‹ Diagnostic et séméologie des maladies tropicalesChapitre 98 sur 194 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

EX A du sang la vei rhémogl

Nombre de cas.

«EN pratiqué Ile de obinurie.

Positifs.

EXA du sang le joi l’hémogl

Nombre (le cas.

«EN pratiqué ir de jbinurie.

Positifs.

EXA (lu sang le tende l’hémogl

Nombre de cas.

«EN pratiqué nain de Dbinurie.

Posilifs.

A. Plehn

F. Plehn

Koch

Stephens et Christophers.

Daniels

Panse

Total

Résultats positifs p. 100.

A cetle intéressante énumération, nous pouvons ajouter deux observations personnelles recueillies à Madagascar, dans lesquelles l’examen du sang pratiqué le jour du début de l'hémoglobinurie a permis de retrouver V Ifœmamœba qui a disparu dès le lendemain de la circulation.

Se basant sur ce fait que l'hémoglobinurie du bœuf est un symptôme occasionné par le Piroplasma bigeminùm chez les bovidés, Sambon pense que la lièvre bilieuse héinoglobinurique est due à un piroplasme, non encore découvert dans cette affection. Cetle opinion n’est jusqu’à présent qu'une hypothèse, tandis que l’opinion qui rattache la bilieuse héinoglobinurique au paludisme trouve tous les jours des arguments nouveaux.

Piroplasma. — Les Piroplasma sont des protozoaires parasites que leur mode de reproduction très simple par bipartition ou par segmentation en un plus grand nombre d’éléments n'a pas encore permis de ranger dans la classe des sporozoaires à côté des Hœmamœba dont ils sont cependant assez voisins pour que Laveran les fasse entrer dans le genre flœmocytozoa à côté de ces derniers.

Les Piroplasma se présentent dans le sang, le plus souvent , à

l'intérieur des globules ; ils étaient autrefois considérés comme toujours inlraglobulaires; cependant les récentes découvertes, principalement en ce qui concerne le Piroplasma Donovani , nous oui appris que ces parasites pouvaient aussi être exlraglobulaires, et que le nombre des formes libres pouvait même dépasser celui des formes endoglobulaires.

Ces parasites ont une forme globuleuse, ovalaire ou allongée en forme de poire, ce qui leur a fait donner le nom de Piroplasma: mais ils peuvent être aussi arrondis et ressembler beaucoup aux petiles formes de Y Hœmamœba.

Ils oui un protoplasma qui se colore en bleu par le mélange bleu-éosine et un karyosome qui se colore en rouge violet foncé.

Les Piroplasma se multiplient le plus généralement par bipartition du karyosome et division longitudinale du parasite. Cependant dans quelques cas ce parasite s'arrondit, le karyosome se divise en quatre ou en un plus grand nombre de segments et l'on observe une multipartitioii.

Les Piroplasma ne renferment jamais de pigment.

La même hématie peut contenir deux, quatre ou même un plus grand nombre de parasites.

Les piroplasmoses ont été longtemps des maladies exclusivement animales, et l’homme semblait ne pas être sujet à ce genre d’affections, lorsqu’au commencement de l’année 1002 deux auteurs américains, L. B. Wilson et W. M. Cliowning, signalèrent, dans la maladie appelée spotted fever, qui sévit dans les montagnes Rocheuses, un parasite endoglobulairc piri formé ou plus ou moins arrondi, non pigmenté, présentant souvent la disposition bigéminée du Piroplasma biç/emimun , dont il pourrait cependant être différencié par sa faculté toute spéciale de présenter des mouvements amiboïdes très actifs.

D'après Wilson et Chowning, après coloration le parasite semblerait plus fortement coloré à l'une de ses extrémités (probablement à cause de la présence' à cette extrémité d’un

EXAMEN DU SANG

karyosome), son contour étant légèrement indiqué par une petite ligne colorée. D’autres fois il présenterait en son centre une tache colorée entourée d'une zone claire (karyosome central).

