‹ Diagnostic différentiel des tumeurs du seinChapitre 23 sur 33 · PRODUCTIONS ACCIDENTELLES. - TUBERCULES. QQ · texte numérisé non relu

PRODUCTIONS ACCIDENTELLES. - TUBERCULES. QQ

de chaleur. Il se forma successivement cinq abcès, dont rouverture donnait issue à un pus jaune caséeux. Ces abcès se formaient sous les bosselures, qui d’abord étaient très fermes, et, à mesure que l’nn se formait, se vidait et se cicatrisait, un autre se montrait pour parcourir à son tour les mêmes périodes. Le traitement antiphlogistique, d’abord employé, ne procura pas d’amélioration; on eut alors recours atix frictions avec l’iiydriodate de potasse. Sous l’influence de ce traitement, le sein diminua d’une manière rapide, les bosselures disparurent, les douleurs cessèrent et la suppuration se tarit, en sortç que lorsque la malade sortit, le 28 octobre, les deux seins présentaient le même volume; le mamelon était bien dessiné; la glande même offrait la grosseur etlaraobilité naturelle, {^rch.y 1” série, t. XI, p. 352.)

Le diagnostic des masses tuberculeuses isolées offre moins de difficultés que celui des tubercules unis à d’autres produits. L’indolence des tuineurs les distingue de la tumeur irritable. La régularité de leur surface, et surtout leur coïncidence avec des productions analogues dans d’autres parties du corps, sont des caractères qui empêcheront de les confondre avec la tumeur mammaire chronique, l’abcès chronique de la mamelle, etc. Quant aux tumeurs sanguines ou lactées devenues dures, l’étiologie du mal pourra servir à éclairer le chirurgien.

Les tubercules qui constituent la seconde variété que nous avons décrite d’après M. Velpeau offrent quelque ressemblance avec l’engorgement chronique ; mais le nombre et la marche des abcès qui se

diagnostic: DJiS TÜMJîtlRS DU SEIN.

succèdent les uns aux autres, et la nature des matières qui s’écoulent de chacun d’eux, donnent à l’engorgement scrofuleux une physionomie parliculière que ne présentent ni l’engorgement ni l’abcès chronique simple.

Section VIL — Tumeurs fibrineuses.

Sous ce nom, M. Velpeau décrit une espèce de tumeur formée par l’accumulation d’une matière fibrineuse, logée dans un ou plusieurs kystes. Les tumeurs fibrineuses proviennent des altérations que subit le sang épanché dans la mmnell,é) Qu^pd on les coupe, leur aspect est celui de^^biL^tkm^f&irineuses anciennes; elles sont fy^le^t^il^. à-#parer de la poche qui les renferi

Ces tumeurs onti^n 'yariabl^^ : il y en a

comme une noisettd^^l’aulijesfauèigni^t des dimensions énormes. Place^ tg^lîèLa 1^ ^.hp/rficie du sein, tantôt vers sa face prh^àda, Ip plu^-^ouvent à sa circonférence, elles sont o^di^alcefr^ent bosselées, irrégulières. Leur consistance est plus ou moins grande, et donne la sensation d’élasticité. Véritables corps étrangers, elles agissent sur les parties voisines en les étalant et les aplatissant.

Lorsque ces tumeurs sont le résultat des transformations que subit un ancien foyer sanguin, déterminé par une contusion de la mamelle, elles peuvent apparaître indifféremment à toutes les époques de la vie des femmes; mais, lorsque la maladie est spontanée, elles se présentent plus fréquemment chez les jeunes femmes et chez celles qui ne sont pas mariées.

N’cst-ce point à des tumeurs de ce genre qu’il faut

Î’RODÜCÎ'ÏONS AC'CIDKNT, - ïliMEUlîS FIBUEÜSES. lOt

rapporter ce que A. Gooper a décrit en parlant d’engorgements qui s’observent chez les femmes sujettes aux ecchymoses spontanées du sein?

On voit, en effet, dans sa 490' observation, qu’une fille de vingt-deux ans, atteinte depuis deux ans d’une ecchymose spontanée au sein , offrait une petite tumeur dans un des points de la glarïde.

On trouve également, dans l’observation suivante, que la mamelle gauche, tuméfiée, incommode par son poids, offrant une tension générale et sujette à des douleurs vives, qui s’exaspéraient par le toucher, sous l’influence du froid ou à l’approche des règles , présentait « de petites nodosités en différents points, » en même temps que, d’ailleurs, on observait, à certains intervalles, la coloration bleuâtre et noirâtre qui caractérise l’ecchymose.

