DE L’ŒDÈME DANS LES MALADIES TROPICALES
On appelle œdème l'infillralion séreuse des lissas. Celle inlillralion peut, se produire dans les viscères, dans les cavités, sous les muqueuses ou dans le tissu cellulaire sous-cutané. Nous ne nous occuperons dans ce chapitre que des épanchements-œdémateux du tissu conjonctif : les autres épanchements seront étudiés dans le chapitre XY1.
Dans beaucoup de maladies tropicales aiguës, on peut observer des œdèmes relevant de causes variées et pour la plupart encore mal définies. Ces œdèmes constituent un symptôme le plus souvent très précieux, mais de valeur inégale suivant les cas. 11 est difficile de classer les œdèmes que l'on observe au cours des maladies tropicales d'après leur pathogénie, celle-ci étant encore remplie d’obscurité; l'ordre que nous allons suivre sera déterminé par l'importance que joue ce symptôme dans les dillérenles maladies où on l'observe.
Le diagnostic de l’œdème est en général des plus facile. La formation d'un godet persistant, la sensation particulière d'empâtement qui le caractérisent se distinguent aisément de l'élasticité molle et crépitante de l'emphysème et de la fermeté particulière à l'adipose sous-cutanée.
Les œdèmes peuvent être d'origine veineuse ou lymphatique, relever des troubles de l'innervation vaso-motrice, ou encore être provoqués, au cours des infections, par des processus complexes, dans lesquels l'étal du sang, des celluleset le système nerveux jouent un rôle encore mal déterminé.
Aux causes, pour ainsi dire banales, qui déterminent de
OKDËME.
1 œdeme dans les pays tempérés, maladies du cœur, des vaisseaux, des reins, maladies du système nerveux, s’ajoutent dans les pays chauds d’autres causes : ce sont les maladies infectieuses spéciales aux régions intertropicales, qu’elles .soient microbiennes ou parasitaires.
On peut classer les maladies à œdèmes que l’on observe dans les pays chauds de la façon suivante :
1° L'œdème constitue un symptôme capital ; comme dans la forme humide du béribéri, dans lhydropisie épidémique et dans celte curieuse affection, de nature encore indéterminée, connue sous le nom de gonflements clu Calabar ( Calabar swellings).
2° L’œdème s'observe à l’état d’épiphénomène et à litre accessoire; tels sont les œdèmes du paludisme, de la fdariose, de la verruga et de quelques autres infections microbiennes ou parasitaires.
Béribéri. — L’œdème, dans la forme hydropique du béribéri, est le symptôme capital. 11 débute généralement aux pieds, principalement aux chevilles ou au niveau des articulations dos phalanges avec le métatarse. A la partie dorsale du pied, l’œdème périmalléolaire et prétibial est des plus fréquent. 11 s’étend très souvent aux jambes et particulièrement à la partie antérieure des tibias. Il peut rester limité à ces régions ou au contraire suivre une marche envahissante, gagner les genoux, les cuisses, le scrotum, le tronc et la région sternale. Il est fréquent au niveau du sacrum et il faut toujours le rechercher en cet endroit lorsqu'il manque sur les autres parties du corps. 11 siège quelquefois aussi au niveau de la région lombaire, et tout le long de la colonne vertébrale. Il peut s’arrêter plus ou moins haut suivant les cas, et rester limité à tel ou tel segment du corps. Il est h* plus souvent symétrique, mais il peut aussi occuper un seul côté du corps, un seul membre, ou les deux d une façon inégale. Il est parlais alterne (Maleomson), et se montre sur une main ri sur le pied opposé. Lorsqu'il se généralise, le malade ollre le tableau de
SÉMÉIOLOGIE DES MALADIES TKOP1CALES.
l'anasarque ordinaire; dans certains cas, l'envahissement sciait très vite, l’anasarque s’établissant en quarante-huit heures.
L’œdème remonte en général de l’extrémité à la racine des membres, des doigts à l’épaule. Il est surtout marqué à la face antérieure des bras et des jambes. Il peut s’arrêter aux parties latérales, et ne pas exister sur la face postérieure, contrairement h ce qu’on observe dans les œdèmes cardiorénaux. plus prononcés aux parties déclives. Ce n’est donc pas à l’action de la pesanteur qu’est due la prédominance de l’cedème du sacrum dans le béribéri.
L’œdème est parfois circonscrit à certaines régions du corps, au cou, à la face, sur le thorax, sous forme de nodosités, de bourrelets ou d’élevures, plus ou moins marqués, de la dimension de la main.
A la face, le gonflement est parfois énorme, les paupières sont tellement tuméfiées que le malade ne peut tenir ses yeux ouverts, il est obligé d'écarter ses paupières avec ses doigts. Le conduit auditif peut être également obstrué (Le Roy de Méricourl).
L’intensité de l’œdème est variable. Parfois il est très peu marqué et il faut le rechercher avec soin au sacrum (Malcomson). D'autres fois il est aussi prononcé que dans l’anasarque des néphrites; le scrotum peut atteindre les dimensions d’une tête d’enfant, le prépuce peut être infiltré, contourné en spirale, au point que l’émission de l’urine peut en être gênée (1).
La consistance de l’œdème est variable. 11 est ordinairement assez élastique, donnant au doigt, qui s’enfonce dans les tissus, une sensation de résistance particulière, quelquefois même de dureté; aussi le godet développé par la pression du doigt ne persiste-t-il pas longtemps. Ce godet peut atteindre, dans les tissus œdématiés, 1 centimètre de profondeur.
La marche de l’œdème béribérique présente ceci de parti-
(1) L’œdème du scrotum n’a pas dans le béribéri la signification pronostique fâcheuse qu’il possède dans les maladies du cœur et des reins.