Ces parasites, qui auraient été vus depuis par J. O. Cobb, F. Westbrook et Anderson, et rapportés par tous ces auteurs au genre Piroplasma, seraient très rares dans le sang périphérique et l'on devrait souvent chercher dans de nombreux champs microscopiques avant d’en rencontrer un seul, mais on rencontrerait souvent plusieurs globules infectés groupés dans le même champ. On pourrait enfin trouver des formes libres à côté des formes intraglobulaires.

Cet hématozoaire, qui serait inoculable au lapin, serait sans effet pathogène pour cet animal. 11 se rencontrerait dans la proportion de 30 p. 100 chez les spermophiles, dans la région où l’on observe la spptted fever. Il serait inoculé à l’homme par une tique’ qui a été déterminée par AV. Sliles ( Dermacentor reticvlatus), d’où le nom de tick fever.

Mal gré des objections très sérieuses, reposant principalement sur ce que les piroplasmes actuellement connus sont parasites d’une seule espèce animale, de nombreux auteurs admettent que le nouveau parasite est la cause de la spottecl fever et Manson, dans sa nouvelle édition des maladies tropicales, le désigne sous le nom de Piroplasma hominis.

D’après AAulson, la quinine à très hautes doses (1 gramme de bichlorhydrate en injections sous-cutanées toutes les six heures) aurait une action sur le parasite. Cinq malades traités parla quinine auraient guéri, tandis que cinq autres malades non traités seraient morts.

Ces faits sont d’autant plus intéressants que jusqu’à présent la quinine s'est montrée inefficace dans toutes les piroplasmoses. Ils demandent confirmation.

Le Piroplasma Donovani, agent de la fièvre de Dum-

dum. du kala-azar. — Le 30 mai 1903, Leisliman publiait dans le British medical Journal l’observation d'un cas de fièvre de Dum-dum (localité située près de Calcul fa).

Il avait retrouvé à l’autopsie des éléments arrondis ou piriformes présentant une grosse masse chromatique et une petite masse bacillaire, généralement située en un point diamétralement opposé. Leisliman pensa que ces éléments étaient dus à une dégénérescence post mortem de trypanosomes qui, ainsi que nous le verrons plus loin, possèdent un noyau et une petite masse chromatique que l’on a appelée centrosome à cause de son analogie avec le centrosome des spermatozoïdes. Mais un médecin de Madras, Donovan (1), fit bientôt remarquer que ces corps se retrouvaient, pendant la vie, dans le sang provenant de ponction de la rate, pratiquée chez un enfant atteint de lièvre irrégulière, rebelle à la quinine.

Ces corps ne sont donc/ pas des formes de dégénérescence. On ne retrouve pas d’ailleurs, chez les malades, les formes caractéristiques du trypanosome et jamais le parasite ne présente de tlagelles (2).

Son étude a été faite avec les matériaux envoyés par Donovan, en France par Laverai! et Mesnil, en Angleterre par Ross, Manson et Low.

Les savants français ont décrit dans le sang de la rate et du foie des parasites qu’ils ont même pu quelquefois retrouver dans des préparations de sang périphérique.

Ces parasites, que nous avons eu la bonne fortune de pouvoir examiner sur les préparations de Donovan, ainsi que sur des préparations qui nous ont été très obligeamment montrées par

(1) Donovan, Brilish med. Journal, juillet 1903.

(2) Le Piroplasma Donovani n’est évidemment pas une forme de dégénérescence ; d’après les plus récents travaux, ce parasite, abandonné à l’étuve dans du sang eitraté, aurait donné à Rogers des formes de trypanosomes. Le même parasite présenterait donc un stade à forme piroplasme et un stade à forme de trypanosome, ce qui semblerait confirmer les vues émises par Schaudinn au sujet d’hématozoaires voisins, qu’il a étudiés.

EXAMEN DU SANG

Sir P. Manson, qui observait à l’ hôpital île l’tëcole de médecine tropicale de Londres un cas de maladie de Donovan, en décembre 1903, se montrent sous l'aspect de pelits éléments piriformes, ovales ou sphériques, présentant une grosse, masse nucléaire et une autre plus petite, généralement placées aux deux extrémités d’un même diamètre.

