PRODUCTIONS ACCIDENTELLES. - TUBERCULES. QÔ
des tumeurs qui étaient franchement tuberculeuses, sans aucune lésion concomitante. Les tubercules, au nombre de six , formaient un paquet qui, avant l’opération , soulevait la peau et proéminait sous forme de tumeurs mamelonnées. Ils étaient en tout semblables à ceux que l’on observe quelquefois dans le cerveau chez les enfants, et avaient, comme ceux-ci,la densité et la couleur jaune des châtaignes cuites. »
La maladie décrite par A. Cooper, sous le nom de tumeur scrofuleuse, semble devoir rentrer dans l’affection tuberculeuse et figurer dans cette section. C’est sur de jeunes femmes portant des engorgements cervicaux, et dont la santé était délicate, que ce célèbre chirurgien a observé cette variété de tumeurs. Suivant lui, on n’en trouve ordinairement qu’une seule dans un des seins; il parle néanmoins d’unë malade qui en portait deux dans une des mamelles, tandis que l’autre n’en contenait qu’une seule. Ces tumeurs sont bien circonscrites, très lisses à leur surface,et à peine sensibles à la pression. Leur marche est toujours lente. Elles ne donnent lieu à aucune douleur, et n’exercent aucune action fâcheuse sur la constitution. A. Cooper croit, au contraire, que les modifications qu’elles subissent dépendent de l’état de la santé générale , l’amélioration de celle-ci amenant une diminution dans le volume des tumeurs , qui s’accroissent au contraire quand la santé s’altère.
M. Velpeau , qui s’est également occupé des productions tuberculeuses des mamelles , ne les a pas rencontrées à l’état de sirh^licité, mais bien sous forme de tumeurs de nature complexe. Des trois nuances que ce savant chirurgien admet dans les productions tuberculeuses, une seule doit nous occuper
blAGHOSTIC DES TUMEURS DU SEIN.
ici, celle qu’il a désignée sous le nom de fibro-tuberculeuse^ M. Velpeau n’étant pas bien certain de la nature franchement tuberculeuse des deux autres ■variétés. Quant à celle que nous admettons avec lui, elle se développe chez les femmes pâles, délicates, lymphatiques, à tissus flasques, portant souvent, ainsi que l’avait remarqué A. Cooper, des engorgements volumineux des ganglions cervicaux ou axillaires. Dans l’épaisseur même de la mamelle se rencontrent, dit l’auteur, sept ou huit tumeurs , grosses comme une noisette ou une noix ordinaire, paraissant constituées par autant de lobules, tissu sécréteur et tissu fibro-cellulaire compris, ramolies au centre, et comme infiltrées ou remplies de matière tuberculeuse ou caséeuse. Ces tumeurs, à leur début, se distinguent à peine des lobules naturels de la glande; elles en conservent long-temps l’élasticité et la souplesse, au moins en partie. Il faut, pour les reconnaître, soumettre la mamelle à des pressions dirigées dans tous les sens. Loin de les avoir trouvées indolentes, comme sir A. Cooper, le chirurgien français les dit souvent accompagnées de douleurs lancinantes, qui reviennent par accès , et dont l’intensité est très variable suivant une foule de circonstances.-
La marche de ces tumeurs tuberculeuses est très lente, et elles restent presque toujours assez petites ; mais les engorgements axillaires ou cervicaux, qui les accompagnent souvent, acquièrent parfois un volume plus considérable que celui qui leur est propre. Persuadé que ces tumeur#s’accroîtraient indéfiniment ou finiraient par s’ulcérer et par transformer le sein en un certain nombre de cavernes purulentes, - M. Velpeau donne le conseil de les enlever.
productions ÀCClDi^^"rËLLRS, — TUIiFUtCULCS. 97 î.es observations t!e tubercules du sein étant déjà très rares, on conçoit que celles de tubercules suppures le soient davantage encore : aussi croyons-nous devoir citer ici deux faits, dans l’un desquels on verra les masses tuberculeuses être rejetées spontanément par voie d’ulcération , tandis que, dans l’autre, plusieurs abcès se succèdent, et la guérison n’a lieu qu’après la fonte purulente des tubercules, la formation de trajets fistuleux, etc.
Première obsermtiop. — Une femme avait reçu depuis environ treize ans un violent coup de poing dans la mamelle droite; elle avait ressenti dans la partie contuse, c’est-à-dire à trois ou quatre travers de doigt du mamelon, une douleur pongitive, qui n’était accompagnée ni de rougeur ni de gonflement. Cependant, cette douleur s’apaisa, et le sujet n’éprouva plus rien, depuis lors, de ce côté. L’automne dernier, cette douleur, muette déjà depuis tant d’années, se montra de nouveau, et s’accompagna d’une tumeur qui acquit bientôt le volume d’une petite noix; deux ulcères fort petits s’étaient formés, lorsqu’elle vint me consulter. Je jugeai qu’un des lobules de la glande était squirrheux ; car je ne pus découvrir dans les parties voisines les veines grosses et livides qui forment un des signes du cancer. Je prescrivis des fomentations chaudes avec les eaux de scordium, de pin, de fumeterre, de chaux, de myrrhe et de cendres d’écréyisses. L’ouverture d’un de ces ulcères, après cela, se dilata sensiblement, et permit de voir une masse blanchâtre, solide, compacte, c’est-à-dire une glande squirrheuse qui se détacha vers le quatorzième jour; l’aspect de la plaie était fort bon, et la tuméfaction avaitdiminué; mais quelque temps anrès, l’autre
y8 DrAGNOSTIC DES TUMEURS DU SEIW.
ulcère prit la même marche, et donna issue à une masse glanduleuse, semblable à la précédente. Les lotions furent continuées, la doideur et la tuméfaction disparurent, et la cicatrisation se fit sans accident. Environ trois mois plus tard, la malade éprouva de nouveau une douleur à l’endroit où il s’en était manifesté d’abord , mais les lotions la firent encore disparaître, et depuis, la malade ne s’en est plus ressentie. [Éphémérides des curieux de la nature , centuries 1 et Q, observation 87 de Christophe-Daniel Mezger, de^landulis ex manîâ excrelis.)
2 ® Observation. —Catherine Martin, âgée de ig ans, tempérament lymphatique, non réglécdepuis i 5 mois, en avril 1826 sentit une légère doùleur, et s’aperçut qu’elle portait dans le sein droit une petite tumeur delà grosseur d’une noisette. Le tubercule augmenta bientôt de volume ; autour de lui se forma un engorgement; d’autres tubercules se manifestèrent; et le sein, prenant de jour en jour plus de volume, finit par être deux fois plus gros que celui du côté opposé; il était très dur et occasionnait de temps en temps des douleurs lançinantês. Un médecin consulté trouva l’opération indiquée; l’avis ne fut pas suivi; trois abcès se formèrent, et s’ouvrirent successivement.
Le 9 novembre, la malade entra à la Pitié; le sein était dur, rénitent, très volumineux, irrégulièrement bosselé, adhérent à la poitrine; la glande n’était phis reconnaissable, et le mamelon avait disparu dans la tuméfaction. La peau avait un peu changé de couleur; elle était rosée, et adhérait aux parties sous-jacentes. Il existait trois ouvertures d’où coulait un pus séreux, et, de temps en temps, il se manifestait des douleurs vives, intermittentes, suivies d’un sentiment