ŒIL ET VISION
L injection des conjonctives, accompagnée quelquefois de photophobie, est un symptôme banal commun à toules les pyrexies, sur lequel nous n’insisterons pas.
Ophtalmie purulente épidémique. — L'ophtalmie purulente sévit souvent à l étal endémo-épidémique, dans les pays (diauds, sur les agglomérations indigènes, comme elle a sévi au commencement du siècle dernier en Europe sur les navires, dans les casernes, les écoles, les crèches. On la rencontre fréquemment dans tout l'Orient, notamment à Chypre, et en Égypte ainsi que dans l’Inde, où elle sévit périodiquement sur les enfants et renaît tous les ans sous tonne épidémique vers h' mois de juin. Cette ophtalmie ressemble de très près à b ophtalmie blennorragique, et certains auteurs pensent qu’elle relève du gonocoque, qui serait l'origine du contage.
Les soins d'hygiène et de propreté arrêtent très rapidement les épidémies d’ophtalmie purulente.
Trachome. — La conjonctivite granuleuse ou trachome est également une maladie des pays chauds : die a été importée en Europe par les armées anglaise et française à leur retour d'Égypte et elle a pris pour cette raison le nom ophtalmie militaire. L’ophtalmie purulente épidémique ne serait pour beaucoup d’auteurs que la phase aiguë du trachome; pour d'autres, ce serait une infection gonococcique qui viendrait fréquemment compliquer la conjonctivite gra-
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nuleuse. Aucun microbe pathogène n'a jusqu’à présent élé isolé dans le trachome.
Celte affection est très commune en Egypte et dans toute la zone intertropicale.
Ophtalmies dues à des sucs irritants d’origine végétale.
— Les ophtalmies dues à l’action irritante du suc du maneenillier sont caractérisées par un gonflement dos paupières, une conjonctivite et une photophobie intenses. Elles peuvent affecter une forme en quelque sorte épidémique lorsque, comme cela s’est vu à la suite d’un cyclone qui a ravagé la Martinique en 1903, les branches cassées par le vent laissent échapper leur suc qui es! entraîné par la pluie jusque sur les yeux des personnes qui ont cherché en grand nombre un abri sous les arbres.
Lèpre. — Dans la lèpre les lésions oculaires sont très fréquentes. Elles peuvent se manifester loul à fait au début et il arrive souvent qu’une infiltration diffuse ou tuberculeuse de l’iris soit un des premiers symptômes de la lèpre à forme tuberculeuse.
Dans cette forme, 1rs lésions lépreuses envahissent de bonne heure la conjonctive probablement infectée par le canal lacrymal, le long duquel remontent les bacilles, si souvent contenus dans les fosses nasales. Elles consistent en tubercules offrant au début l’aspect de petites taches blanchâtres, pouvant acquérir plus tard de grandes dimensions et recouvrir la cornée et la sclérotique comme d’une sorte de pannus. La cornée est elle-même souvent infiltrée, il se produit de la kératite, qui amène sa perforation, et consécutivement de l’iritis et la fonte de l’œil. Les lésions oculaires de la lèpre, lorsqu'elles sont très avancées, sont le plus souvent accompagnées de douleurs terribles, pouvant amener le médecin à pratiquer l’énucléation.
Un autre processus peut donner lieu, dans la lèpre à forme nerveuse, à des lésions oculaires graves. Dans la forme nerveuse de la lèpre, en effet, la paralysie et l’atrophie de
l’orbiculaire dos paupières aboutissent rapidement à l’ectropion ol à l'impossibilité pour le malade de fermer les paupières. Le globe oculaire, n ''étant plus protégé d'un côté par les paupières, de l’aiilrc par les larmes qui ne sont plus retenues par suite de reffacomeni du cul-de-sac palpébral, subit, par suite du dessèchement, des altérations qui aboutissent à la perforation de la cornée et à la pldisie de l’œil. Aussi la paralysie de l’orbic.ulaire «les paupières a-t-elle souvent conduit les médecins à pratiquer la suture médiane des paupières, alin de protéger le globe oculaire et d’éviter la perte de l'œil.
La paralysie d’un seul muscle ou d’un groupe de muscles moteurs oculaires peut occasionner du strabisme accompagné ou non de diplopie. On a enlin signalé dans la lèpre des macules blanches ou pigmentées siégeant sur la choroïde.
Paludisme. — De très nombreuses lésions oculaires ont
été signalées dans le paludisme. On a décrit des conjonctivites intermittentes palustres, et des kératites ulcéreuses accompagnées de névralgies sus-orbitaires ayant le même caractère intermittent. Van der Burg et Martin ont même observé une sorte d’ophtalmie sympathique grave, caractérisée par une nécrose rapide de la cornée, qu'ils rapportent au paludisme. Zelhvegcr met en doute la nature paludéenne de cette ophtalmie, qui semble plutôt se rapprocher de l’ophtalmie purulente, endémo-épidémique.
Dans la cachexie paludéenne la kératite se manifeste presque toujours par une inlillration grise de la cornée formant des taies centrales ou périphériques.