L’histoire des tumeurs fibrineuses est encore très imparfaite; les matériaux manquent pour la compléter, et il nous semble que, dans l’état actuel de la science, disserter sur le diagnostic différentiel de ces tumeurs et d’autres maladies presque aussi rares serait nous exposer à nous perdre dans le vaste champ de l’hypothèse.

Sectiom VIII. — Tumeurs fibreuses.

Les tumeurs fibreuses dans la glande mammaire sont extrêmement rares ; pour en juger , il suffit de consulter le petit nombre d’exemples qui existent dans la science. Leur marche est fort lente , les douleurs auxquelles elles donnent lieu sont très modérées et reviennent par intervalle. Elles se jouent de tous les moyens résolutifs et persistent, quoiqu’on fasse, près-

lOa DIAGNOSTIC DES TUMEURS DU SEIN.

que indéfiniment. Loin d’offrir ce cortège de symptômes si graves qui caractérisent la cachexie cancéreuse, les tumeurs fibreuses sont compatibles avec l’état de santé le plus parfait.

Nous parlerons du diagnostic de ces tumeurs à l’ocèasion du cancer.

Section li. — tameurs carlilaginèuses et osseuses.

Il n’existe dans la science qu’un petit nombre d’observations de tumeurs cartilagineuses et osseuses dans les glandes mammaires.

11 semblerait que l’extrême dureté propre à cette altération dût la faire facilement reconnaître; cependant, dans robservalion qu’en donne A. Cooper , on ne dit point que la nature du mal ait été reconnue avant l’opération. Dans ce cas, la maladie datait de i4 ans, et la tumeur était le siège d’une douleur très vive, qui augmentait d’une manière notable à l’épôque des règles. La peau qui la recouvrait offrait une chaleur si infcommode que la malade était obligée d’avoir sans cesse recours aux applications réfrigérantes. La santé générale, malgré cet état habituel, était très bien conservée , et les ganglions axillaires étaient exempts de toute altération. La tumeur, qui fut disséquée après son extirpation , l'essemblait, dans la plus grande partie de son étendue , au cartilage qui précède l’ossification chez les jeunes enfants ; le reste de la tumeur était ossifié.

On trouve encore dans le sein d’ahtres formes d’ossificalion. M. Velpeau a vu plusieurs fois la mamelle comme sillonnée par des lames, des sortes de cloisons OLid aiguilles ostéo-calcaires fort étendues. Il cite aussi

PRODUCT. ACCID. -TUMEURS CARTILAGIÎTEDSES. lo3

une ossification observée dans les parois d’un kyste hydrique.

La tumeur dont parle Morgagni (Epist. 5o, § 4i) existait depuis trente années , sous forme de tubercules épars , dans le sein d’une religieuse de Padoue. Ces tubercules se réunirent à la partie inférieure de la mamelle en une masse à surface inégale, et qui devint le siège de douleurs assez violentes pour qu’on la confondît avec un cancer'. Ce fut derinlérieur de cette tumeur, ouverte spontanément, que le chirurgien extirpa un corps du volume d’une noix, et composé de fragments osseux irrégulièrement disposés. Morgagni {Epist., 5o, § 44 ) cite Bidioo {Exerc. anat.., obs.), et Wolf ( Com/72. lilL, ann. 1742 ) comme ayant vu de semblables altérations. Au lieu de concrétions isolées, la mamelle peut subir en totalité la transformation osseuse. Ainsi, Bonnet (Morgagni,/de. cit.') parle d’une ossification complète de la glande mammaire. Nous en rapporterons ici un cas remarquable :

Une religieuse, femme dévote, vivait dans une profonde tristesse et menait une existence misérable, à cause de la difficulté continuelle qu’elle avait à respirer. Toujours elle était tourmentée de la crainte d’un cancer aux seins. Ces organes s’étaient indurés au point qu’au toucher ils offraient la dureté de la pierre *, bien plus, la peau des environs de la poitrine était tendue de telle façon que, par sa tension , elle imitait les cercles d’un tonneau. Quoique cette jeune fille eût opposé à son mal bien des remèdes, il lui fut cependant impossible de conjurer la terminaison fatale qui la conduisit au tombeau. Après sa mort, curieux de voir ce que contenaint les mamelles , j’en fis

lo4 DIAGNOSTIC OKS TUMÈtJRS DU SEIN.

l’autopsie, et je fendis la peau, parallèlement au sternum, des clavicules vers l’appendice xiphoïde ; ellgse rétracta vers les côtés comme la corde d’un arc détendu, et, tout d’un coup , le sternum se trouva notablement à découvert. La mamelle, séparée de la poitrine avec la tumeur qui lui donnait sa forme et son poids, représentait un hémisphère entièrement osseux, et si dur qu’il résista à l’action d’un bon scalpel. Cette tumeur osseuse avait contracté de si intimes adhérences avec la peau circonvoisine qu’on ne put les séparer par aucun moyen.