D’après Lavera n et Mesnil, ces corps subissent la division

Fig. 48. — Piroplasma Donovani, d’après Laveran et Mesnil.

1 et 2, hématies d’aspect normal, contenant chacune un petit Piroplasma; 3. 4 et S, hématies altérées contenant 2 à 7 parasites; G, 7 et 8, parasites libres, sphériques, ovalaires ou piriformes; 9, parasite piriforme en voie de ■division : 10, deux parasites piriformes accolés, provenant probablement d’une division par bipartition; 11, élément parasitaire sphérique grand ; 12, 13 et 14, formes de multiplication par division répétée du noyau ; 13 et 17, grands leucocytes mononucléaires, avec parasites inclus dans le protoplasme et même dans le noyau (fig. 13); IG, polynucléaire avec un parasite inclus dans le protoplasme (grossissement : 1000 fois environ).

longitudinale en deux ou la division multiple des Piroplasma ; aussi les ont-ils désignés sous le nom d ^Piroplasma Donovani.

Ces parasites sont tantôt libres, tantôt endoglobulaires, et ils peuvent être pl us ou moins nombreux dans une hématie : Laveran et Mesnil ont vu une hématie renfermant quatorze parasites. Lorsque leur nombre augmente dans un globule rouge, l’hémoglobine diminue cl ce globule se colore de

moins en moins par l'éosine. Les globules parasités prennent alors l’aspect d’une coque entourant un grand nombre de petits corps plus ou moins sphériques ou ovalaires.

Ross considère ces amas comme représentant des sortes d'enveloppes kystiques enfermant des spores, et il a créé pour le parasite, qu’il sépare des Piroplasma , le genre Leishmania .

Les parasites peuvent se trouver dans les leucocytes polynucléaires ou mononucléaires.

Ils ont été décrits pour la première fois dans la fièvre dite de Dum-dum. puis dans une fièvre irrégulière, non influencée par la quinine. C. A. Bentley les a retrouvés dans le kalaazar. 11 y a lieu, par suite, de penser que fièvre de Dum-dum et kala-azar ne sont qu’une seule et même affection produite par le Piroplasma Donovani.

D'après les plus récentes communications de Donovan, le Piroplasma du kala-azar se rencontre dans le sang périphérique lorsque la température atteint 39° ou 39°, 5, mais toujours en petite quantité, et il faut parcourir plusieurs champs microscopiques avant d’en trouver.

Dans la circulation périphérique, les parasites sont libres ou endoglobulaires ; ils sont plus petits que dans la rate et ne présentent qu'un seul karyosome.

Le Piroplasma Donovani se rencontrerait encore d’après Manson dans la moelle des os et les ganglions mésentériques ; d’autres auteurs l'auraient retrouvé dans des ulcères granuleux de l'intestin et dans le sang provenant d’ulcères cutanés.

Protozoaires flagellés sanguicoles. Trypanosomes. Trypanosomiase humaine. — Avec les trypanosomes, nous sortons de la famille des sporozoaires pour entrer dans celle des protozoaires flagellés, c’est-à-dire caractérisés par la présence d’un ou plusieurs longs flagelles.

Ces parasites sont encore des êtres unicellulaires, munis d'un noyau. Ils ont été appelés trypanosomes parce qu ils

EXAMEN DU SANG

ont l’aspect d'une tarière ou d'une vrille. Leur corps est plat H lancéolé comme celui d'un distome. L'un des bords du parasite présente une longueur supérieure a celle de son corps ; il s’ensuit une espèce de llottement de ce bord qui, à cause de scs mouvements, a élé nommé membrane ondulante.

Celle membrane est bordée par le flagelle qui la suit jusqu'au niveau du centrosome, dont il semble émerger.

Les trypanosomes renferment un noyau globuleux qui se colore en rouge violet par le mélange éosine-bleu el un petit point chromatique, qui se colore également en rouge violet et que, par suite de son analogie avec des poinls semblables que l'on rencontre à la base du flagelle chez les spermatozoïdes, on a appelé centrosome.

C’est de ce centrosome que part le flagelle, lequel, après avoir suivi les sinuosités de la membrane ondulante, s’étend librement à l’extrémité antérieure du parasité sur une longueur qui peut égaler celle du trypanosome.

