OBSERVATION XVII
UFFENORDE. — Archives Internationales de Laryngologie, d'Otologie et de Rhinologie, 1910
Nolte Heinrich, 43 ans, ouvrier, a été longtemps soigné pour une suppuration chronique de l'oreillle, et cela sans résultat. Il vint consulter. La suppuration est plus abondante dans ces derniers temps. « Tout tourne, dans ma tête », dit-il.
Il s'agissait d'une suppuration fétide de l'oreille droite avec destruction complète de la membrane du tympan, et périostite de l'os tympanal.
La paroi latérale de l’attique est détruite, pas trace des osselets. L'examen fonctionnel de l'oreille droite donne les résultats suivants : conservation de la conduction osseuse. Latéralisation du diapason vertex à droite. Rinne fortement négatif. La durée de la perception est normale. La montre est entendue à sept centimètres du pavillon. L'oreille gauche présente des troubles de conduction minimes. Rinne positif. Dans les deux directions du regard, on observe un nystagmus intense, à oscillations de force moyenne, vers le côté sain. Lorsque le malade marche droit devant lui, les yeux fermés, on constate une légère déviation vers le côté malade. Rien de particulier sans cela. Les lavages ordinaires provoquaient un violent vertige, mais faits avec de leau froide, ces vertiges furent si violents qu'on fut obligé de renoncer à de semblables recherches. Pendant peu de temps, le malade fut soigné au moyen de lavages &c l’antre, comme le résultat était nul, on pratiqua la radicale le 9 décembre 1959. On trouva un cholestéatome très étendu de l’antre. Le marteau avait disparu, par contre l’enclume était en grande partie conservée. On conscatait une petite perte de substance au niveau du tubercule ampullaire qui présentait une coloration gris-noirâtre.
En touchant à cet endroit avec une sonde .terminée par un petit crochet, on provoque un mouvement lent des globes oculaires vers le côté malade ou vers le côté sain, selon que l’on introduit la sonde en arrière ou en haut, les mouvements du globe vers le côté sain'sont moins accentués. Le 31 décembre, l'épidermisation de la plaie opératoire est presque complète, et le malade vient se faire panser à la consultation externe. Il n'éprouve aucun vertige, n’a pas eu de céphalée, il ne reste que des bourdonnements ; il se sent bien portant.
Le 29 janvier, le malade revient, il raconte qu'il a été retenu chez lui un certain temps par une affection grippale (sueurs, douleurs dans les membres, céphalées, abattement). Il éprouve de nouveau des sensations vertigineuses et à vomi ; en ce moment les bourdonnements sont encore intenses. Nystagmus très marqué vers la gauche. Le malade marche droit devant lui les veux fermés.
L'examen du limaçon, pratiqué avec une grande prudence, à plusieurs reprises et à des jours différents, donne les résultats suivants : Même durée normale de la perception. On ne constate plus de latéralisation vers la droite. La conduction osseuse est conservée. Le monocorde est complètement entendu ; vers les gammes inférieures, l'audition va jusqu’à la subcantra-octave. La montre est perçue à 9 centimètres. La céphalée est intermittente, la plupart du temps à localisation frontale. Plus de vomissements.
La plaie opératoire est complètement épiderrisée, sauf sur un point grand comme une tête d'épingle de coloration noire et situé au-dessous de la région de la proéminence latérale ; avec la sonde on sent que l’os est dénudé à cet endroit, de plus, il existe une petite granulation ; dans la suite on observe qu'il sort pas mal de pus de cette zone.
Le surlendemain, le malade se trouve de nouveau dans un état misérable ; il a très mauvaise mine et vomit plusieurs fois subitement.
4% février 1910. — Trépanation du labyrinthe d'après le procédé d'Uffenorde ; dans le labyrinthe postérieur, on voit des granulations noirâtres ; de même dans le bloc osseux enlevé en totalité, contenant le canal semi-circulaire supérieur, on voit par transparence une coloration rouge noirâtre du canal membraneux. En accrochant avec une sonde le point d'effraction qui, entre temps s'est sensiblement agrandi, on provoque encore des mouvements des globes
oculaires vers les deux côtés. Lors de l'ouverture du lima çon, il coule beaucoup de liquide céphalo-rachidien ; l'écoulement augmente encore lorsqu'on ouvre l'extrémité latérale du conduit auditif interne. On découvre un abcès du cervelet. La ponction lombaire donne un liquide trouble.
Peu de temps après, le malade perd subitement connaissance ; les pupilles sont petites, mais réagissent ; les réflexes crémastérien et rotulien Sont conservés. Incontinence des urines et des matières fécales. Au bout de quelques heures, tout le pansement est traversé. Mort.
A l'autopsie, leptoméningite purulente, dilatation assez considérable des ventricules latéraux qui contiennent du liquide trouble.
Gros abcès dans le lobe droit du cervelet. La ponction pratiquée dans la plaie opératoire avait ouvert la corne postérieure du ventricule latéral droit à une distance de 3 cm. #, étant donné la dilatation. La mauvaise direction de la ponction s'explique par une disposition tout à fait singulière de la base du crâne : en effet, la paroi supérieure du rocher était recourbée en arrière, de telle sorte que ce rocher correspondait à une pyramide quadrangulaire et non pas triangulaire. La fosse cérébrale moyenne était agrandie aux dépens de la fosse cérébrale postérieure. La face postérieure du rocher, dans sa partie latérale, était complètement recouverte par le sinus sigmoïde. Le professeur Karffmann, directeur de l'Institut royal de pathologie, considéra cette disposition de la base du crâne comme tout à fait anormale, disposition favorable pour une méprise comme celle-ci. De plus, un autre élément venait s'ajouter à cette anomalie : le trajet du facial était absolument plan.
En somme on avait à faire à une labyrinthite circenscrite aux vestibules et aux canaux semi-cireulaires qui s'était propagée par le canal endolymphatique et avait déterminé un empyème du sac endolympathique, puis un abcès du cervelet et une leptoméniginte mortelle, sans lésion du limaçon. Ce qu'il y a d'intéressant c’est que l'examen de l'appareil ampullairs a'1 moyen d’une sonde provoqua des mouvements des globes oc:laires dans les deux sens, et cette réaction, Uffenorde l’a constatée dans d'autres cas de s ‘ppurations labyrinthiques avec complications endocrâniennes. Enfin à cars: de la préscnec d'un nystagmus spontané intense, on n'a pas pu constater l'inversion du nystagmus vers le côté malade, comme Neumann l'a observé dans le cas d’abcès du cervelet consécutif à