Une extrême dureté et un développement très lent sont les principaux caractères de ces tumeurs. Dans les exemples cités par Morgagni et par A. Cooper, elles s’accompagnaient de douleurs d’une grande intensité. La pression exercée sur la mamelle a plusieurs fois aussi déterminé une exaspération très vive de la douleur.

Nous n’essaierons pas de disserter sur le diagnostic différentiel de ces tumeurs, et d’établir par de longs raisonnements la différence qui existe entre elles et les précédentes. Comme c’est avec le squirrhe qu’on est exposé à les confondre, nous y reviendrons plus loin.

Section X. — Tumeurs avec produits anormaux.

Quoique les exemples de monstruosités par inclusion d’un foetus dans la mamelle d’un autre sujet n’aient point été signalés dans le traité si érudit de M. I. Geoffroy-Saiut-Hilaire sur les difformités, on comprend néanmoins que ce cas puisse se rencontrer.

TUMEURS AVEC PRODUITS ANORMAUX. Iô5

Je me rappelle avoir lu dans un recueil, à la vérité non scientifique, que, dans une ville d’Allemagne, un chirurgien célèbre ayant pratiqué l’ablalion d’un sein volumineux , fut tout étonné de reconnaître que la tumeur renfermait les débris d’un fœtus. Une observation de ce genre, curieuse pour les gens du monde et qui leur semble tenir du prodige , rentre pour le médecin dans un ordre de faits, qui, bien que rares # n’en sont pas moins soumis à des lois régulières. Au reste, si l’on n’a pas constaté d’une manière authen-^ tique la présence d’un fœtus dans la mamelle, du moins on a rencontré des kystes renfermant de ces produits que les tératologistes considèrent comme des débris d’un produit de la conception. Nous empruntons à la dissertation de M. Nélaton l'exemple d’une de ces tumeurs curieuses ;

«Le i8 août lyiS, T. R. Russe! fut appelé pour voir mistress Smith, à Lewen, dans le comté de Sussex. Cette femme était fort affaiblie par la fièvre, qui, s’accompagnant de toux, d’une douleur aiguë sous le sein et d’autres symptômes, fut regardée comme causée par une pleurésie ; mais de la sérosité, ou, si l’on veut, de la sanie claire s’étant écoulée de son sein, tous les symptômes disparurent. Quand M. Russel l’a vue, le liquide s’était écoulé en quantité suffisante pour mouiller quatre mouchoirs. En examinant le sein, il trouva une large tumeur profondément située , cédant sous les doigts, en s’affaissant comme de la pâte. Il introduisit un stylet par l’ouverture et ramena une matière semblable à de la sciure ou à du son mêlé avec des cheveux. Ouvrant alors le sein , il en sépara une tumeur enkystée , qui pesait 8 onces et contenait une matière solide analogue à celle dont il vient d’être

lo6 DIAGirOSTIC DES TUMEURS DU SEIN.

question, et mélangée avec une substance semblable à des cheveux. Il s’enquit alors de la manière dont cette tumeur avait pris naissance, et la malade lui raconta que, trente-huit ans auparavant, elle avait reçu une contusion dans le sein par suite d’une chute de cheval ; que cette chute avait été suivie de douleur et de tuméfaction ; que les veines de son sein paraissaient alors variqueuses et gonflées comme dans un cancer , mais que , la douleur ayant cessé , elles s’affaissèrent et laissèrent dans le sein une tumeur indolente, que son chirurgien regarda comme un vrai squirrhe. Depuis ce temps, la tumeur resta presque dans le même état, augmentant très peu de volume; mais la glande demeura obstruée, de manière que la malade ne put nourrir son enfant de son sein. La membrane du hyste était très épaisse, nourrie de très petits vaisseaux , et avait refoulé les tissus ambiants de manière à les condenser. » ( Philosophical Tramactions, n® 887, p. 220. )

Tant que la tumeur n’est point ouverte, nous pensons qu’il est impossible d’établir son diagnostic d’une manière positive. L’ouverture spontanée ou par l’art, laissant échapper les cheveux ou d’autres débris du fœtus, donne de suite au diagnostic la plus grande précision, et ne laisse aucun doute sur ia nature de la maladie.

CANCER. 107

Page 1