DE L’ICTÈRE DANS LES MALADIES TROPICALES
L’ictère est un syndrome caractérisé essentiellement par une coloration plus ou moins foncée de la peau eL des muqueuses, et parla présence de pigments biliaires, modifiés ou non, dans les urines.
L’ictère, les vomissements bilieux et les diarrhées bilieuses font partie de ce que l’on a appelé Y état bilieux ; cet état n’est que la traduction de l'hyperactivité fonctionnelle du foie. Toutes les fièvres des pays chauds sont riches en formes bilieuses et l’ictère se rencontre dans beaucoup d’affections
inlertropicales ; il a une grande valeur séméiologique dans un certain nombre d’entre elles. Nous étudierons l’ictère d’abord dans les maladies du foie, et ensuite dans les maladies générales.
J. Ictère dans les maladies du foie. — Congestion du foie. — La congestion simple du foie ne s’accompagne pas constamment d’ictère ; la pâleur ictérique, la teinte jaunepaillc de la peau, une coloration légèrement jaunâtre des conjonctives sont les seuls symptômes qu’on observe dans les cas légers. Dans les cas d'intensité moyenne, au bout de deux ou trois jours après l’apparition des premiers signes (douleur, etc.) on voit souvent apparaître une teinte subictérique ou ictérique des téguments ; l’ictère est pléiochromique. Les selles sont surcolorées, souvent diarrhéiques; l’urine contient des pigments et des acides biliaires.
Dans la congestion du foie, symptomatique de la distomatose hépatique, l’ictère est intermittent.
Abcès du foie. — L’ictère n’est pas constant dans les abcès du foie. Il manque généralement et n’existerait guère qu’une fois sur six (Rouis). Cela s’explique aisément par l’intégrité du parenchyme hépatique, en dehors de la partie abcédée.
JJ. Ictère dans les maladies générales. — Fièvre jaune. — « C’est l’ictère, dit Dutroulau, qui a servi à baptiser la lièvre jaune, et ce n’est pas sans raison, car c’est le symptôme qui frappe le plus nos sens dans l’expression de la maladie. C’est aussi le seul qui soit constant dans les cas bien confirmés; pas toujours pendant la vie, cependant (il est des cas où il est presque nul), mais surtout après la mort, où il ne manque jamais, et pour mon compte je serais porté à nier une fièvre jaune qui, à l’autopsie, ne présenterait pas un tissu cellulaire ictérique. »
L’ictère apparaît ordinairement vers le troisième ou quatrième jour, au moment de la fausse rémission.
Pour Dutroulau, son apparition coïncidant avec celle de la fièvre et des vomissements à une date plus rapprochée du
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début de la maladie, au deuxième jour par exemple, est un symptôme presque sûrement mortel. Pour Corre, l’ictère est beaucoup plus précoce qu’on ne le croit généralement, mais il serait léger et à peine appréciable avant la fausse rémission. Il débute par la muqueuse palatine et les conjonctives, son intensité est très variable et la coloration plus ou moins foncée des téguments n’a aucun rapport avec la gravité des cas; la peau est parfois d’une teinte safranée, jaune clair; d’autres fois elle est très loncée.
L'ictère dans la fièvre jaune est surtout prononcé à la face, au cou et à la partie supérieure du tronc. D’abord liémaphéique, il devient biliphéique vers la fin de la période d’état (Voy. Urines , page 393). Decoréis considère comme fatale cette apparition de l’ictère biliphéique; pour d’autres (Corre, Ballot), ce serait un phénomène critique favorable.
Fréquemment il survient comme phénomène critique dans des cas qui guérissent, il persiste souvent alors un mois entier après la guérison.
Dans certaines épidémies, l'ictère véritable peut faire défaut pendant la vie. Les malades ont le teint jaune-paille, la pâleur ictérique.
Fièvre récurrente. — On peut considérer l'ictère comme un symptôme de la fièvre récurrente, car dans certaines épidémies ce symptôme existe dans un quart des cas. Dans certaines formes auxquelles Griesinger a donné le nom de typhoïde bilieuse ( lyphosus ôiliosus), l’ictère apparaît vers le quatrième ou cinquième jour et s’accompagne de symptômes généraux typhoïdes; néanmoins, le plus ordinairement, dans la fièvre récurrente, l’ictère n’est qu’un épiphénomène sans gravité et sans conséquence au point de vue pronostic.
Typhus exanthématique. — Dans le typhus exanthématique, on peut observer de l’ictère dans les cas graves, comme aussi, quoique exceptionnellement, dans les cas légers. D’après Murchison, son apparition entraîne un pronostic presque invariablement mortel. Il survient, en géné-
ral, assez tardivement. H s’agit toujours d’ictère vrai, avec présence de. pigment biliaire dans l’urine.
Choléra. — L’ictère esL très rare dans le choléra. Il peut apparaître tantôt comme épiphénomène sans importance; tantôt, et ces cas sont des plus rares, comme phénomène prédominant, rappelant le tableau de l’ictère grave.
Ce symptôme ne semble pas avoir été souvent observé dans les épidémies qui ont sévi dans les régions inlertropicales. Dans les régions tempérées, d’après Oddo, qui a observé à Marseille en 1885, l’ictère peut s’observer, soit au cours de réactions régulières ou irrégulières, soit au cours de rechutes. Il peut constituer enfin le signe prédominant de la période de réaction.
