon gauche dimiilua chaque jour de plus en plus, tandis que le gonflettieht de l’aisselle s’accrut davantage. Peu à peu cette tiiméfaction s’étendit le long du côté externe de la mamelle, dont eilô envahit bientôt la totalité. Alors, il n’en sortit plus une goutte de lait, et cet organe acquit en moins de deux mois un volume tel qu’il avait près de 34 pouces de circonférence ; et, quand cètte femme était assise, la mamelle était tellemêrit allongée qu’elle appuyait sur la cuisse gauche.

» Gette vaste tumeur était rénitente sur tous les points de sa surface. La peau n’offrait aucune altération appréciable; les veines sous-cutanées étaient sensiblement dilatées. Afin de connaître la nature du liquide qui y était contenu, j’enfonçai un trois-quarts de moyenne grosseur dans la région de l’aisselle où la

5q diagnostic des tumeurs du sein.

tuméfaction s était d’abord prononcée et où les téguments se trouvaient le plus amincis. Au moment où je retirais la tige de l’instrument, il sortit par la canule et par un jet continu un XaiX. pur sans mélange, et dont il s’écoula ainsi dix livres qui furent recueillies.

Je ne fus pas peu surpris d’un semblable fait, ainsi que les assistants, au nombre desquels était le docteur Franck.

» A mesure que le lait sortait par la canule, la mamelle diminuait de volume, et quand elle fut entièrement vidée, elle n’était pas plus grosse que celle du côté droit. Avant de retirer la canule, je m’en servis pour pratiquer de haut en bas , et sur la partie latérale ^xterne de la mamelle, une incision d’un pouce de longueur, dans laquelle j’introduisis une mèche, afin de faciliter l’entier écoulement du lait, du sang et de la sérosité qui pouvaient exister dans cette ,çavité accidentelle, et pour déterminer une inflammation adhésive de ses parois.

» Les dix livres de lait que j’avais extraites par la ponction furent remises au professeur de chimie, M. Scopoli; et l’analyse démontra que ce lait, malgré un aussi long séjour hors de son réservoir naturel, n’avait subi aucune altération, et ne différait aucunement par ses qualités physiques et chimiques du lait de femme récemment excrété.

» L’ouverture que j’avais pratiquée détermina bien le rapprochement de la partie supérieure des parois de la cavité creusée dans la mamelle; mais, comme la suppuration du fond et de la partie inférieure ne pouvait s’écouler que difficilement et incomplètement, je fis une contre-ouverture qui me servit à faire passer ainsi dans toute l’étendue de la mamelle

LÉSIONS DEPPENDANT DE LA LACTATION. 53 un séton semblable à celui que Pott employait pour la cure radicale de l’hydrocèle de la tunique vaginale. En retirant chaque jour quelques uns des fils qui le composaient, j’obtins enfin l’oblitération entière de ce foyer considérable. Deux ans plus tard, cette femme devint enceinte pour la troisième fois, et ce qui est digne de remarque , c’est qu’elle put allaiter son enfant des deux mamelles, sans que l’épanchement se reproduisît dans la mamelle gauche. » {Arch. gén. de niéd. Première série. T. xii, p. 112 .)

Dans les autres cas, et avant que la tumeur soit aussi volumineuse, ou bien elle est ouverte par le chirurgien, ou elle s’ulcère et se vide spontanément. Cette ouverture , qui laisse écouler le lait, a un diamètre très petit, et est ordinairement placée à peu de distance du mamelon. Elle peut demeurer béante pendant la durée, entière de l’allaitement, et donner issue à une partie du lait qui devait servir de nourriture à l’enfant. Cette maladie a été avec raison comparée à la grenouillette. On s’est demandé si la poche qui renferme le lait résulte de la distension des conduits galactophores, ou si elle est formée par le tissu cellulaire ambiant, après que le conduit s’est déchiré dans un point de sa longueur. Je ne m’arrêterai pas à discuter ce point d’anatomie pathologique, qui est étranger à mon sujet.

§ 2 . Infiltration laiteuse. — Au lieu de se rassembler dans une ou plusieurs poches, le lait peut s’infiltrer dans le tissu de la mamèUe. Il faut avouer que l’état actuel de la science ne permet pas de donner une description complète de cette altération. M. Velpeau est le seul auteur qui ait traité ce sujet, et ce

^ DIAGÜîQSTIC Dï:S TUMEURS DU SEIN.

qu’ij çn dit se réduit à bien peu de chose : « La mamelle, dit ce chirurgien, semble être comme imbibée de lait ou de sérum lactescent.Une femme,

dont le sein paraissait transformé en une masse spongieuse, fort sensible dpuis quelques jours, m’a offert, en x 82§ un e;xemple de ce genre d’infiltration laiteuse ; après une ponction exploratrice, je vis exsuder par la piqûre une quantité notable de fluide laiteux, qui sortait évidemment des mailles du tissu cellulaire. »

§ 3. Coagulation du lait. —- Occupons-nous maintenant des changements que subit le lait, retenu soit dan§ ses conduits excréteurs, soit au-dehors de ses voies naturelles, et voyons à quels symptômes ces changements peuvent donner lieu.

.d. Il est fort rare que le lait reste à l’état liquide, conservant toutes ses qualités physiques et chimiques pendant plusieurs mois, comme on l’a vu dans l’ob* servalion de Scarpa.

B. Dans des cas plus fréquents, le lait subit une altération par suite de laquelle la partie caséeuse étant peu à peu résorbée, le sérum seul persiste, en sorte qu’il se forme un kyste plein d’une humeur trouble et légèrement floconneuse. Dans ces deux cas, la tumeur peut demeurer stationnaire, ou faire des progrès; elle est ordinairement indolente, et offre des symptômes analogues à ceux que nous décrirons en parlant des kyste? de la mamelle.

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