‹ Diagnostic et séméologie des maladies tropicalesChapitre 146 sur 194 · TROUBLES DU SOMMEIL ET SOMMEILS PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

TROUBLES DU SOMMEIL ET SOMMEILS PATHOLOGIQUES

Insomnie. — Toutes les maladies infectieuses, toutes les. pyrexies des pays chauds peuvent être accompagnées comme celles des pays tempérés par de l’insomnie. Gatrin la considère comme étant parfois une manifestation du paludisme; il la

TROUBLES NERVEUX

vue céder a l'administration de la quinine. On l’a observée aussi dans le béribéri.

Sommeils pathologiques. — Maladie du sommeil. — Cette affection, qui est l’aboutissant de la lièvre à trypanosomes, a pour caractéristique une tendance constante au sommeil qui va en s'exagérant jusqu’à la mort. Au début, la somnolence se montre après les repas, ou quelquefois par accès le malin ou au milieu des occupations habituelles. Les malades, dont les yeux se ferment, cherchent à s’étendre en dehors des heures de repos et à rester couchés en un endroit tranquille, dans un état soporeux, les paupières fermées, entr’ouvertes ou ouvertes.

11 faut tenir compte, lorsque l’on envisage le symptôme sommeil, du fait que les noirs dorment beaucoup. Yon Langegg a remarqué que dans les écoles ils ne peuvent rester éveillés sans faire de bruit; aux Indes occidentales, la moitié des élèves non occupée doit chanter des hymnes sans interruption pendant qu’on fait la classe à l’autre moitié. Sans celte précaution, une moitié de l’école dormirait.

11 est à noter, dit Corre, que dans la maladie du sommeil la plupart des malades véritablement somnolents nient avoir dormi quand on les interroge ; on ne les a pas plus tôt quittés qu'on les aperçoit étendus dans un coin de cour ou dans une case.

A toutes les périodes de la maladie, lorsque le malade est endormi, son sommeil a l’apparence du sommeil physiologique, sa respiration est naturelle, calme, régulière.

Au début on peut, en l’excitant, en l’appelant à haute voix, le tirer de sa somnolence; dans la suite, le sommeil devient beaucoup plus profond : il faut le secouer pour le tirer de sa torpeur et il est hébété au réveil. Au cours de l'alfection, on peut observer de véritables crises soporeuses, succédant souvent à une de ces crises épileptiformes, qui surviennent si souvent pendant la maladie. Les malades dorment alors un jour entier ou même trente-six heures sans se réveiller.

C’est souvent pendant le jour que la tendance au sommeil est la plus marquée (Dangaix). Elle peut être tellement irrésistible, que le malade s’endort au milieu d’une phrase commencée ou pendant qu'il mange, les morceaux restant dans sa bouche. Souvent aussi il bâille et s’étire les bras avant de s’endormir.

Aux dernières périodes de la maladie, la somnolence est constante. On est obligé de réveiller le malade pour le faire manger; souvent il avale et ne se réveille même pas.

Lèpre. — Dans la lèpre, la somnolence est un symptôme assez fréquent au début, et connu depuis l’antiquité. La tendance au sommeil peut être légère, peu marquée: ce n’e'st que de la lassitude ou de l'abattement ; cependant, dans certains cas, la somnolence peut être aussi marquée que dans la maladie du sommeil, à tel point que Corre avait voulu voir une certaine analogie entre les deux affections. Le lépreux peut s’endormir en mangeant, en parlant, en travaillant. Leloir a vu un cordonnier qui s’endormait en frappant les clous de ses souliers, et un paysan qui s’endormait en taillant sa vigne.

Paludisme. — Parmi les formes encéphaliques des accès pernicieux, il en est une dans laquelle la somnolence constitue le signe le plus marquant, c’est l’accès soporeux. C'est une forme atténuée de l’accès comateux; on la considère généralement comme grave. — 11 existe néanmoins, pour Dutroulau, des formes bénignes de l’accès soporeux. Cet auteur a observé de temps en temps, aux Antilles, des fièvres simples, en général tierces, guérissant après deux ou trois accès, et caractérisées par un assoupissement peu profond, subit, et durant seulement quelques heures. « 11 y a au début un peu de refroidissement, un frisson sans tremblement, une légère stupeur, et tout à coup, quelquefois au milieu d’une conversation, le malade ferme les yeux et semble s’isoler de tout ce qui l’entoure. Un peu de bruit ou d’excitation le réveille momentanément, puis il retombe dans son engourdissement jusqu’à la fin de l’accès. A son réveil, il y a encore un peu de stupeur. »

TROUBLES NERVEUX

Béribéri. — Dans le béribéri, on a noté parfois une 1 «*ndancc au sommeil, un état soporeux.

