DIAGNOSTIC DE L ' È L É P H A N T I A S I S DES ARABES
Cette affection est très répandue dans toute la zone tropicale, qu’elle dépasse un peu au nord et au sud, et s’étend du 30’’ degré de latitude nord jusqu’au 33e degré de latitude sud. Elle est caractérisée à la période d’état par un épaississement considérable de la peau des membres et des organes génitaux, amenant une déformation considérable.
Elle atteint plus fréquemment les races colorées et siège principalement aux extrémités inférieures, sur les organes génitaux externes, vulve, scrotum et pénis, dans les aines ou les aisselles (adéno-lympbocèles), plus rarement à la mamelle et au bras.
La maladie débute par une poussée fébrile {fièvre éléphantiasique, filarial fever ), durant laquelle on observe de l’érisypèlc ou de la lymphangite avec induration des lymphatiques et œdèmes. Ces symptômes diminuent d’intensité, mais ne disparaissent pas complètement et il reste un certain empâtement de la région envahie. Après plusieurs poussées qui peuvent se succéder, à quelques semaines ou quelques mois d’intervalle, la région est considérablement augmentée de volume et œdématiée.
(1) L'ascitc cliytcuse et surtout lo chylothorax sont très rares.
DIAGNOSTIC DE L'ÉIÆI’IIANTIASIS DES AMADES.
Sons la peau distendue le tissu conjonctif est criblé de varices lymphatiques et parcouru par des vaisseaux dilatés: la moindre piqûre de la peau amène un écoulement lymphatique qui peut être 1res abondant et atteindre plusieurs litres.
Plus lard l’oedème devient dur, la peau cl le tissu conjonctif deviennent scléreux, c’est le dernier stade de l’éléphanLiasis.
Les régions atteintes sont alors devenues énormes, boursouflées et mamelonnées (fig. l(i).
■ On observe souvent, au cours de la maladie, des abcès profonds et douloureux, ou des abcès superficiels dans lesquels on peut retrouver des embryons de blaires.
Les ganglions sont toujours augmentés de volume.
Desépanchemenls dans les séreuses, péritoine, plèvres, tunique vaginale (ascite et pleurésie chi/leuses, cliylocèle ), peuvent se produire. On observe fréquemment aussi de la chylurie. Ce dernier symptôme succède quelquefois a I ablation des tumeurs éléphanliasiques du scrotum.
Les poussées inflammatoires du début s’espacent avec le temps et finissent même par disparaître sans que les lésions cessent de s’accroître; quelquefois même ces poussées ne se montrent pas du tout ( éléphantiasis à forme froide).
On a «‘in is I hypothèse que l'éléphant iasis était une manifestation filarienne. D’après Manson, on rencontre plus rarement les embryons de lilaire dans le sang des indigènes
i’ig. lii. — Eléphantiasis des Arabes, d’après Turner.
atteints d’éléphantiasis que dans le sang de ceux qui n’en sont pas atteints. La recherche du parasite dans le sang né constitue donc pas un moyen de diagnostic. D’après Le Dan Lee, on retrouve ces embryons seulement dans le sang recueilli au niveau des parties atteintes. Cet auteur admet que dans certains cas les lésions seraient provoquées par des inflammations récidivantes dues à un streptocoque spécial. Ce streptocoque, réinoculé à plusieurs reprises sur l’oreille d'un lapin, aurait produit chez cet animal des lésions éléphant iasiques typiques.
Diagnostic différentiel. — Le diagnostic de l’éléphantiasis des Arabes à la période d’état, avec ses déformations caractéristiques, ne présente pas de grandes difficultés. En ce qui concerne plus particulièrement les lésions des membres inférieurs, il pourra être confondu avec des lésions syphilitiques gommeuses, ou avec des lésions tuberculeuses, ou lépreuses (éléphantiasis des Crées).
Dans la syphilis on ne retrouve ni accès fébriles paroxystiques, ni poussées érysipélateuses, et, dans le doute, le traitement d’épreuve tranchera la question.
En ce qui concerne la tuberculose et la lèpre, les lésions à forme éléphantiasique, qui ne sont jamais aussi étendues que dans l’éléphanLiasis des Arabes, sont parsemées de petits tubercules; de plus, la constatation des troubles de la sensibilité, et la présence du bacille de Hansen dans les lésions lépreuses d’une part; la constatation du bacille de Koch et l’inoculation au cobaye dans les lésions tuberculeuses, d’autre part, permettront de faire le diagnostic.
Le pied de Madura peut également présenter une forme rappelant l’élépban t.iasis ; on recherchera les trajets (isluleux caractéristiques, en tunnels, de cette, affection cl les grains renfermant le mycélium pathogène.
Les ulcères phagédéniques peuvent aussi être entourés d’une zone inflammatoire très étendue simulant des lésions éléphantiasiques, et peuvent même après guérison laisser une
DIAGNOSTIC DES FILAItlOSES DU TISSU CONJONCTIF. 10ï»
zone d’induration et d’hypertrophie 'assez étendue. La constatation de l’ulcère ou d’une cicatrice ainsi que les commémoratifs permettront d’établir le diagnostic.
Nous devons ajouter que toutes ces lésions, accompagnées de symptômes éléphantiasiques et pouvant être confondues avec l’rléphanliasis des Arabes, siègent en général autour du pied et des malléoles et n’ont pas de tendance à envahir les parties supérieures de la jambe et de la cuisse.