Les trypanosomes sont toujours extraglobulaires (1).

Les trypanosomes sont facilement englobés dans le sang

(1) Ils se reproduisent: 1° par division inégale; 2° par division répétée; 3° par division multiple, et enfin i° par division égale des petits éléments.

Lorsqu’un trypanosome va se diviser, son noyau se rapproche du centrosome. Ce centrosome grossit, ainsi que la base du llagelle. Il se produit ensuite une division du noyau du centrosome et de la base du llagelle. Enfin une encoche vient séparer partiellement le nouveau parasite du parasite mère. Ce dernier peut donner naissance à un second parasite par le même processus, puis à un troisième; c’est ainsi que l’on peut rencontrer de véritables rosettes de trypanosomes, dans lesquelles un parasite est plus développé que les autres. Tel est le mécanisme de la division inégale simple ou répétée.

Le trypanosome qui va se diviser par division multiple s’étend en une sorte de plasmode; son noyau et ses centrosomes se divisent, les fragments nucléaires se portent à la périphérie, où il se forme des échancrures, et au niveau de chaque nouveau centrosome apparaissent de petits ilagelles d’égale longueur. 11 se forme ainsi des rosettes à petits éléments égaux, qui constituent la division multiple.

Les petits éléments provenant de la dislocation de ces rosaces peuvent euxmêmes subir la division multiple et donner des rosaces à très petits éléments.

Cette reproduction, qui a été étudiée, dans le cas du trypanosome du sang du rat, par Kempncr, Rabinowitch, Laveran et Mesnil, ne s’observe que difficilement dans les trypanosomiases humaines, dans lesquelles, comme nous le verrons, le parasite est très peu abondant dans le sang.

SEMEIOLOGIE DES MALADIES TltOPIGALES.

par les leucocylcs mononucléaires qui les digèrent. Ils peuvenl également, ainsi que cela a été démontré pour la première lois pour le trypanosome du sang du rat, par Lavcran et Mesnil, être agglutinés légèrement par un séjour prolongé à la glacière; ils le sont au contraire très fortement par le sérum d'animaux ayant reçu des injections de sang infecté.

Fig. 49. — Tnjpanosoma gambiense, agent pathogène de la trypanosomiase

humaine.

I, 4, Tr. gambiense ; 2, 3, 6, formes de multiplication par division égale; 5, division inégale.

Dans ce dernier cas, les trypanosomes se réunissent en rosettes, d’un fort joli aspect, les cils étant tous tournés du côté de l'extérieur ; l’agglutination se reproduit aussi chez les rypanosomes tués parle formol, mais les parasites s'agglomèrent sans ordre dans ce cas.

Brumpt et Wurtz (1) ont signalé que les trypanosomes de

(1) Brumpt et Wurtz, Soc. (le Biol., 3 déc. 1903.

EXAMEN IX! SANG

la trypanosomiase humaine possédaient, les mêmes propriétés agglutinalives vis-à-vis du sérum des animaux infectés (1).

Voyons maintenant quelles sont les conditions dans lesquelles on rencontre le parasite dans le sang de l’homme.

En 1901, Forde et Dut Ion découvrent, dans le sang demalades atteints de fièvre irrégulière avec oedèmes fugaces et érythèmes polymorphes, un trypanosome auquel ils donnent le nom de Trÿpanosoma f/cunbiense. Cette fièvre irrégulière, appelée d’abord maladie de Dut ton, paraît avoir une durée assez longue et une marche chronique ; les malades semblent pouvoir guérir spontanément.

Tel était l'état de la question delà trypanosomiase humaine, lorsqu’au mois de juin 1903 Castellani découvre un trypanosome dans le liquide céphalo-rachidien de malades atteints de maladie du sommeil.

Ce trypanosome se retrouve en très petite quantité dans le sang et dans le liquide céphalo-rachidien. Pour déceler sa présence, il est nécessaire de traiter par la centrifugation un volume d’au moins 10 centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien ou de sang c i I raté. Le sang citrate sera, centrifugé une première fois pour séparer les globules, la. seconde centrifugation séparera les parasites.