TROUBLES FSYCHIQUES DANS LES MALADIES TROPICALES. PSYCHOSES ET NÉVROSES SPÉCIALES AUX PAYS CHAUDS

En dehors des manifestations délirantes que l’on observe dans un certain nombre de maladies aiguës intertropicales, el qui font partie des symptômes qui accompagnent les lièvres graves et le paludisme en particulier, il se manifeste parfois à la suite de ces aifections des troubles psychiques, de véritables maladies mentales.

Paludisme. — Chez les paludéens, ces troubles psychiques s’observent surtout chez les cachectiques à grosse rate, en dehors des accès fébriles, el le plus souventsous forme de délin*. Ce délire est différent de celui qui accompagne les diverses manifestations fébriles des fièvres intermittentes et que nous avons décrit plus haut. 11 prend soit la forme de manie subaiguë ou aiguë, avec hallucinations de l’ouïe et de la vue, visions terrifiantes semblables à celles du délire alcoolique, soit la forme mélancolique, avec idées de persécution et de suicide. ■Ces troubles peuvent être assez marqués et assez durables, chez les individus anémiés et impaludés depuis longtemps, pour en faire de véritables aliénés, justiciables d’une séquestration.

En dehors de la cachexie paludéenne on observe parfois, à la suite d’atteintes graves de paludisme, des troubles mentaux analogues à ceux que nous venons de décrire (excitation maniaque, délire, hallucinations). Mais ces accidents ne sont pas persistants. Dans certains cas, les symptômes, observés chez d’anciens paludéens, rappellent la paralysie générale.

La nature de ces accidents est encore indéterminée.

Signalées «l’abord par Griesinger, les psychoses paludéenne» lurent dans la suite aitribuées par Ererichs à un dépôt pigmentaire se produisant, dans l’écorce cérébrale. Pour d’autres auteurs (Casmaniti, Cardamatis), ce ne sont pas les parasites du paludisme, mais les toxines qu’ils sécrètent qui sont la cause de ces troubles mentaux. Quoi qu’il en soit, leur nature et leur origine paludéenne semblent d’autant moinscontestables qu’ils cèdent à l’administration de la quinine et que, de plus, on a trouvé plusieurs ibis (Rey, Manson)rilæmamœba malariæ dans le sang des malades atteints de troubles mentaux.

Un certain nombre d’auteurs pensent que ces troubles psychiques se rencontrent de préférence chez des individus prédisposés, porteurs de tares névropathiques, le paludisme réveillant chez eux des affections nerveuses qui étaient à l'état latent. D’ailleurs, ainsi que nous l'avons fait remarquer au sujet des polynévrites palustres, l'alcoolisme, dans beaucoupde cas, a’ joué vraisemblablement le rôle provocateur que l'on a pu attribuer au paludisme (1).

Insolation. — L’action du soleil sur le crâne détermine parfois un délire furieux, accompagné d’élévation de température (Yoy. Délire). En dehors de celle forme délirante de l’insolation, on a voulu rattacher à l’action des rayons du soleil des tropiques la genèse de certains troubles psychiques, que l'on observe surtout chez les nouveaux acclimatés. Ces troubles sont variables dans leur forme et dans leur intensité : ils vont d'une simple irritabilité à des accès de délire, pendant lesquels des actes de cruauté ou même des actes homicides peuvent être commis. Ce n’est pas seulement le soleil,, mais ce sont aussi les fatigues, les préoccupations, les excèsde toute nature, surtout l’abus de l’alcool, qui prédisposent l'Européen nouvellement acclimaté à des troubles psychiques.

(1) Pour Marandon de Montyel, le paludisme chronique peut occasionner la folie chez des individus non prédisposés. Le paludisme récent n’est, pour cet auteur, qu'un agent provocateur banal de troubles psychiques.

