HYDROPISIES
A côté de ces manifestations nettement inflammatoires des séreuses, on observe, dans un assez grand nombre de maladies des pays chauds, des hydropisies d’ordre vaso-moteur.
Paludisme. — C’est ainsi que la cachexie paludéenne grave est fréquemment accompagnée d'hydropisies multiples, hydrothorax, hydropéricarde et épanchement d’ascite quelquefois, très abondant. Nous avons vu en 1887 retirer à plusieurs reprises 7 à 8 litres à chaque ponction de liquide d’ascite du péritoine d'un ouvrier qui travaillait aux nouveaux bassins
du port de Rocheforl-sur-Mer et <jui avait contracté dans les faubourgs de celle ville, alors très paludéens, une cachexie paludéenne grave.
Ankylostomiase. — La cachexie due à l'ankylostomiase est souvent accompagnée des mêmes phénomènes et d’épanchements multiples.
Dysenterie chronique. — L’hydrothorax et l’hydropéricarde ont été également signalés comme complications rares dans la dysenterie chronique.
Hydropisie épidémique. — La plèvre et le péricarde sont dans l’hydropisie épidémique le siège d’épanchements qui se manifestent en dehors des signes stéthoscopiques par une dyspnée intense et des troubles de circulation (pouls (iliforme et bruits anormaux du cœur). Ces épanchements sont accompagnés d’une température légèrement élevée dépassant rarement 39°, et c’est un caractère invoqué par Manson et par les médecins anglais, qui ont observé l’affection à Maurice et à Calcutta, pour différencier ces épanchements de ceux du béribéri humide.
Béribéri. — Dans le béribéri à forme dite humide, l’hydrot borax et. l’hydropéricarde sont des symptômes fréquents. L’épanchement est toujours peu abondant, quoique occasionnant des symptômes très inquiétants, tels que la dyspnée et des bruits anormaux du cœur. 11 faut le rechercher; il se montre surtout à la fin de la maladie: il est toujours consécutif aux œdèmes.
On observe aussi quelquefois de l’hyperémie ou de l’infiltration des méninges cérébrales ou rachidiennes, et des épanchements de sérosité dans les ventricules cérébraux.
Hydrocèle chyleuse. — L’hydrocèle chyleuse est très commune dans les pays chauds. La tumeur scrotale fluctuante, examinée par transparence, ne laisse pas passer la lumière; le liquide chyleux qu'elle contient renferme, d’après Manson. des quantités considérables de blaires. La ehylocèle est souvent associée à un lympho-scrolum ou à une adéno-lymphocèle.
SEREUSES.
Ascite chyleuse. — L’ascite chyleuse peut être rencontrée, mais elle est très rare. Il en est de même de la pleurésie chyleuse ou chylolhorax.
TECHNIQUE DE L’EXAMEN DES EPANCHEMENTS SEREUX
Les épanchements séreux sont, constitués par des liquides albumineux qui, à l’état pathologique, se rassemblent dans l’intérieur des cavités séreuses de l'organisme. On les extrait <le ces cavités au moyen d’aspirateurs (Potain, Dieulafoy), après détermination de leur siège par l’exploration et la percussion.
Dans ces sérosités, la présence de l’albumine, sera démontrée par les moyens employés en urologie (chaleur, acides) et le dosage «le celle substance pourra être utile pour calculer la déperdition due à un épanchement qui se renouvelle après ponction. On pourra également, par les procédés urologiques, y rechercher les pigments biliaires.
Les globules rouges du sang se rencontrent presque toujours «m petite quantité dans les sérosités pathologiques, dans le dépôt qui se forme lorsque l'on met ces sérosités dans un vase conique. Ils seront reconnus à l'examen microscopique, et se présenteront décolorés, crénelés et déformés. Quand ils dépassent plusieurs milliers au millimètre cube, on dit (pic l'épanchement est hématique et leur numération dans ce cas se fait par les procédés ordinaires.
Dans les sérosités, on recherchera aussi les leucocytes. Leur détermination et leur pourcentage peuvent être très importants, car, ainsi que nous le verrons plus loin, la prédominance dans une sérosité de telle espèce de cellule blanche a une signification nette et peut, dans certains cas, aider au diagnost ic (cylo-diagnostic).
Un devra aussi rechercher dans les sérosités pathologiques, principalement lorsqu'elles offrent un aspect louche ou blan-
châtre, les globules de pus qui peuvent indiquer le début d’unetransformation purulente.
Ces globules, qu i ressemblent beaucoup aux cellules blanches, mesurent 5 à 10 y. et présentent un protoplasma à granulations, graisseuses, non colorables par les colorants ordinaires, décelables par l'acide osmique. Ils possèdent trois à quatre noyaux sphériques et de forme régulière.
Dans les sérosités on devra enfin, pour être complet, rechercher les parasites animaux, par examen à l’étal frais, entre lame et lamelle, et les parasites microbiens.
Pour la recherche de ces derniers, on étalera sur une lame un peu de sérosité avec un petit tampon d’ouate stérile, une aiguille, un til de platine, etc.; on laissera sécher, et on fixera en versant sur la préparation quelques gouttes d’ alcool-éther :
Alcool )
Éther )
Parties égales.
ou en passant à la flamme.
Et l'on colorera par la méthode de Gram.
Dans les épanchements chyleux lactescents on pourrait avec avantage ajouter du citrate de soude pour empêcher la coagulation et centrifuger, afin de retrouver plus facilement les fil aires dans le dépôt.
Enfin, le liquide d’épanchemeni sera ensemencé d’après les. méthodes bactériologiques et après dilution, s’il y a lieu, suides plaques de gélatine, de gélose nutritive ou de milieux spéciaux, qui permettent d’isoler et d’étudier les diverses espèces microbiennes qu'il peut contenir.
Cyto-diagnostic. — Bien qu'actuellement la méthode du cyto-diagnostie ail été peu appliquée aux maladies tropicales, nous pensons qu’il est bon d’en rappeler les principes généraux. Les indications données par le cylo-diagnoslic sont fournies par la prédominance, dans un liquide d’épanchement séreux ou dans le liquide céphalo-rachidien, de telle ou telle espèce de cellule blanche.