Le parasite de Castellani et celui de Dutlon restèrent pendant quelque temps deux espèces séparées, jusqu’au jour où une malade européenne, ayant habité au Congo et traitée à Londres par Manson pour trypanosomiase ou fièvre de Dutton, mourut avec des symptômes non équivoques de

(I) Pour décrire d’une façon complète la biologie des trypanosomes, nous devons aussi signaler que Novy est arrivé à cultiver ces protozoaires sur des tubes de gélose peptonisée à 3 p. 100 à laquelle il ajoute avant refroidissement moitié de sang défibriné de lapin ; les tubes sont inclinés et les trypanosomes, ensemencés dans l’eau de condensation, qui se rassemble au bas de la couche de gélose, s’y développent en rosettes. Leurs llagcllcs sont alors, contrairement à ce que nous avons vu jusqu'à présent, tous tournés vers le centre de la rosette. On n’a pu réussir jusqu'à présent à cultiver que le trypanosome du rat; la culture du trypanosome du nagana a ôté faite, mais elle réussit plus difficilement; le trypanosome humain n’a pas encore pu être cultivé.

maladie du sommeil, justifiant ainsi l'idée, émise par Bruce et ses collaborateurs, de l’identité des deux trypanosomiases humaines. Les expériences de Nabarro et Laveran, en démontrant que les singes immunisés contre un trypanosome l’étaient également pour l'autre, vinrent enfin apporter un argument décisif dans le débat en laveur de l'identité des deux parasites.

La maladie du sommeil n’est donc qu’un stade aggravé de la trypanosomiase humaine, le parasite passant du sang dans le liquide céphalo-rachidien (1).

Parasites microbiens sanguicoles. — On rencontre également dans le sang des microbes dont les uns sont constamment présents dans la circulation, au cours de certaines affections, tandis que les autres peuvent en être absents et n’apparaître qu'à la fin de certaines maladies, lorsque ces dernières prennent un caractère particulièrement grave.

Les microbes que l’on rencontre dans le sang sont presque toujours libres dans le plasma sanguin et l’on remarque rarement leur présence à l’intérieur des phagocytes. Cela tient à ce que, grâce à leur virulence, ils exercent vis-à-vis des phagocytes une action de chimiotaxie négative, qui éloigne ces derniers; c’est d’ailleurs cette action qui leur permet d’échapper à la phagocytose dans le système lymphatique (peste) ou dans la rate (fièvre typhoïde et fièvre récurrente) et d’arriver jusque dans la circulation.

Les microbes spéciaux aux maladies tropicales déterminant des infections sanguines sont : ,

Le spirille de la fièvre récurrente. Ce microbe, qui, comme son nom l’indique, a une forme sinueuse et flexueuse,

(1) La présence presque constante dans le liquide céphalo-rachidien, et même quelquefois dans le sang, de bactéries, qui apparaissent à la tin de la maladie, a poussé certains observateurs à émettre l’idée que le trypanosome n’agit pas par lui-même dans la trypanosomiase humaine, mais bien en frayant un chemin aux bactéries jusqu’aux centres médullaires, par la voie transsanguine.

EXAMEN DU SANG

est très mobile et, dans les préparations de sang frais, on le voit occasionner parmi les hématies des mouvements très vifs; il se colore par les méthodes employées pour les protozoaires : thionine phéniquée, mélange bleu-éosine

(Voy. page 50, lig. 4).

Le spirille d’Obermeier apparaît dans le sang quelques heures avant l’accès, à la période que l’on peut appeler précritique\ on l’y retrouve pendant toute la période de fièvre et il en disparaît pendant l’apyrexie, pour reparaître à la phase précritique qui précède l’accès suivant.

Dans les intervalles des accès, le spirille est localisé dans al rate et Metchnikoff a démontré que, dans cet organe, il était en partie détruit par les phagocytes (1).