TROUBLES NERVEUX

L’influence de ces causes diverses est rendue bien évidente par ce fait que chez les blancs il y a, dans les pays chauds, une proportion d’aliénés beaucoup plus grande que dans les pays tempérés. L’état de surexcitation particulière qui atteint quelquefois les Européens, dans certaines colonies, a été désigné au Soudan français par un nom vulgaire (sondanite). C’est un état neurasthénique, quelquefois accompagné de perversion de la moralité et de l'intelligence. Pour Sclieube, ces troubles mentaux sont dus, sous les tropiques, à l’action combinée de la chaleur et du paludisme.

Dans l’ankylostomiase, on a également signalé des troubles psychiques, consistant en tristesse, misanthropie, somnolence •et difficulté dans le travail intellectuel. Ces mêmes troubles se rencontrent également dans l’entéro-colite des pays chauds, dans la diarrhée et dans la dysenterie chroniques.

Amok des Malais. — L'amok des Malais est une psychose mal connue, caractérisée par un délire furieux pendant lequel le malade, le criss à la main, parcourt les rues d’une ville ou d’un village, entrant dans les cases et tuant tout ce qu’il rencontre, jusqu’à ce qu’on fait empêché de nuire, ou qu'il se soit tué lui-même. On observe celte vésanie non seulement en Malaisie, mais aux Indes anglaises, en Arabie et en Afrique (Soudan, Nubie). Elle est spéciale au sexe masculin, et il est tout à fait exceptionnel de l'observer chez la femme. Elle est précédée par des prodromes, qui consistent en tristesse, stupeur, abandon des occupations habituelles, perte des facultés intellectuelles eide la mémoire. Le malade répond à peine aux questions, mais ses réponses sont correctes; il est sombre et préoccupé. Immédiatement avant l’accès, il a des visions rouges ou noires, il a des vertiges, puis il perd •complètement la mémoire. A la période paroxystique de la maladie succède un état soporeux, ou un sommeil profond, durant plusieurs jours.

Les causes occasionnelles et la nature de cette vésanie sont inconnues ; ni l’opium ni l’alcool ne sont à incriminer.

Latah de Malaisie. — On nomme ainsi, aux Indes hollandaises, une névrose cérébrale1, dans laquelle les malades font des mouvements ou prononcent des mots contre leur volonté. Celte névrose a la plus grande analogie avec la maladie de Gilles delà Tourelle: maladie des lies convulsifs. Il y a cependant cette différence que, dans la maladie de Gilles de la Tourelle, ce sont surtout les mouvements spontanés auxquels le malade ne peut résister, tandis que dans le latalé ce sont les mouvements volontaires qui deviennent impulsifs. Dans cette dernière affection, les malades copient instantanément les gestes qu'ils voient faire et répètent machinalement les mots qu’ils entendent. Aussi, il y a non seulement écholalie, mais échokinésie; la coprolalie s’observe également. L’intelligence est conservée.

Le latah est assez répandu en dehors de l'archipel Malais. C’est le mali-mali des Tagals (Philippines), le bah-tschi du Siam. le yame de Birmanie, le myrakit de Sibérie (environs d’Yakoutsk), le jumping des États-Unis (Beard). Il a élé signalé aussi chez les Lapons.

Kubisagari. — 11 existe dans certaines localités du nord du Japon une maladie connue sous le nom de kubisagari et caractérisée par des paralysies et par des vertiges, se montrant par accès intermittents durant de quelques minutes à quelques heures, souvent plusieurs fois par jour.

11 y a paralysie des muscles de la nuque (kubisagari veut dire « qui laisse tomber sa tête ») et des troubles oculaires, ptosis, diplopie, brouillard devant les yeux. Les muscles des membres, des lèvres, de la langue peuvent être pris. Il y a. parfois une sécrétion exagérée des larmes, de la salive et du mucus nasal.

La maladie peut durer des années; elle n’est jamais mortelle. Il existe souvent des épidémies de maison. Miura identifie le kubisagari au vertige paralysant des bergers du canton de Yaud, décrit par Gerlier (vertige ptosique, maladie de Gerlier).

TROUBLES NERVEUX

Page 1