‹ Diagnostic et séméologie des maladies tropicalesChapitre 20 sur 194 · DIAGNOSTIC DE LA FIÈVRE JAUNE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DE LA FIÈVRE JAUNE

La lièvre jaune débute brusquement; le malade peut avoir un frisson initial ou une légère sensation de froid, mais le plus souvent la maladie débute par une violente courbature. Presque subitement les personnes atteintes ressentent une lassitude extrême, les membres sont brisés. Il y a de la rachialgie et les malades souffrent de la région lombaire comme s’ils avaient reçu en cette région un coup violent (coup de barre). Il y a aussi de la céphalalgie et quelquefois de la photophobie; la face esl congestionnée, les yeux sont brillants et injectés.

La fièvre s’allume en même temps et la température monte à 39°, 5, 40° et 41°, le maximum étant atteint dès le début, dans les vingt-quatre premières heures en général.

Cependant le pouls reste très lent, ordinairement audessous de 63 pulsations à la minute. Ce défaut de concordance entre le pouls et la température est un symptôme précieux pour le diagnostic.

Au bout de trois à quatre jours, on observe une rémission (2e stade). La température redescend à 36°, 8-37°, le malade se sent mieux. Cette rémission, qui trompe souvent le médecin qui voit la fièvre jaune pour la première fois, dure en général quarante-huit heures, puis la température remonte et l'état général s’aggrave (3e stade).

C’est dans cette troisième phase de la maladie que se produisent principalement les phénomènes hémorragiques dans toute leur intensité.

Dès le début de la lièvre jaune, on peut observer du délire. soit avec excitation, soit avec dépression: cependant les malades sont plutôt excités jusqu’à la dernière phase de la maladie. L agitation délirante lait souvent place au coma dans les derniers instants.

Les vomissement x se montrenl d habitude de bonne heure,

DIAGNOSTIC, DE LA KlÈVItE JAUNE.

dans les vingt-quatre ou quarante-liuil. premières heures. Le malade vomit d’abord des mucosités; ensuite les efforts continuent lorsque l'estomac est vide, se reproduisant à intervalles très rapprochés, nuit et jour. Ces efforts, très pénibles, fatiguent beaucoup Je sujet.

Dans les formes très graves, le malade peut mourir à cette période et ne présenter jamais le vomissement caractéristique, marc de café; dans ces cas, il y a assez souvent anurie d’emblée.

Dans les formes moins rapides, les vomissements muqueux ou bilieux commencent, dès le début, ou pendant la période de rémission thermique, à présenter de petites stries noirâtres qu’on a comparées à des ailes de mouches nageant dans un liquide plus ou moins clair.

Ces stries deviennent de plus en plus nombreuses et le vomissement devient caractéristique. Le changement se produit aussi quelquefois soudainement, par suite d’une hémorragie stomacale, qui transporte brusquement le malade en pleine période hémorragique.

Les hémorragies se produisent presque toujours pendant la troisième phase de la maladie. On les observe alors sur toutes les muqueuses, conjonctive, muqueuse labiale et buccale, muqueuse du tube digestif, et muqueuse utérine. La peau elle-même peut laisser filtrer de lines gouttelettes de sang, constituant, de véritables sueurs sanglantes.

Dans la lièvre jaune, les urines sont constamment albumineuses et cela dès le début. Elles renferment souvent une si grande quantité d’albumine qu’elles se solidifient en masse sous l’action de la chaleur ou des acides.

Lorsque, dans un verre à expériences renfermant une certaine quantité d’urine de lièvre jaune, on verse doucement contre la paroi quelques gouttes d’un acide minéral fort (acide azotique), il se forme un anneau laiteux que l’on a l’habitude de considérer comme caractéristique (anneau de Vidaillet). Cet anneau peut être reproduit avec d’autres urines Maladies tropicales. 3

que celles de la fièvre jaune; il esl donc loin d’èlre caractéristique.

Les urines émises sont rares; leur quantité est notablement réduite (il y a même quelquefois anurie), et elles renferment le plus souvent une proportion d’urée, inférieure à la normale, qui peut descendre jusqu'il 1er, o par litre. Un peut observer de l’urémie.

La constatation de l’albuminurie sert beaucoup au diagnostic. Elle est également très importante au point de vue du pronostic. Et, à ce dernier point de vue, c’est par le dosage de l’albumine et celui de l’urée que l’on pourra le mieux se rendre compte de la marche de la maladie dans une attaque de fièvre jaune.

Les urines sont quelquefois liémal uriques, par suite d’hémorragie de la vessie, ou hémoglobinuriques; mais, quoi qu’en disent certains auteurs, ces cas sont très rares, et l’on peut observer plusieurs épidémies sans en constater un seul.

La constipation est de règle pendant la première période ; elle se constate dès le début et persiste généralement jusqu’à la fin de la maladie. Cependant, à la période hémorragique, il se produit souvent de la diarrhée accompagnée d’entérorragies, ou de mélaena.