Le bacille de la peste se rencontre fréquemment aussi dans le sang des malades, principalement dans les formes septicémiques, ou quelques heures avant la mort, dans les formes buboniques ou pneumoniques. 11 peut être assez abondant pour être décelable sur des préparations de sang, que l’on colorera à la thionine phéniquée. D'autres fois, le sang paraîtra ne contenir aucun microbe à l’examen microscopique, mais il donnera cependant une culture lorsqu’il sera ensemencé.

Microbes invisibles. Fièvre jaune. — En terminant, nous devons signaler la possibilité de la présence, dans le sang, de microbes auxquels leur ténuité permet de traverser les filtres qui arrêtent d’ordinaire les bactéries. On connaît actuellement un certain nombre de ces microbes que leur pet i lesse empêche de distinguer au microscope et que l’on a appelés, pour cette raison, microbes invisibles. Parmi eux se trouve l’agent pathogène de la fièvre jaune.

Les expériences de Reed, Carroll et Agramonte à la Havane ont en effet démontré que le sang provenant d’un individu

(1) Le bacille de la fièvre typhoïde se retrouve également dans le sang de la circulation, mais il s’y trouve en très petite quantité et, pour en déceler la présence, il est nécessaire de recueillir dans les veines et avec une seringue 10 ou 20 centimètres cubes de sang, que l’on ensemence sur des milieux appropriés.

atteint de fièvre jaune peut encore provoquer le typhus amaril chez une personne à laquelle il est injecté, même lorsqu il a traversé les bougies poreuses des filtres Berkefeld ou Chain berland marque F.

Ces expériences ont été confirmées par plusieurs savants* et en particulier par les savants de la mission française au Brésil, Marchoux, Simond et Salimbeni. Ces derniers ont même pu établir que le microbe invisible de la fièvre jaune disparaissait de la circulation à partir du quatrième jour,, le sang cessant à ce moment d’être virulent.

SÉRODIAGNOSTIC, S É R O - P R O N O S T I C

Séro-diagnostic. — Le séro-diagnostic est une réaction biologique, basée sur la propriété que possède le sérum dosmalades, dans un certain nombre de maladies infectieuses, d’immobiliser et de réunir en amas, dans des cultures en bouillon uniformément troubles, ou dans des émulsions parfaitement homogènes, les microbes causant ces maladies (1).

Pour faire un séro-diagnostic, il faut se procurer uneculture en bouillon, n'ayant séjourné que vingt-quatre heures à l’étuve à 37°, et ne présentant pas de grumeaux. On peut se servir aussi de cultures stérilisées par le formol, à la condition qu’elles ne renferment pas de grumeaux.

On prélèvera ensuite du sang sur le malade, par piqûre du doigt, avec une lancette; la piqûre d’une épingle n’en donne qu’une quantité insuffisante, et l’on pourra agir de plusieurs façons différentes :

Réaction microscopique. — 1° On laissera tomber directement du doigt, dans des verres de montre, où l'on aura

(1) Le bouillon employé (et cela est très important) ne doit pas contenir deglucose ; il doit être fait avec de la viande de bœuf (et non de cheval) et des peptoncs exemptes de glucose; dans les bouillons glucosés, la sôro-réaction nese produit pas. Un très bon milieu pour la séro-réaction est le bouillon de: panse de porc de Martin. Yoy. Appendice, page vii.

EXAMEN DU SANG

2ii

auparavant, compté 20, 30, 40 gouttes, etc., de, culture, une goutte de sang. Après avoir bien mélangé, on attendra au moins quinze minutes, puis on portera une goutte du mélange, entre lame et lamelle, sous le microscope.

Si la réaction est positive, les microbes s’agglomèrent en niasses et s'immobilisent.

2" Un pourra recueillir, par piqûre du doigt, ou mieux par aspiration dans une veine au moyen d'une seringue, une plus grande quantité de sang, 2 à 3 centimètres cubes, laisser coaguler, séparer le caillot et opérer avec du sérum pur, soit •comme il vient d’être dit, soit pour obtenir la réaction macroscopique.

Réaction macroscopique. — Pour celle réaction, on verse les gouttes de culture dans de petits tubes à essai stériles, au moyen d’une pipette faite d’un tube de verre bouché aux deux extrémités d’un tampon de coton, stérilisé •et étiré en son milieu. En le brisant à la partie médiane, on a deux pipettes exactement semblables (pipettes jumelles), donnant des gouttes exactement égales. Les gouttes de sérum seront comptées avec la seconde pipette.

