RHODES
paroi abdominale un peu bombante se continue uniformément et sans ressaut avec le thorax.
Quelques veines sous-cutanées, bleuâtres et sinueuses, courent sous la peau de la région hépatique, de l’épigastre et même de la fosse iliaque. Si l’on palpe celte région voussurée, il est possible parfois de sentir un froltement léger, que l’auscultation fera mieux apprécier, surlout vers la ligne axillaire antérieure sur les septième et huitième côtes : c’est un excellent signe de périhépatite.
Une mensuration allentive donne un écart de un à deux centimètres, rarement plus, entre l’hémithorax droit et le gauche : aussi bien une si minime différence a peu de valeur puisqu'elle est souvent normale.
Les véritables dimensions du foie sont plutôt fournies par une percussion minulicuse, qui permet, sur le malade couché, de savoir jusqu'où la tumeur descend dans l'abdomen ou remonte dans le thorax en refoulant le poumon. Ji n’est pas rare que la matité commence à la hauleur du mamelon et finisse au niveau de l'ombilic, mesurant ainsi jusqu’à 20 centimètres et davanlage.
Si l’abcès se développe vers la superficie de l'organe et descend vers la cavité abdominale, la fluctuation profonde sera perçue, toujours malaisée ct tardive ; aussi serait-ce imprudent et dangereux d'attendre son apparition pour affirmer l'existence d’un abcès du foie.
Douleur, dyspnée, hypertrophie du foie obligent le malade à une altitude un peu spéciale : pour mieux calmer ses souffrances et laisser le plus d’aisance à ses muscles respiratoires, il est étendu sur le dos, mais incurve à droite son corps dont la tête et le membre inférieur droit sont un peu fléchis ; « on le dirait tout pelotonné aulour du côté droit » (Kelsch et Kiener). S'il y a moins de douleurs et de gène respiraloire, le décubitus est assez indifférent : dorsal ou latéral droit ou gauche. Dans un cas de Pringle (Observations sur les maladies des armées),
Tr le malade avait grande difficulté à respirer et se tenait appuyé sur les genoux et les mains.
Cependant le facies s’altère et prend une teinte spéciale, terreuse, couleur de boue (Younge) (1), quelquefois pâle d'une pâleur ictérique (Dutrouleau} (2), rarement imprégnée de bile. Les urines, peu abondantes, souvent albumineuses, foncées, d’une couleur bouillon trouble, qui rappellent les urines de brightique, renferment peu d’urée, parfois des peptones et dénotent la diminulion du champ de l’uropoièse. Le malade faiblit peu à peu, ses forces disparaissent et l’amaigrissement augmente ; et si l’abcès n’est pas évacué d’une façon naturelle ou chirurgicale, la mort viendra, hâtée par la fièvre continue et l’hecticité, par Ja diarrhée et la suppuration. Cette évolution se sera faite en 6, 8 ou 10 semaines, suivant les cas. Parfois, prenant une allure moins rapide, la maladie peut s'améliorer brusquement, présenter des symplômes atténués et rentrer dans la forme chronique.
Abcès du foie à marche lente.
Cette forme, qui a pu débuter d’une manière aiguë ou mieux subaiguë, prendra souvent d'emblée un caractère chronique. Plus encore que dans la précédente, les symptômes seront très variables d'un sujet à l’autre, tantôt avec des paroxysmes, rémissions et intermissions plus ou moins complètes, tantôt insidieux et dissimulés et ne se révélant que fort tard et d’une manière toute fortuite. Souvent on y observe un état mental profondément troublé (mélancolie, hypochondrie), sur lequel Hammond a beaucoup insisté (3). Ainsi la suppuration hépatique s'établit
1. Younge. Medical Press and Circular, 1889, t. 48, p. 202. 9. Dutrouleau. Maladies des Européens dans les pays chauds.