Dans le plus grand nombre des cas, ce sont les lésions du fond de l’œil qui dominent dans le paludisme. Les petites embolies, occasionnées par les parasites de la malaria dans les vaisseaux rétiniens ou optiques, occasionnent de la névrite du nerf optique avec œdème péripapillaire, inlillration pigmentaire et atrophie de la papille. On observe au début de la névralgie sus-orbitaire, de la photophobie et de l'héméra-
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lopie. L;i papille présente une couleur gris rougeàlrc ; elle esl entourée d’une rétine œdématiée, reiil'enimul des vaisseaux dilatés et sinueux. La névrite optique paludéenne atteint toujours les deux yeux, mais jamais simultanément ; (die se termine en général par l’atrophie partielle du nerf optique.
Les hémorragies de la rétine se produisent dans les procès ciliaires au cours des accès dans le paludisme aigu, autour de la papille et dans la papille même dans la cachexie paludéenne. L'hémorragie peut occasionner subitement, lorsqu’elle intéresse toute la papille, une amaurose complète avec atrophie consécutive du nerf optique. On peut aussi observer des troubles visuels variés coïncidant avec la présence d’hémorragies punctiformes de la papille ou d'un scolome central.
L' irido-choroïdite paludéenne débu b'- généralement à la (in d'un accès de lièvre par de la névralgie sus-orbitaire, de la sensibilité du globe oculaire et de la photophobie.
Le fond de l’œil est hvperémié, la rétine est couleur pourpre et d’aspect toinenteux, la papille est rouge et un peu surélevée. Cet état inflammatoire disparaît pour reparaître avec un accès suivant, et au bout d'un certain temps on observe de l’atrophie des capillaires du fond de Fœil et de la rétine. Cette dernière prend un aspect grisâtre comparé par Varr à une surface sur laquelle on aurait semé du poivre. La papille devient blanchâtre, elle n'est plus .sillonnée que par des vaisseaux filiformes; il se produit en même temps des troubles visuels très importants.
L’opacité du corps vitré se rencontre quelquefois dans le paludisme; elle amène fréquemment la cécité complète; elle peut dans quelques cas rétrocéder.
On peut aussi dans le paludisme se trouver en présence de troubles oculaires sans lésions caractéristiques qui doivent être rapportés à une cause nerveuse centrale.
Amhlyopie et amaurose quiniques. — On observe enlin chez les paludéens de l’amblyopie ainsi que des amauroses
passagères suivies ou non d'alropliic* papillaire, qui sonl dues à une inloxicalion quinique.
Ankylostomiase . • — Grassi a signalé dans quelques cas d'ankylostomiase des lésions oculaires analogues à celles que l’on rencontre dans le paludisme et consistant en hémorragies rétiniennes, névrite du nerf optique, décoloration de la choroïde, anémie papillaire.
Dengue. — La conjonctivite, la kératite, l’iri lis, l’iridochoroïdite et l’amaurose ont été observés comme complication de la dengue.
Fièvre japonaise de rivière. — Dans la lièvre japonaise de rivière, les conjonctives sont très rouges, principalement dans le repli oeulo-palpéhral : les paupières sont collées le matin et le globe oculaire semble tuméfié et proéminent.
Peste. — La commission allemande d’études de la peste, qui a opéré dans l’Inde, a signait' dans cette maladie la fréquence, comme complication, de l'infiltration purulente de la cornée suivie d’irido-eyelite et de fonte purulente de l’œil.
On peut aussi observer, pendant la convalescence de la peste, de la paralysie des nerfs moteurs oculaires.
Fièvre jaune. — Dans la lièvre jaune, les conjonctives sont injectées et souvent d’un rouge orangé au début: elles deviennent ictériques pendant la seconde période. Pendant la période hémorragique, elles présentent des ecchymoses et de véritables hémorragies avec suintement de sang.
Béribéri. — Dans le béribéri, on a signalé la sensation de mouches volantes, de la diplopie, du strabisme, de l’inégalité pupillaire plus ou moins transitoires: on a observé aussi de l’amaurose et, dans un cas, de l’opacité de la cornée.
Fièvre de Nasha. — Un a également signalé une contraction pupillaire très accentuée dans la lièvre de Nasha.
Typhus exanthématique. — Dans le typhus, on observe souvent, au début, des ecchymoses conjonctivales étendues. A une période avancée et dans les cas graves, on voit se produire du myosis, les pupilles sont fortement contractées,
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pu ncl i formes (j/jin-hole /tupi/, de Graves) ; elles sont insensibles à la lumière et, d’après Graves, ce symptôme serait d’un pronostic particulièrement fâcheux.
Maladie du sommeil. — Dans la maladie du sommeil, on a quelquefois constaté du prolapsus de la paupière supérieure, du strabisme et de la inydriase avec insensibilité pupillaire.
Insolation. — Les premiers symptômes du coup de chaleur sont toujours accompagnés d’une sensation de brûlure des conjonctives qui sont sèches et ternes. La pupille est le plus souvent contractée et insensible, mais quelquefois aussi elle est dilatée et reste sensible; il peut aussi y avoir de l’inégalité pupillaire. On observe enfin fréquemment des hallucinations de la vue.
De nombreux auteurs ont, avec raison, attiré l’attention sur le rôle important qu'avait l’action de la lumière trop vive sur le nerf optique dans le coup de chaleur par insolation. Dans cette affection les symptômes oculaires peuvent certainement être dus, pour une bonne part, à des lésions périphériques et à ce qu’on a appelé la sidération du nerf optique.