Dans la réaction macroscopique, l'agglutination se manifeste par l’apparition, dans la culture uniformément trouble, de dorons neigeux, se précipitant lentement au fond du tube et entraînant la clarification du bouillon.

Lorsqu’on se trouve loin d'un laboratoire et que l’on désire rapporter ou envoyer du sang pour faire un sérodiagnostic, on pourra mettre ce sang dans une petite bouteille préalablement bouillie et bien refroidie, ou bien pratiquer de la façon suivante : Piquer le doigt et laisser tomber à la même place sur une feuille de papier blanc (1) plusieurs (/ouïtes de sang, laisser sécher naturellement à l’air et: à l’abri des mouches pendant six heures.

Arrivé au laboratoire, mettre deux gouttes d'eau dans un verre de montre, retourner à la surface la rondelle découpée de.

(1) Employer un papier modérément glacé; ne pas se servir de buvard. Maladies tropicales. lli

papier sur laquelle se trouve lesang, le côté chargé en contact avec l’eau ; agiter quelques minutes et comprimer le papier avec un agitateur, puis essayer la séro-réaclion avec le liquide comme il est indiqué plus haut.

La technique due à Hughes, et appliquée par cet auteur au séro-diagnostic de la fièvre de Malle, peut dans certains cas offrir des avantages : elle permet d’opérer avec du sérum non mélangé de globules et sur une très petite quantité de sang.

Technique de Hughes. — Cette technique est la suivante:

. on fait avec une pipette ordinaire une ampoule, d’un centimètre de long environ, terminée par deux efïilures capillaires. On pique le malade au doigt, comme d’habitude avec une lancette ou un vaccinostyle.; on aspire dans l’ampoule dont on scelle les deux extrémités à la lampe. On met l’ampoule de côté. Aussitôt que le sérum s’est séparé du caillot, on peut s'en servir. Avec une pipette ordinaire très fine, on aspire le sérum dans l’ampoule, après avoir brisé une de ses extrémités, et en y introduisant l’effilure capillaire de la pipette. On fait une marque sur la pipette, au niveau où s’arrête le sérum aspiré, pour noter la quantité qui a été prise. On projette le sérum dans un verre de mont re et on le dilue au cinquième en aspirant quatre fois de suite de la solution salée physiologique jusqu’au niveau de la marque, et en mélangeant la solution salée au sérum. On fait ainsi des solutions à

~ et qui sont indispensables pour la réaction.

On fait, d’autre part, dans un second verre de montre, une émulsion de bacilles d’Eberlb, de M. melitensis ou de -tout autre microbe (on peut employer les cultures mortes immolées à 4 p. 100).

On mélange alors parties égales de sérum et de cette émulsion. Voici comment il faut faire. On introduit dans la pipette capillaire une certaine quantité de sérum dilué. On fait une marque ii la partie supérieure, on fait entrer par aspiration une petite bulle d’air, puis l’émulsion bactérienne jusqu’au

EXAMEN DU SANG

trait . On a alors, séparées par la bulle d’air, parties égales de sérum et d'émulsion; on les jette dans un verre de montre et l'on mélange intimement.

On met une goutte sur une lamelle, qu’on place sur une lame creuse et l’on regarde au microscope. On réaspire le reste dans la pipette capillaire, on scelle à la (lamine et on met la pipette de côté (dans un tube à essai). On peut également préparer un tube témoin, contenant parties égales d'émulsion et de solution salée physiologique, qu’on placera à côté du tube original, pour comparer.