\J ictère peut se manifester dès le début ; mais il apparaît plus généralement à la fin de la deuxième période ; il manque quelquefois jusqu’aux derniers moments et peut ne se montrer qu’après la mort. Il esl souvent plus intense sur les parties déclives du corps. L’ictère conjonctival de la lièvre jaune n’a pas un aspect franchement jaune, il est plutôt orangé ; il y a là une question de teinte qui peut donner une indication à un œil exercé.

La rate n’est pas hypertrophiée; (die peut être toutefois légèrement augmentée de volume, lorsque la maladie dépasse le huitième jour.

Le foie, quoique congestionné, ne présente pas, à la percussion, d’augmentation de volume.

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On observe souvent enfin un érythème très intense, suivi d’ulcéralions et de sphacèle de la région anale, de la vulve et du scrotum. Ces symptômes, déjà observés au lazaret de Malaga en 1804, ont été également constatés, ainsi que des nécroses de la peau des membres supérieurs et de. l’abdomen, par Lefort (Martinique, 1821); ils sont assez communs et il est rare que l’on n’ait pas à les noter dans une épidémie.

Anatomie pathologique. — 11 est parfois de la plus grande importance de faire le diagnostic pbst mortern de la fièvre jaune. Les principales lésions que l’on peut rencontrer à l'autopsie sont les suivantes.

11 existe souvent des hémorragies multiples dans les plèvres, le péricarde, les centres nerveux et les méninges. Mais ces hémorragies peuvent manquer et c'est dans l’appareil digestif que l’on rencontre les lésions les plus constantes el les plus utiles au diagnostic. Ces lésions ne sont d’ailleurs pas absolument caractéristiques de la lièvre jaune; quelques-unes d’entre elles se rencontrent aussi dans l'ictère grave et l’ empoisonnement par le phosphore.

L’estomac, l’œsophage et une partie de l'intestin grêle, dans les cas où le vomissement hémorragique ne s’est pas produit, sont recouverts d’un enduit glaireux très épais, couleur gris de plomb, semblable à un enduit saburral. Au-dessous de cel enduit, la muqueuse esl rouge, tuméfiée el prête à s’ulcérer.

Lorsque l’autopsie est faite sur un sujet qui a présenté du vomito negro, l’estomac, l’œsophage et une partie de l’intestin grêle sont remplis de la matière noire caractéristique, que l'on a comparée à du marc de café en suspension dans de l'eau. La muqueuse est à nu, rouge, tuméfiée, ulcérée en larges plaques, principalement au niveau île la petite courbure de l’estomac et du cardia.

Le foie présente une dégénérescence graisseuse , généralement très intense, comparable à celle que l’on observe dans l’ictère grave et l’empoisonnement par le phosphore, et qui

DIAGNOSTIC DES .MALADIES TUOl'lCAEES.

produit cet aspect si caractéristique (|ue l'on a appelé couleur feuille-morte, cuir neuf, chamois.

Le myocarde, et les reins ont (paiement subi la dégénérescence graisseuse.

On ne connaîtras l’agent infectieux de la lièvre jaune; on sait simplement qu’il traverse les libres Berkcfeld et Cliamberland marque F, et rentre dans la catégorie des microbes invisibles.

Diagnostic différentiel. — Il sera plus ou moins difficile suivant que l'on est au début ou au cours d’une épidémie.

Avant l’apparition du vomissement caractéristique, surtout s’il y a ictère précoce, la fièvre jaune pourra être confondue avec l’ictère grave.

Dans l’ictère grave, l’albuminurie, lorsqu’on la constate, est moins précoce et moins marquée que dans la lièvre jaune; mais la teinte ictérique y est, par contre, toujours plus intense. Le défaut de concordance entre la température et le pouls, l’aspect vultueux du visage, l’excitation du début et les rachialgies de la fièvre jaune manquent dans l’ictère grave.

On a l’babitude de faire le diagnostic différentiel de la lièvre jaune et de la fièvre hémoglobinurique, quoique, à notre avis, ces deux affections puissent difficilement être confondues l’une avec l’aulre; elles ont cependant quelques symptômes communs, entre autres l’ictère.

La fièvre bilieuse hémoglobinurique est en effet caractérisée par une apparition précoce d’ictère et d’hémoglobinurie. Or, nous savons que l’ictère est en général tardif dans la fièvre jaune et que l’hémoglobinurie est un symptôme presque exceptionnel dans cette dernière affection.

Dans la fièvre jaune, on remarque plutôt de la surexcitation, avec tendance au délire; dans la fièvre bilieuse hémoglobinurique, c’est l’asthénie avec tendance au coma qui domine.

Dansla fièvre bilieuse hémoglobinurique, il y a le plus souvent augmentation des dimensions du foie et delà rate; dans la fièvre jaune, la rate et le foie restent normaux.

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