Peste. — La peste à forme bilieuse (de Cbériot) est caractérisée par des vomissements bilieux; c’est une forme de peste gastro-intestinale dans laquelle l’ictère n’a jamais été signalé.
Fièvre de Malte. • — On observe parfois, dans la fièvre de Malte, du subictère coïncidant avec delà congestion hépatique.
Dengue. — L’ictère a été noté dans certaines épidémies de dengue; il peut coexister avec un état bilieux plus ou moins prononcé.
Béribéri. — Aux Indes anglaises on a constaté, dans certaines épidémies de béribéri, de la congestion du foie avec ictère. Il s’agissait vraisemblablement dans ces cas d'une complication due au paludisme, car l’intégrité des fonctions du foie est la règle dans le béribéri.
Paludisme. — L’ictère dans les différentes manifestations du paludisme est loin d’être un symptôme rare. 11 peut apparaître au cours des formes les plus variées de la malaria. Le grand nombre des formes de la fièvre intermittente auxquelles on a donné le nom de bilieuses le prouve surabondamment. 11 n’en saurait être autrement, étant données les lésions constantes du foie déterminées par l’hématozoaire chez les paludéens.
Parmi les formes continues de la fièvre paludéenne, la cou-
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tinue bilieuse s’accompagne d’ictère. Si elle est grave, elle constitue l 'accès pernicieux à forme bilieuse.
La rémittente bilieuse , que quelques auteurs identifient avec la continue bilieuse, esL comme cette dernière caractérisée, qu’elle soit légère ou qu’elle soit grave, par de l’ictère, des vomissements bilieux abondants, des selles liquides colorées par de la bile et des urines bilieuses. L’ictère est un des caractères les plus saillants de la maladie: il apparaît généralement dès le début. Il peut cependant faire défaut ou ne se montrer que vers le quatrième jour. Son intensité est variable : dans les cas graves, il est très marqué, communiquant aux téguments une teinte sombre ou bronzée ; l’urine est alors souvent d’une coloration brun-acajou foncé. Lorsqu’il existe une diarrhée bilieuse abondante, l’ictère peut être moins prononcé. L’intensité de la coloration de la peau et des urines, jointe ailes phénomènes fébrileset adynamiques graves, constitue le cortège symptomatique de la forme pernicieuse de l’accès bilieux. Cette forme est loin d’être rare, et il n’est pas un médecin, qui ait exercé dans les colonies, qui n'en aiL vu quelques cas.
Wood a signalé dans le paludisme des sueurs colorées d’une façon assez intense pour tacher en jaune du linge blanc.
La rémittente bilieuse typhoïde s’accompagne îles mêmes signes, ictère compris, accompagnés d’un état typhoïde très accentué et plus grave.
Dans Yaccès bilieux hémog lob inurique , l’ictère, avec les vomissements bilieux et les urines colorées, constitué un des symptômes cardinaux de l’affection. Il est en général précoce : tantôt, il précède, tantôt il accompagne le frisson et l'émission d'urines rouges ou noires. 11 débute par les sclérotiques, et se généralise à toute l’étendue des téguments et des muqueuses. 11 est d’intensité variable, et proportionnel le plus souvent au degré de coloration des urines. Dans les formes légères, il est à peine marqué au début de l'accès, il peut même manquer quelquefois. Dans certains cas graves, dans lesquels l’anurie
esl le symptôme prédominant dès 1<* début, il peut être également très peu intense.
« 11 est généralement uniforme, quelquefois plus marqué à la face et à la partie supérieure du tronc. Sa couleur va du jaune le plus clair au jaune-safran ou ocreux le plus foncé. On l’a alors qualifié de j aune-ocre, j aune-orange , jaune safrané, jaune à reflets rouges. » (Dutroulau.)
« Il disparaît rapidement, au bout de deux ou trois jours dans les formes légères; dans les formes graves, il peut augmenter ou diminuer, et ces oscillations s’accompagnent parallèlement de coloration ou de décoloration de l’urine. Tantôt il persiste jusqu’à la mort, tantôt il disparaît quelques jours avant, la peau conservant alors une teinte cachectique particulière, et non sans analogie avec celle des malades qui succombent à la lièvre jaune sans avoir présenté d’ictère bien appréciable. » (Corre.) L’ictère s’accentue parfois post ?norte?n, comme dans la fièvre jaune, mais le fait n’est pas constant.
Dysenterie. — Dans la forme bilieuse de la dysenterie, qui est particulièrement tenace, on observe une coloration subictérique des conjonctives et de la peau, en même temps que des vomissements bilieux et une diarrhée de même nature.
En dehors de celte forme, dans laquelle quelques auteurs ne veulent voir qu’une manifestation du paludisme, la suppuration du foie se produisant au cours d’une dysenterie peut, dans quelques cas assez rares d’ailleurs, déterminer l’apparition de l’ictère.
Verrugâ. — Dans la forme aiguë de la verruga (fièvre de Carrion), il peut exister du subictère et quelquefois même un ictère assez prononcé pour faire penser, étant donnée la concomitance de phénomènes généraux inquiétants, à un ictère grave (Üdriozola).
Embarras gastrique a calore (fièvre gastrique bilieuse ). — Pour certains auteurs, la fièvre bilieuse de la côte occidentale d’Afrique et de Madagascar est due aux chaleurs de l’hivernage et s’observe chez les non-aeclimatés; elle s’accom-