Sous le microscope, les microbes perdront vite leur motilité et s’aggloméreront en amas, s’ils ont été mélangés avec le sérum d’une personne malade, convalescente, ou guérie de la fièvre spécifique, correspondant au microbe qui a été employé. L’agglutination se montre dans la pipette capillaire, sous forme d’un précipité floconneux formé de masses de microbes accolés. Ce précipité forme un dépôt au fond de l effilure, et le reste du liquide s’éclaircit. Dans le tube témoin, ou dans les deux tubes dans le cas où le sérum employé provient d’un individu qui n'a pas, ou qui n’a pas eu la fièvre spécifique causée par le microbe employé dans l’émulsion, il n'y a aucun changement. Même lorsqu’on emploie des bactéries mortes, qui se précipitent naturellement au fond de l effilure, elles forment dans le tube témoin un dépôt différent, régulièrement sédimenté, non floconneux, de bactéries préci pilées individuellement par l'action de la pesanteur.

L’agglutination peut se produire rapidement, au bout de quelques minutes, ou lentement ; deux heures peuvent être nécessaires à 37° (Stern).

Elle peut être inférieure à 1/20; dans ce cas, on ne la considère pas comme spécifique, car les sérums normaux donnent des agglutinations à des taux qui peuvent atteindre ce chiffre; l’agglutination n’est donc significative qu’au-dessus de 1/20.

Elle apparaît, en général, après le premier septénaire dans la fièvre typhoïde, d’une façon plus précoce dans la fièvre de

Malte, mais elle peut être tardive el offrir des variations de taux; on devra donc, principalement lorsque le résultat aura été négatif, faire plusieurs essais.

Pour faire le séro-diagnostic d’affections causées par des microbes immobiles, poussant mal dans le bouillon, qu'ils ne troublent pas (bacille de la peste), on fait une culture sur de larges boites de gélose (boîtes de Roux) dans lesquelles, lorsque la culture s’est bien développée, on ajoute quelques centimètres cubes d’eau salée physiologique :

Eau . 1000

Sel marin 7

On gratte la surface delà gélose et l’on émulsionne soigneusement les microbes dans cette eau. Si l’émulsion renferme quelques grumeaux, on peut la filtrer sur un peu d’ouate. Cette émulsion servira à faire l’agglutination, comme il a été indiqué précédemment.

Les microbes avec lesquels le séro-diagnostic peut donner des résultats utiles sont : le bacille typhique , le Microeqccus melitensis (fièvre de Malte), le vibrion cholérique , le bacille de Yersin (1) et le bacille de la dysenterie.

Rappelons enfin que, d’après Grixoni, le sérum d’un paludéen agglutine les hématies humaines du sang normal. Poulie vérifier, il suffirait, d’après cet auteur, de mélanger à une .-goutte de sang normal une goutte de sérum de paludéen : l’agglutination des hématies se produirait en quelques minutes sous le microscope, alors qu’elle ne se produirait pas avec le sang de l’homme sain. (Ce phénomène doit être commun à toutes les affections où il y a destruction abondante des hématies.)

De même, le sérum des malades atteints de trypanosomiase

(1) Lorsqu’on voudra identifier un bacille que l’on soupçonne être le bacille de Yersin, au moyen du sêro-diagnostic, on pourra employer du sérum antipesteux, à la condition de le demander spécialement pour cet usage, le sérum antipesteux destiné à l’usage thérapeutique n'agglutinant plus, par suite des chauffages auxquels il est soumis.

EXAMEN DU SANG

(lièvre à trypanosomes, maladie du sommeil) agglutine non seulement les trypanosomes, mais encore les globules rouges dans le sang de ces mêmes malades (Brumpt et Wurtz).

Séro-pronostic. — On entend par séro-pronostic l’appréciation de la gravité probable d'un cas de maladie infectieuse d'après la précocité de l’apparition, chez le malade, delà réaction agglutinante et d’après l’élévation du taux de l’agglutination. Dans la fièvre typhoïde, on a l’habitude de considérer, sans qu'il y ait rien d’absolu dans ce fait, qu’une agglutination précoce et à un taux élevé est d’un pronostic grave.

Dans la fièvre de Malle, au contraire, quand la séro-réaclion est faible d’une façon persistante, ou qu’elle tombe d’un taux élevé à un taux moindre, le pronostic est mauvais. Si ce taux est constamment élevé, le pronostic est bon. La maladie durera longtemps, si la séro-réaclion, d'un taux élevé, tombe ensuite à un taux moindre.

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